Bus, ligne 5 par Sandie

Bus, ligne 5 par Sandie

Comme chaque matin depuis 10 ans j’emprunte le bus numéro 5, celui de 6h45.

Prise de hauts-le cœur compulsifs, je retiens ma respiration. Ne pas sentir l’affreux mélange des odeurs corporelles agglutinées. Je m’exaspère au son claquant des ouvertures et fermetures des portes automatiques. A quand la fin de ces affreux voyages ? Il faut que je joue au loto !

Bus, ligne 5 par Sandie - bus A peine quelques centaines de mètres, le bus s’arrête. Un homme monte. La démarche chaloupée, il avance, s’agrippant tour à tour aux barres d’inox glacées remplies d’empreintes palmaires, berceau d’indénombrables bactéries, microbes et autres organismes hostiles. Les passagers s’écartent se collent aux grandes vitres carrées, embuées par les souffles. 

Son parcours prend fin sur un siège. Le tissu velours bariolé de l’assise éventrée laisse dépasser quelques morceaux de mousse récalcitrants.

La lumière lourde et fade des néons encrassés assombrit les visages, dessine des cernes noirs sous les yeux encore ensommeillés.

Mêlé aux groupuscules ricanant, aux solitaires somnolents, aux duos bavards, l’homme compose un numéro sur son i phone. « Gobelin » annonce une voix morte dans les hauts parleurs. Je presse le bouton rouge, les mots « Arrêt demandé » suspendus au plafond bas s’illuminent. L’homme émet d’étranges bruits contre son téléphone. Le bus numéro 5 s’arrête, l’ouverte des portes automatiques s’enclenche, je sors.

Sandie, ateliers à distance

5 commentaires sur « Bus, ligne 5 par Sandie »

  1. Un rythme tout en ondulation pour ce voyage au cœur de l’ordinaire… j’aurais aimé que leurs regards se croisent… Vivement la suite!

    1. Bonjour Claire,
      Ah quelle belle invitation à prolonger le texte pour Sandie ! Je ne doute pas que cette requête la motive.

      Rien ne vous empêche de l’imaginer, cette suite… Nous pourrions l’ajouter sur le blog avec plaisir !

      Mathilde,
      Libératrice d’expression
      http://www.remanencedesmots.com

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