6 h de vol

6 h de vol, de Nicolas Prolhac

Nicolas Prolhac participait aux ateliers d’écriture à la carte régulièrement et, pendant le confinement, il suit un atelier à distance. Son texte a été récemment sélectionné par le Magazine Littéraire Quinzaines dans le cadre de la publication d’un recueil de 30 nouvelles, après avoir été accompagné par Rémanence des mots. Voici deux de ses textes écrits en atelier à la carte.

6 heures de vol

6 h de vol / Blog-Nicolas-P

Il devait maintenant être au-dessus de l’Atlantique. Encore au moins 6 h de vol. D’habitude il avait plutôt de la chance, mais il faut croire que cette fois elle était allée trouver quelqu’un d’autre. Son écran était cassé, il avait fini son bouquin, et par souci de déconnexion, il avait abandonné son Smartphone contre un vieux téléphone à touches. 

« Quel imbécile tu fais, mon pauvre garçon. » 

Il tirait cette phrase de sa grand-mère qui n’avait de cesse de le lui répéter. Elle n’était pas si folle la vieille. Il sentit l’avion décélérer un peu. Puis, accélérer à nouveau, et encore. Instantanément l’histoire du vol Rio-Paris lui revint à l’esprit. « Ne pense pas à ça, il te reste au moins 6 heures de vol. »

C’était plus facile à dire qu’à faire. « Ok il faut se concentrer sur sa respiration. Inspiration, expiration, inspiration, expiration. » L’hôtesse passa et lui demanda si ça allait. Il lui répondit : «  Un scotch. »


Monstre ?

Elle trouait son visage comme une ouverture béante. L’entrée d’une caverne où se cachait une créature malfaisante.

Elle paraissait disproportionnée par rapport au reste de son visage et on avait l’impression qu’elle pouvait engloutir n’importe quoi, que rien ne pourrait arrêter ce monstre dévoreur, cette machine à mastiquer.

Pour ne rien arranger, ses lèvres épaisses et boursouflées, tremblantes, semblaient vibrer pour attirer la pauvre bouchée insouciante, à l’intérieur de la monstrueuse cavité. Les dents étaient disposées au hasard pour ne lui laisser aucune chance. 

En le regardant manger, à la table d’en face, je retins un haut le coeur. Mais une pensée soudaine, me fit ravaler ce dégoût,  n’avait-il pas donné son visage pour nous sauver ?   

–––– De Nicolas Prolhac

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