Intrigue puzzle de Charlotte

Intrigue puzzle de Charlotte

Agenda de l’inspecteur

15 h 03. Entièrement casqué et tout de cuir vêtu, je quitte mon domicile. Impossible de me souvenir des heures qui précèdent. Sur mon canapé en simili, un verre de scotch, une soucoupe pleine d’eau – sans doute les glaçons ont-ils eu de longues heures pour fondre, des heures imbibées que ma mémoire a épongées – et un calepin tout griffonné. À moitié dans le brouillard, je déchiffre : « Individu suspect – hurlements – chihuahua – République – 2 heures de l’après-midi ». Dans l’hypothèse où je ne serais pas l’individu suspect en question, je me rends immédiatement sur les lieux du crime. Il me faut 1 heure et 25 minutes pour rejoindre en scooter l’avenue de la République. À 16 h 28, je me gare devant le Bar de l’An 2000. L’inspecteur Pierrot est déjà là, accoudé au comptoir, il me fait un clin d’œil discret. Nous voilà tous les deux, incognitos, sur la piste du chihuahua. Je ne vais pas rentrer bredouille ce soir.

Agenda du criminel

16 h 38. Courir, bondir, montrer les gencives. Courir encore. Malheur, mon collier tintinnabule et me trahit. Je me roule en boule façon Ninja. De toutes mes forces je fais glisser la clochette. Mais un charcutier devant sa charcuterie me voit et tente de me prendre dans ses bras. « Oh le petit chien. Comme il est mignon ! » Oui, je suis un chihuahua agressif. Et trop mignon. C’est pour cela que mon maître m’a choisi. Pour mon côté nougat mou, mon charme fou. Moi, Filou le doux, je portais une couverture à carreaux sur le dos, et voilà qu’à présent je hurle à la mort. L’heure du goûter va sonner, le petit garçon aux mollets potelés qui s’ennuie au square de la République tous les mercredis ne me prendra jamais plus dans ses bras.

Caméra de vidéo-surveillance

16 h 46. Métro République, un square paisible à côté du McDonald’s. Des enfants se bousculent sur un toboggan. Au bas du toboggan un chien microscopique de type chihuahua, tapi dans l’ombre, prêt à croquer dans les mollets tendres d’un garçonnet en jean salopette.

Rapport de l’inspecteur à l’inspecteur-chef

23 h 07. Chef, pour vous épargner de cruels détails, je vous dirai simplement que le square s’est vidé en quelques secondes, qu’il ne restait plus qu’une pelle en plastique fluo, une casquette Mickey abandonnée sur la balançoire et des gouttes de sang dans le bac à sable. L’assassin n’est pas un individu très malin. Il n’agit pas par intérêt, car il n’a que deux buts dans la vie : retirer la clochette de son collier et récolter des kilos de pâté. Croquettes ou mollets, pour lui, c’est du pareil au même.

— Fragments réalisés en atelier « à la carte », POLAR

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