Corinne Atlan – Ecrire ou traduire ?

Corinne Atlan est auteure et traductrice. Elle a traduit une soixantaine d’ouvrages (dont Haruki Murakami, notamment), du japonais vers le français et écrit deux romans [Le Cavalier au miroir ; Le Monastère de l’aube], un essai poétique [Un automne à Kyotô] et plusieurs essais autour du Japon et du Népal.

Corinne Atlan - poisson

Qu’est-ce que traduire ?

Corinne Atlan est écrivain et traductrice. Deux fonctions délimitées, définies. Ecrivain : Elle compose des ouvrages littéraires. Traductrice littéraire : Elle transpose des textes littéraires d’une langue vers une autre, en l’occurrence le Japonais.

Son rôle de traductrice consiste à donner corps en français à des images, des univers, des personnages – créés en japonais. Le texte, qu’il soit haïku, poésie, roman, nouvelle, théâtre, est composé en japonais pour un lectorat japonais. Une pensée s’inscrit dans un système relié à une langue. Lorsque l’on passe d’une langue à l’autre, on obtient à la fois un manque et un ajoutChaque image, chaque composition de phrase, chaque mot est chargé culturellement. Certaines subtilités complexes de la langue source peuvent n’être pas compris par le lecteur. Tandis que certaines subtilités concrètement associées à la langue cible peuvent faciliter l’appréhension du texte bien que ce ne soit pas fidèle à 100 % à l’idée de l’auteur.

Corinne Atlan - décoration

Pour faire passer l’essentiel d’un texte littéraire d’une langue à une autre, le traducteur doit puiser dans les ressources de sa propre langue, celle vers laquelle il traduit (sa langue maternelle)Il cherche des stratagèmes pour faire comprendre un processus intellectuel, des associations poétiques, des images mentales. Les questions se posent sur plusieurs points :

* Le sens des mots

* L’articulation du narrateur (rythme syntaxique, ton)

* Les images véhiculées (liens culturels)

Tous ces éléments sont essentiels pour ne pas trahir le processus narratif ou l’élan poétique.Le traducteur doit donc aussi bien maîtriser la langue source que la langue cible. Il va mettre en place des dispositifs d’illusion qui donnent l’impression au lecteur de lire dans la langue d’origine. Le traducteur va rapprocher son lecteur, de l’auteur. Il est un passeur. Pour y parvenir, il entre en création. En effet, il va utiliser les mêmes techniques d’écriture que l’auteur lui-même : recherche du mot juste, travail de la description, rythme des phrases (syntaxe et ponctuation), temps des verbes, etc.

La différence, c’est que la structure de base (schéma narratif, personnages, style) n’est pas le fruit de la création du traducteur. Il va utiliser une technique littéraire pour rester fidèle à cette composition.

Pour parvenir à traduire un auteur, le traducteur va ajouter sa voix au texte d’origine. Une voix plus ou moins discrète, une voix plus ou moins visible mais une voix, celle d’un passeur, un intermédiaire.

Qu’est-ce qu’écrire ?

C’est un acte de création, certes, mais il ne naît pas du néant. Il existe comme un dialogue avec d’autres auteurs, avec des lecteurs. C’est une entrée en communication et pas seulement une expression individuelle. Corinne Atlan estime que quand elle écrit, elle traduit. Elle traduit des impressions, un regard posé sur le monde, le sien. Pour Corinne Atlan, écrire relève de la « traduction intérieure ». Quand on ressent du bien-être ou un malaise, comment le faire comprendre à autrui ? C’est toute la difficulté de la création littéraire.

Dans sa dernière œuvre, Un automne à Kyôto, un texte sans frontière de genre, – à l’image de sa vie (entre la France, le Népal et le Japon) –, elle donne la voix à des auteurs qu’elle aime, qui entrent en résonance avec sa pensée, ses sensations ; elle décrit des lieux, raconte des anecdotes, expose un processus intérieur pour mieux traduire ce qu’est la ville de Kyôto. Ce n’est pas un livre de voyage et pourtant il nous guide dans la ville. Ce n’est pas un journal intime et pourtant l’auteur se livre (avec pudeur et sincérité). C’est un livre pluriel dont Corinne Atlan ne cherche pas d’autre ordre que celui d’un équilibre, ce même équilibre cherché dans la traduction. Il ne s’agit pas d’un idéal, il s’agit d’une recherche constante : à la fois processus et œuvre. Ce n’est pas un renoncement à l’idéal, c’est un émerveillement face à la vie imparfaite et singulière (déchaînement de la nature, contradictions humaines…)

Rémanence des mots souhaite approfondir la question de la traduction, la question de la création littéraire et a eu le plaisir de recevoir Corinne Atlan pour lui donner la parole le jeudi 22 novembre à 19 h. Les trois axes de discussion portaient sur :

► Qu’est-ce que traduire ?

► Qu’est-ce qu’écrire ?

► Va-et-vient d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre : témoignage.

Trucs et astuces d’écrivain, regard sur le monde et la création littéraire… Corinne Atlan partagera généreusement son univers. Au moment de son départ, elle donner des propositions d’écriture qui, recueillis par Rémanence, seront rassemblés et publiés sur le blog, en gage de gratitude à l’égard d’une passeuse de mots.

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Corinne Atlan - origami
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