Eté / Escalier

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Eté / Escalier, Aurélia Hascoat

Aurélia Hascoat active son muscle créatif en ce moment. Elle nous propose deux textes issus des gymnastique d’écriture (hygiénique) que Rémanence des mots propose pendant le confinement. Saluons sa créativité et sa sensibilité, mais aussi, son sens du suspense qui joue de paliers qu’elle mette en scène un escalier ou Death Valley.


 

Semaine 2 « Souvenirs » / Jour 3 « Eté » 

► Choisissez un souvenir qui se déroule en été et ne racontez que ce qui traduit la saison (chaleur, sueur, soif, lourdeur…) à la troisième personne.

Lorsqu’elle sortit de l’habitacle climatisée de sa Chevrolet Malibu rouge, Alex prit un coup de chaud en plein face.

La chaleur était si étouffante qu’elle se dit que la température extérieure devait être plus élevée que celle de sa propre bouche.

Si en hiver on pouvait voir de la fumée sortir de la bouche par grand froid, qu’allait-il sortir ici s’interrogea-t-elle…

Elle n’avait jamais senti, de toute sa vie, pareille chaleur, et pourtant elle avait connu la canicule de 2003, mais elle, cela la faisait presque rire à présent.

Elle se rappela alors l’anecdote qu’elle avait lue dans le Guide du Routard relatant que certains s’étaient ici amusés à faire cuir un œuf sur le bitume de la route. 

Aussitôt qu’elle eût fini de prendre en photo le paysage désertique et presque lunaire qui s’offrait à elle, Alex regagna, aveuglée par le soleil, sa voiture et avala aussitôt la totalité d’une des petites bouteilles en plastique de sa collection.

Les consignes donnée par les rangers à l’entrée du parc étaient claires : 4 litres d’eau par personne et par jour. A peine cinq minutes dehors Alex était déjà assoiffé. Elle se demanda si 4 litres ce n’était pas finalement trop peu.

Heureusement elle avait encore une petite collection de bouteilles suffisante pour regagner son hôtel, bouteilles dont le plastique semblait sous la chaleur se ratatiner à vu d’œil et dont le contenu d’ici quelques heures pourrait permettre d’y infuser du thé !

Malgré les 50 degrés qu’indiquait le thermomètre du véhicule, Alex ne sentait pas sa transpiration. C’était sûrement parce qu’aussitôt la goutte de sueur sortie de la peau elle s’évaporait. 

Elle pensa alors aux premiers colons qui bien malheureux de s’aventurer dans cette Death Valley avaient péri.

Oui la Vallée de la mort portait bien son nom, pensa-t-elle, on pouvait encore aujourd’hui y mourir… de soif. 

Sur cette réflexion intérieure, elle mit sa ceinture et dém…. Elle dém… Elle tourna de nouveau la clé et dém… Elle retira la clé et la remis puis dém… Alex regarda son tableau de bord. Rien d’anormal. Elle tenta de nouveau de dém… puis de dém… puis encore une fois de dém…

Rien ne semblait y faire, la voiture devenait petit à petit un véritable sauna. Alex pensa à son repas de ce midi, et se dit qu’elle allait finir en steak grillé si elle ne trouvait pas très vite de l’aide. 

––––– Aurélia Hascoat 


Semaine 2 « Souvenirs » / Jour 5 « Escalier » 

► Faites-nous monter un escalier interminable (dans votre souvenir) à nous en faire perdre le souffle.

Cet escalier qui mène à la passerelle je l’ai gravi tant de fois. Et bien que ce soit la première fois que je le monte aussi vite ce n’est pas encore assez. 

Chacun de mes pas fait vibrer la structure en métal de l’escalier, telle une onde de choc. 

A mesure que je monte, je redoute ce que je vais découvrir, pour le moment tout est encore possible, la réalité n’a pas encore gagné.

Mon élan de départ est peu à peu ralenti, mon souffle devient court, mes jambes semblent vouloir s’effondrer, mes cuisses me brûlent de plus en plus et mes mollets contractés sont devenus durs.

Je supplie mon corps d’un dernier petit effort. Je lui fais violence. 

A mesure que les marches défilent, elles laissent entrevoir la réalité qui était masqué tout en haut de celles ci : Un dos. Des pieds. Une silhouette. 

Ma vision se trouble, tout tourne autour de moi.

Je refuse d’abdiquer, je continue les mains devant moi, posé sur les marches, à quatre pattes pour gravir les trois dernières. 

Dans un dernier souffle, gravissant la dernière marche, je dis son prénom. 

Trop tard. La silhouette a disparu.

–––– Aurélia Hascoat

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