Première expérience de publication : Interview de Zelda Gérard

Interview de Zelda Gérard - nouveaux corps

Zelda raconte son expérience avec Nouveaux Corps Edition

Zelda Gérard participe aux ateliers d’écriture Rémanence des mots depuis un an. Elle a d’abord choisi l’option à la carte qui lui a permis de développer différents univers et mettre en place une gymnastique d’écriture. Ensuite, elle a choisi de rejoindre le Lab’d’écrivain pour être accompagnée dans le développement d’un projet de science-fiction. La Maison d’édition éphémère LesNouveaux Corps Edition a lancé un appel à textes auquel Zelda a répondu. Son texte a été sélectionné. Elle a bénéficié de l’accompagnement d’un éditeur professionnel. La publication de l’ouvrage « Rien ne se perd, tout se métamorphose » en est la concrétisation. Zelda partage sa première expérience de publication.

Rémanence : Comment as-tu abordé les contraintes proposées par l’appel à textes de Nouveaux corps Edition ?

De façon très schématique, la contrainte était double : une métamorphose faisant apparaître clairement une critique sociale. J’ai préféré appréhender les consignes plus comme des règles du jeu que des contraintes ! En règle générale, les consignes dans l’écriture sont pour moi une sorte de béquille, un tremplin pour l’imagination, cela m’aide à canaliser mon énergie et à éviter de m’éparpiller. 

Rémanence : Comment les premières idées sont-elles nées ? Comment as-tu conçu le récit ? Comment sont nés les personnages ? 

J’ai essayé de me concentrer sur mon quotidien en m’interrogeant sur mes préoccupations, mes inquiétudes. Et c’est un soir de semaine, en sortant du métro pour rentrer chez moi que j’ai réalisé à quel point je vivais une course contre la montre. C’est assez banal et même cliché de dire cela, mais dans un contexte où vous devez non seulement être à l’heure tout le temps et en plus facturer à l’heure – c’est sans fin ! 

Le personnage féminin s’est donc imposé de lui-même, et en creusant un peu, il m’a semblé intéressant d’ajouter d’autres éléments de pression sociale : l’âge, la notion d’horloge biologique, la volonté d’optimiser constamment son temps pour répondre à tout un tas d’exigences souvent contradictoires : être dynamique, mais calme, mince mais bonne vivante, branchée mais pas superficielle… au risque de se transformer en une machine. 

Interview de Zelda Gérard - nouveaux corps

Rémanence : A quelles inquiétudes actuelles fais-tu référence ?

S’agissant des nouvelles technologies, d’un certain côté elles nous aident en nous rappelant nos rendez-vous, nos objectifs, nos projets, mais elles deviennent également aliénantes lorsqu’elles viennent au contraire nous contraindre : fais ci, fais ça, dans 5 minutes, dans 15 minutes, etc. manges tant de calories, marches 10 000 pas, envoie 10 textos…  Et puis on en devient tributaires également. 

Rémanence : Une intrigue est-elle venue ou as-tu imaginé les péripéties au fil du texte ? 

Au début j’ai plus eu d’idées des sensations qu’une intrigue claire. Et puis il m’a semblé judicieux d’utiliser une construction sur plusieurs jours pour accentuer l’aspect répétitif et machinal du quotidien. Ensuite les péripéties ont évolué entre les différentes versions de l’histoire. 

Rémanence : Comment as-tu vécu cette lecture d’éditeurs professionnels ?

J’ai beaucoup aimé, c’est assez grisant d’avoir un retour sur son histoire et ses personnages. Lorsqu’on entend quelqu’un d’autre en parler cela devient beaucoup plus concret comme si les personnages prenaient réellement vie à ce moment-là. Ils existent enfin ailleurs que dans ma tête. Après, il faut avouer qu’une fois passé le moment hyper agréable où on vous dit que votre texte est retenu et qu’il a plu, viennent ensuite toutes les corrections !

Interview de Zelda Gérard - nouveaux corps

Rémanence : Quels conseils d’éditeurs as-tu obtenus ?

Lorsque mon éditrice chez Les Nouveaux Corps éditions (Léa Bernardin) m’a fait un premier retour, elle trouvait que le personnage ne « galérait pas assez » dans la première version, comme si la métamorphose ne l’empêchait pas de vivre sa vie quasi normalement, alors j’ai accentué le trait. En dehors des modifications indiquées plus haut, Léa m’a conseillé d’accentuer les effets de la métamorphose sur le corps, ainsi que l’idée de rupture créée par la métamorphose. 

Rémanence : Peux-tu présenter ta démarche littéraire, tes intentions narratives ?

Mon idée était de scinder en deux le récit : au départ des phrases courtes, très rythmées avec des sonorités gutturales pour accentuer le côté répétitif et froid du quotidien du personnage en allant vers sa transformation en machine et ensuite vers la fin, lorsqu’elle se calme, va mieux et « guérit », opter plutôt pour les phrases longues, des sonorités plus douces et liquides, particulièrement quand elle est dans son bain. 

Rémanence : De quelle manière envisages-tu le genre de la science-fiction ?

Il me permet d’utiliser des éléments très visuels et sensoriels pour exprimer les émotions des personnages. C’est très utile pour exacerber un élément ou mettre en lumière une sensation ou un dysfonctionnement de la société par exemple. C’est une autre façon de caricaturer assez facilement en fait, sans avoir à créer intégralement un univers, comme dans d’autres styles de l’imaginaire comme la fantasy par exemple.

Rémanence : Un conseil à donner à une personne qui n’ose pas se lancer ? 

Venir participer à un atelier Rémanence ! Blague à part, participer aux ateliers m’a vraiment aidée à oser partager mon travail et à dédramatiser l’acte d’écriture. C’est comme pour tout, on a des jours avec et des jours sans, et c’est pas grave. Avec ma très maigre expérience je ne suis pas sûre d’être la mieux placée pour donner des conseils, mais je peux relayer des conseils d’auteurs qui me parlent. Par exemple on m’a offert à Noël Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction d’Orson Scott Card et il y a un passage qui est super, je trouve, pour nous aider si on a peur de se lancer et d’envoyer son travail : 

« on ne garde son manuscrit que pour une seule et unique raison : une peur bleue. […] vous devriez envoyer tout de suite envoyer le meilleur de ce que vous pouvez fournir aujourd’hui. Bien sûr, vous serez meilleur dans un an. Mais, dans un an, vous devriez être en train d’écrire l’histoire qui vous intéresse et en laquelle vous croyez à ce moment-là. » – Orson Scott Card

Si je devais donner un conseil moi-même c’est « vas-y, tu n’as rien à perdre » et comme l’écrivait, je crois, Bukowski « Some people like what you do, some people hate what you do, but most people simply don’t give a damn ». (Certains aiment ce que tu fais, d’autres détestent, mais globalement la plupart des gens s’en foutent) Donc pourquoi se priver d’écrire si on aime ça ? 

Rémanence : Un ou des conseils de livres ?

Sur l’écriture : 

– On Writing, Stephen King (classique, mais qui booste)

– Martin Eden, Jack London

– Just Kids, Patti Smith

– Le zen dans l’art de l’écriture, Ray Bradbury

– La retranscription des ateliers de Gabriel Garcia Marquez

« Elle attrape machinalement sa brosse à dents. Soudain, tout son torse, sa gorge et ses dents se mettent à vrombir. Sans réfléchir, elle change de côté. La même chose se reproduit. Elle lève les yeux vers le miroir, voit qu’il est 7 h 52. Elle doit se dépêcher.
Elle ôte son pyjama prestement et découvre que tout son corps est métallisé, parfaitement lisse et sans pilosité. Elle ne peut pas sortir comme ça. Or, dans un peu plus d’une heure, deux heures maximum, ses collègues auront remarqué qu’elle est absente. Elle va devoir les prévenir. » – Zelda Gérard

Découvrir Les Nouveaux Corps Edition

Article Rémanence sur Les Nouveaux Corps

► En savoir plus sur les ateliers d’écriture créative à la carte Rémanence des mots.

► En savoir plus sur le Lab’d’écrivain Rémanence des mots.

Laisser un commentaire