Ecrire, traduire – Corinne Atlan [Vidéo]

La vidéo « ConféRémanence »

Cette vidéo contient des extraits de l’échange avec Corinne Atlan, organisé par Rémanence des mots [ConféRémanence] le jeudi 22 novembre au Studio Austreales. Cette vidéo ne rend pas compte avec exactitude de la réflexion de Corinne Atlan sur le sujet de la traduction.  C’est volontairement parcellaire, parce qu’une vidéo ne saurait rendre compte de cette énergie, de ce moment particulier du 22 novembre. Il s’agit d’une sélection subjective des paroles partagées dans la spontanéité. La vocation de cette vidéo est d’ouvrir des questions sur la traduction et sa part créative, l’écriture et son rapport à la traduction.

Traducteur, « voyageur immobile »

Pour présenter son activité de traductrice [du japonais vers le français], Corinne Atlan s’est présentée comme un « voyageur immobile », toujours sur le fil du rasoir. Voyageur immobile parce qu’elle transpose une langue dans une autre, crée des passerelles entre deux cultures, « entre deux mondes ». Sur le fil du rasoir, parce qu’il est difficile de percevoir ce que veut dire l’auteur et le transmettre, toute traduction engageant une perte et un ajout. D’ailleurs, Corinne Atlan l’a rappelé en citant Walter Benjamin :

« Le rapport de la teneur au langage est tout à fait différent dans l’original et dans la traduction. […] Si, dans l’original, teneur et langage forment une certaine unité comparable à celle du fruit et de sa peau, le langage de la traduction enveloppe sa teneur comme un manteau royal aux larges plis. » – Walter Benjamin, « La tâche du traducteur »

« Supra-lecteur », le traducteur réfléchit aux connotations d’un mot. Il le transpose dans l’autre langue en passant d’une grille de lecture du monde à une autre. Un mot n’existe pas seulement par lui-même mais par ce qu’il charrie comme images, comme correspondances. Ensuite, ce mot existe en lien avec les autres mots d’un texte. Toutes les langues ont leur part d’ambiguïté et de précision. Le traducteur crée la rencontre entre ces deux langues « comme un funambule », en équilibre, mais le regard au loin. Grande lectrice, Corinne Atlan cite Jorge Borgès qui voit la littérature comme quelque chose de mouvant : à chaque nouvelle lecture d’un livre, s’opérerait une modification.

Conseils d’écrivain

« Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur. » – Marcel Proust, Le Temps retrouvé

Corinne Atlan voit l’écriture comme un acte de transmission qu’elle assimile à la traduction. Il s’agit de communiquer sa vision du monde. Elle rejoint Haruki Murakami (dont elle a traduit plusieurs ouvrages) qui estime que l’écriture nécessite une préparation physique. On engage son corps lorsque l’on écrit.

L’acte d’écrire consisterait à traduire le sensible et ne passerait donc pas seulement par un réseau cérébral. Alors, pour communiquer l’émotion, il s’agit de la faire ressentir sans que le mot soit présent. En s’appuyant sur le réel, le concret, il sera plus facile de montrer la tristesse du personnage plutôt que de la nommer ou de la « décrire ». En regardant ce qui déclenche l’émotion dans un livre ou un film, l’écrivain parviendra plus facilement à transmettre. Pour conclure sur Haruki Murakami, il dit que souvent (comme Raymond Carver) qu’il part d’une image et ne sait pas précisément où il va.

Corinne Atlan suit un processus similaire. Pour construire, elle a un début et soigne sa fin, ne craignant pas les quelques potentiels flottements au milieu. Elle écrit entre les deux. Et puis, elle élague jusqu’à obtenir l’essentiel du texte. Elle relie son début à sa fin, comme elle relie un monde à un autre dans ses traductions.

⇨ Pour approfondir la question de la traduction, lire Entre deux mondes de Corinne Atlan

⇨ Pour découvrir d’autres auteurs qui questionnent la traduction : Yoko Tawada

Evénement : Café Littéraire autour de Un automne à Kyôto de Corinne Atlan, le 21 février 2019 de 15 h 30 à 18 h 30, animé par Corentin Breton

Evénement : Parcours Japonismes janvier/février [Atelier de haïkus/origamis/Kafka sur le rivage au Théâtre de la Colline]

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