A LIRE : Avenida Vladimir Lénine

 

Colette Couderc participe aux ateliers d’écriture en abonnement de Rémanence des mots « Ecritures de soi ». Elle est également très active et aime partager ses coups de coeur littéraires et artistiques. Passionnée d’histoire, elle aime entrer par la porte historique pour en extraire les histoires. Elle a lu le roman de Constance Latourte, Avenida Vladimir Lénine, Objectif Mozambique, publié aux Editions Intervalles. Elle a également assisté à une projection publique du film documentaire réalisé par Constance. Colette livre ses impressions dans cet article. Précisions seulement que Constance Latourte a participé au Lab’ de Rémanence des mots pour bénéficier d’un accompagnement et finaliser son roman, qu’elle avait déjà bien entamé !

fullsizeoutput_7ad

Avenida Vladimir Lénine, OBJECTIF MOZAMBIQUE

Le contexte du roman de Constance Latourte

C’est une histoire méconnue que nous raconte Constance Latourte : la vie d’exilés chiliens fuyant la dictature de Pinochet en 1973 et appelés pour leurs compétences au Mozambique. Ce tout jeune pays indépendant en 1975 est dépourvu de cadres après le départ des Portugais. Samora Machel, premier président élu du Mozambique, communiste, fait appel à des étrangers d’obédience socialiste pour mener à bien le développement de son pays. Exilés dans toute l’Europe et souvent employés dans des travaux subalternes, de nombreux Chiliens vont répondre à cet appel. Il représente pour eux un espoir après des années d’errance : encore un exil, certes, mais dans un pays où il y a tout à construire, où ils vont pouvoir mettre leurs idéaux en pratique, et où la langue portugaise est proche de la leur.

Constance Latourte, prend connaissance de cette histoire alors qu’elle vit au Chili dans le cadre de ses études de sociologie en 2006. Elle décide de réaliser un documentaire sur ces exilés chiliens au Mozambique et part six mois en 2009 dans la capitale, Maputo.


Quelles sont les motivations d’une jeune femme pour faire un tel film ?

La réponse que fait Clémence, le personnage du roman de Constance Latourte, reflète parfaitement l’état d’esprit de l’époque dont elle souhaite parler :

« Je suis allée au Chili pour mes études de sociologie et le sujet m’a passionnée. […] Je n’ai de lien ni avec le Chili ni avec le Mozambique ? Cette histoire me passionne depuis le premier jour. Je suis touchée par ces personnes qui ont lutté pour leurs idéaux, qui ont cru en un monde meilleur, qui ont souffert pour défendre leurs convictions. »(1).

Dans le documentaire, Khanimambo Mozambique – Du Chili au Mozambique, une histoire d’exil inespérée, visionnable sur CNC VOD à la demande, les Chiliens nous racontent leur parcours, leur engagement pour ce pays et ce qu’ils y ont construit et gagné en s’y installant. Des débuts difficiles avec des années de guerre civile, à la mise en place d’un régime de plus en plus autoritaire, ils partagentavec nous les interrogations qui ont émaillé leur vie. Aujourd’hui, après un changement politique, l’économie du pays est devenue très libérale ; le pays se transforme loin des idéaux qui avaient été le moteur de leur installation au Mozambique : montée des inégalités, de l’insécurité, faillite de l’Etat…

Depuis la chute de la dictature au Chili, se pose aussi la question pour ces exilés du retour possible ou impossible au pays natal. Certains ont tenté puis renoncé, d’autres sont attachés à leur pays d’accueil, d’autant qu’ils y ont fondé une famille ; certains se sentent encore utiles au Chili et envisagent d’y retravailler, enfin d’autres veulent finir leur vie dans le pays qui les a vu naître et y être enterrés.

Le documentaire de Constance Latourte

Ce documentaire, sous forme de témoignages et images d’archives, rend bien compte d’une époque révolue mais dont les protagonistes sont encore vivants. Constance Latourte filme la vie et le point de vue des Chiliens. C’est à travers leur prisme que l’on découvre la situation. Le spectateur aimerait avoir une vision plus large de la situation par le témoignage de Mozambicains, par exemple.Nous aurions ainsi pu connaître leur vision de l’apport de ces exilés blancs au Mozambique après une colonisation portugaise particulièrement ségrégationniste et une guerre d’indépendance très violente.


La création d’un roman, après le documentaire

En 2018, Constance reprend les notes qu’elle avait prises pendant son séjour à Maputo, dix ans plus tôt. Elle nous livre alors un récit chronologique et romancé de son quotidien mozambicain. Ce sont six mois passés dans la capitale pour recueillir la matière à la réalisation de son documentaire.

Elle nous raconte les difficultés rencontrées pendant son séjour. De la recherche de témoins à la course aux autorisations de toutes sortes en passant par le cadrage des entretiens et des interviewés. Et plus simplement la vie d’une Française, blanche, dans un pays africain au climat tropical rude.

A LIRE : Avenida Vladimir Lénine  - Photo du livre

On assiste aussi à la construction du film. Constance veut raconter l’histoire de ces Chiliens mais quand elle part, aucun scenario n’est écrit. Elle a très peu de contacts et ne sait pas quelles personnes elle pourra interviewer et quelle sera la teneur des entretiens. Le livre nous apprend comment le fil conducteur du film se met peu à peu en place dans son esprit. Ensuite, comment son travail consiste alors, à réinterroger les témoins dans cette nouvelle perspective.

Le film et le livre se complètent et s’alimentent mutuellement

Le livre apporte le cheminement de la documentariste dans la mise en place du fil conducteur du film, à savoir la vie de Patricia, géographe, que l’on pourrait assimiler au personnage de Teresa dans le livre.

Les images d’archives prennent encore plus de poids avec les récits des témoins des outrances du régime (2), dites, les offensives(3).

Peut-on envisager de lire « Avenida Vladimir Lénine » sans voir le documentaire ?

Difficile à imaginer tant l’un et l’autre s’alimentent. Mais que ce soit par la lecture ou par la vision, c’est à un voyage dans le temps que Constance Latourte nous invite : replonger dans les événements des années 1970 où les idéaux semblaient réalisables stoppés brutalement dans de nombreux pays où ils émergèrent, dont le Chili.

Références du livre Avenida Vladimir Lénine

Laisser un commentaire