Littérature à dispositif

LITTÉRATURE À DISPOSITIF, construction narrative

Littérature à dispositif - illustration

Ici sont rassemblés des présentations ou extraits de textes littéraires, relevant selon nos critères subjectifs et non-exhaustifs, de ce que nous appelons « Littérature à dispositif ». Pour avoir une idée de l’inventivité des écrivains, mais également de leur approche ludique de la littérature, nous avons opéré un « classement » qui ne fait aucunement autorité tant les frontières sont poreuses. 

Aucun texte ne relève cependant de la poésie, probablement par paresse de notre part, mais aussi parce que nous considérons que la poésie, par essence, interroge toute forme littéraire. Ainsi la poésie crée son propre système spécifique.

Il s’agit juste ici de modestes repères littéraires (excluant la poésie), réalisés par Mathilde Pucheu et Elise Goldberg, sans aucune ambition érudite !

Littérature à dispositif : Définition

La littérature à dispositif comprend des textes littéraires répondant à des contraintes formelles et/ou narratives qui relèvent d’un dispositif et opèrent un système sur l’ensemble du texte. On peut alors parler de « littérature programmatique ». Les auteurs appartenant au mouvement littéraire de l’OULIPO ont, pour la plupart, publié des livres relevant de cette dite littérature à dispositif. Il est important de ne pas limiter cette démarche aux seuls oulipiens.

DISPOSITIF PAR CONTRAINTE SYSTÉMATIQUE

Littérature à dispositif - contrainteL’exemple le plus célèbre de roman conçu à partir d’une contrainte systématique est La disparition de Georges Perec qui exclut la lettre « e », publié en 1969. Cette contrainte porte un nom : le lipogramme. En 1996, Christine Brooke-Rose publie en anglais Remake, un roman sans lettre « t ».

 

Michel Dansel publie Le train de nulle part,écrit sans aucun verbe. Ce type de contrainte est parfois proposée en atelier d’écriture pour pousser l’esprit à chercher des compositions syntaxiques qui s’affranchissent des normes linguistiques.

En 2008, Annie Ernaux publie Les années, un roman autobiographique n’employant pas le pronom « je ». Voilà qui interroge les motifs de l’autobiographie et cherche d’autres dispositifs en excluant un pronom d’apparence vital à ce genre littéraire.

« Quelle aubaine ! Une place de libre, ou presque, dans ce compartiment. Une escale provisoire, pourquoi pas ! Donc, ma nouvelle adresse dans ce train de nulle part : voiture 12, 3e compartiment dans le sens de la marche. Encore une fois, pourquoi pas ? – Bonjour Messieurs Dames. Un segment du voyage avec vous ! Ou peut-être pas ! Tout comme la totalité de l’itinéraire, du moins le mien ! »  –– Le train de nulle part, Michel Dansel.

DISPOSITIF PAR CLASSEMENT

Ce type de dispositif littéraire par classement, ordonne l’ensemble d’un texte littéraire. C’est simple à mettre en place et peut offrir un cadre à l’écrivain au moment du processus créatif. Grâce à ce procédé, il canalise et organise ses idées.

ALPHABETIQUE  Index de Camille Laurens : Les titres des chapitres suivent l’ordre alphabétique : « Abri », « Aiguillage (Erreur d’) », « Amour », « Avortement », « Barbe »… jusqu’à « Fin ».

SPATIAL  Intérieur, Thomas Clerc consacre chaque chapitre à une pièce de son appartement, indiquant les dimensions et un plan légendé de la pièce : « Entrée 4,35 m2 » ; « Salle de bains 3,70 m2 » ; « Toilettes  1 m2 ».

 

Intérieur de Thomas Clerc, Editions Verticales EXTRAITS 

Judas nommé loisir 
L’œilleton est à hauteur de cou, il me faut donc courber l’échine. Posture de surveillance éphémère : rares sont les personnes qui franchissent le seuil de mon appartement, plus rares encore les visites intempestives, et rarissimes les fois où les deux coïncident et justifieraient un coup d’œil préventif, c’est-à-dire les moments où des inconnus se présentent à ma porte. La déformation que permet la loupe arrondie du judas produit un effet proche de l’anamorphose. Je fais parfois de ce petit panoptique une minuscule base de loisirs d’où j’épie les personnes qui montent ou descendent l’escalier — panorama complet si la scène est parlante, les trahisons de palier prolongeant celles d’alcôve. 
[…]

L’examen de ces anciennes boîtes à chaussures témoigne que je passe un certain temps à la vie culturelle du mien : si je n’ai pas mon lot de films, spectacles et autres sorties, je ne pourrai pas pleinement considérer que « j’ai vécu ». Cela ne paraîtra vicieux qu’à des contempteurs de la mondanité, position que j’ai souvent entendue chez des gens qui faisaient mine de prendre pour un vice le plaisir à voir d’autres choses que le spectacle quotidien de leur propre personne. Rester seul dans son coin est une mauvaise posture : s’échapper fait partie du système.

Inventer une contrainte littéraire dans cet esprit ?

TEMPOREL Inventer la journée de Thomas Clerc en classifiant les événements en suivant l’ordre des aiguilles d’une montre. 

PAR ESPECE Imaginer un récit de l’humanité en adoptant le point de vue à chaque chapitre d’une espèce différente. Bien sûr, il faut respecter les classifications scientifiques !


DISPOSITIF PAR EFFET DE VARIATIONS

Technique pratique pour avancer dans l’écriture. Très utilisé en atelier comme déclencheur et mise en bouche en début de séance, le mot ou la phrase moteur/motrice donne un refrain et un rythme. Cela entraîne l’imaginaire et structure l’ensemble sans trop d’effort. Quant aux variations autour d’un thème ou une répétition narrative, elles permettent de multiplier les récits sous différents points de vue.

Littérature à dispositif - & variation

►Je suis le genre de fille, Nathalie Kuperman :

Tous les chapitres d’un des livres de Nathalie Kuperman commencent par ce début de phrase : « Je suis le genre de fille », titre du livre.

A ce stade de la nuit, Maylis de Kerangal :

Chaque incipit de chapitre démarre par « A ce stade de la nuit ».

Je me souviens, Georges Perec :

Devenu un « cliché » d’atelier d’écriture, tant le procédé est ressassé, « Je me souviens » entraîne les souvenirs par effet de listes.

Exercices de style, Raymond Queneau

A partir d’un canevas narratif basique, Raymond Queneau propose une variation de points de vue ou procédés stylistiques pour donner chaque fois une nouvelle vision de ce micro-événement narratif. 

Joconde jusqu’à cent : 99 (+1) points de vue sur Mona Lisa, Hervé Le Tellier, éditions Le Castor astral.

Ce sont des points de vue sur Mona Lisa, comme son titre l’indique !

Achab, séquelles, Pierre Senges, Editions verticales.

Pierre Senges invente plusieurs variations de la vie du célèbre personnage de fiction issu du roman américain Moby Dickd’Hermann Melville. Il invente plusieurs vies parallèles en remplacement à sa vie de capitaine. 

Etudes de silhouettes, Pierre Senges, Editions verticales.

L’écrivain est parti des ébauches de Franz Kafka, issues de l’édition complètes de La Pléiade. Ces ébauches représentent des incipit. La particularité, c’est qu’il reprend plusieurs fois le même incipit et propose des variations. Il ne s’agit pas de pastiches, mais bien de créations originales qui relèvent du récit court.

► C’est un métier d’homme – Autoportraits d’hommes et de femmes au repos, OULIPO, Editions Mille et une nuits.

La même base de structure syntaxique (ordre des mots d’une phrase) est répétée pour présenter chaque fois un métier (ou sa métaphore) par un auteur différent. Hervé Le Tellier imagine « Le blasphémateur », « Le psychanalyste », « le philosophe télévisuel ». Michèle Audin est « La toupie », Paul Fournel « L’écorcheur », Olivier Salon « Le tueur à gages »… Ces textes sont lancés comme des programmes où l’anomalie est imperceptible, mais peut-être annonciatrice !

EXTRAIT DE A ce stade de la nuit, Maylis de Kerangal, Editions Verticales

À ce stade de la nuit, j’ai des fourmis dans les jambes et me lève pour sautiller, m’étirer, aller ouvrir la fenêtre de la cuisine et me pencher dans la rue – nuit de cuir, auréoles jaunes des lampadaires, halos blanchâtres derrière les fenêtres.

À ce stade de la nuit, la mappemonde chauffe doucement dans la chambre, une ampoule de faible voltage l’éclaire de l’intérieur – analogue au noyau interne qui concentre l’énergie du feu sous les différents manteaux de la croûte terrestre _, je me suis approchée : c’est une sphère de verre recouverte d’une fine couche de papier saturé de signes, de formes et de couleurs.

À ce stade de la nuit, la radio délaye sa bande sonore et les voix se sont tues.

À ce stade de la nuit, le jour perce à la fenêtre et décolore le ciel dans la rue, la cuisine s’éclaire.

Littérature à dispositif - de Karengal

EXTRAITS DE « C’est un métier d’homme », OULIPO, Editions Mille et une nuits

Autoportrait de la toupie

Mon métier consiste à tourner autour de mon axe. A tourner le mieux possible. C’est un métier de solide de révolution. D’abord, parce que lorsqu’il est lancé, un solide de révolution ne peut pas s’empêcher de tourner autour de son axe, ensuite parce que lorsqu’il y a plusieurs toupies, elles veulent toutes tourner encore mieux les unes que les autres.

Un métier solide.

Je suis une toupie rouge en bois.

[…]

Autoportrait du spéculateur

Mon métier consiste à me remplir les poches du bas jusques en haut. A me les remplir le plus rapidement possible. C’est un métier d’homme. D’abord parce que lorsqu’il a des poches, l’homme a envie de se les remplir, ensuite parce que lorsqu’il y a plusieurs hommes sur une place financière, ils veulent tous se les remplir plus vite que les autres.

Un métier humain.

Je suis spéculateur

[…]

Marcel Bénabou

ULYSSE de James Joyce : DISPOSITIFS

Classé à part, Ulysse de James Joyce relève du détournement parce qu’il parodie les voyages d’Ulysse contés par Homère dans l’Odyssée. Mais on peut également repérer un classement étonnant car les épisodes sont associés à chaque fois à un organe du corps humain différent ou une couleur, une technique narrative. La structure du roman est complexe alors James Joyce a publié un « schéma » qui aurait pour vocation d’être lu comme un « résumé-clé-squelette ». Ce tableau permet de repérer les épisodes et les associer aux organes, couleurs, etc. ainsi qu’aux épisodes de l’Odyssée. C’est l’occasion d’entrer dans l’atelier d’écriture de l’écrivain, de repérer les procédés, les moteurs et les échos littéraires qui constituent ce monument de la littérature.

Il serait possible de créer une catégorie livre-monument et d’y intégrer A la recherche du temps perdu de Marcel Proust et de voir comment se tissent les échos entre les époques, notamment. Mais nous nous contentons d’un tour d’horizon. Il serait également possible d’aborder la Beat Generation et le principe du Cut Up, le surréalisme et le collage. Patience, nous complèterons progressivement cet article ! Nous attendons avec impatience d’y inclure les trouvailles des écrivains que nous accompagnons à la création.  

DISPOSITIF DE LA METALEPSE NARRATIVE

La métalepse narrative est un procédé qui, selon le contexte :

  • Met en scène l’auteur lui-même ou le champ de la création.
  • Intègre un récit dans le récit (Le plus typique est Les Mille et une Nuits).
  • Marque une pause dans le récit pour mettre en scène le narrateur (la voix qui raconte) ou le lecteur (à travers une adresse directe, comme dans les contes, par exemple).

La métalepse narrative brise la distance entre l’illusion du récit et l’acte de lire et/ou d’écrire. Pour établir une connivence avec le lecteur, l’auteur va s’amuser à brouiller les pistes entre réel et fiction. Cela réclame l’adhésion du lecteur, de la lectrice.

Littérature à dispositif - Métalepse

« L’autre »,nouvelle issue de Le livre de sable, Jorge Luis Borges :

L’auteur se rencontre lui-même.

Continuité des parcs, nouvelle, Julio Cortazar :

Nous découvrons que le personnage qui lit le livre est en fait l’un des personnages du livre en question.

L’auteur et moi, Eric Chevillard, Editions de Minuit :

L’auteur commente sa propre narration, à travers des notes de bas de page très prolixes et présentes !

Écrivains d’Antoine Volodine, Editions Le Seuil, Collection « Fictions & Compagnie » :

Chaque chapitre raconte une histoire autour d’un écrivain imaginaire.

QUATRIEME DE COUVERTURE ECRIVAINS DE VOLODINE 
« La figure de l’écrivain telle que l’imagine Antoine Volodine. Ni alcoolique génial ni géant hugolien, ni romantique torturé, et encore moins sommité mondaine adulée par les médias. L’écrivain ici se débat contre le silence et la maladie, quand il n’est pas sur le point d’être assassiné par des fous ou des codétenus. Qu’il soit homme ou femme, il sait qu’il n’a aucun avenir. Souvent, il est analphabète, comme Kouriline, qui évoque oralement la terreur stalinienne en s’inclinant devant des poupées en ferraille. Il peut aussi lui arriver d’être déjà mort, comme Maria Trois-Cent-Treize, qui fait une conférence sur l’écriture dans l’obscurité totale qui suit son décès. Ou d’être en transe, comme Linda Woo, qui depuis sa cellule donne elle-même une définition des écrivains : « Leur mémoire est devenue un recueil de rêves. Ils inventent des mondes où l’échec est aussi systématique et cuisant que dans ce que vous appelez le monde réel. »

EXTRAIT L’AUTRE, Borges

« C'est à l'autre, à Borges, que les choses arrivent. Moi, je marche dans Buenos Aires, je m'attarde peut-être machinalement, pour regarder la voûte d'un vestibule et la grille d'un patio. J'ai des nouvelles de Borges par la poste et je vois son nom proposé pour une chaire ou dans un dictionnaire biographique. [...] Il y a des années, j'ai essayé de me libérer de lui et j'ai passé des mythologies de banlieue aux jeux avec le temps et avec l'infini, mais maintenant ces jeux appartiennent à Borges et il faudra que j'imagine autre chose. De cette façon, ma vie est une fuite où je perds tout et où tout va à l'oubli ou à l'autre.
Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page. »

DISPOSITIF DE DÉTOURNEMENTS

 

 

 

Défini par Gaëtan Brulotte comme le « haptisme » (du grec ἅπτομαι (haptomai) qui signifie « je touche » : saisir, mettre à part), le détournement se situe à la croisée du pastiche et de la parodie d’un texte existant. Mais ce qui caractérise les détournements selon Gaëtan Brulotte, c’est justement que les textes à partir desquels on écrit n’appartiennent pas au champ de la littérature. Ces textes références pour apporter un cadre formel à son texte littéraire peuvent s’appuyer sur des :

  • Recettes de cuisine,
  • Modes d’emploi,
  • Articles de loi,
  • Curriculum Vitæ,
  • Petite annonce,
  • Quatrième de couverture,
  • Interview,
  • Article de presse,
  • Liste de courses,
  • Publicité,
  • Notice scientifique,
  • Définition de dictionnaire,
  • Etc.

Cette matrice permet, en atelier d’écriture, mais également à la table de l’écrivain, soit d’enrichir un récit (La SF a souvent recours aux articles de journaux, par exemple), soit de donner un point de départ à un récit. Très ludique, cela permet d’écrire par jeu sans enjeu. Les écrivains qui ont utilisé le procédé du détournement s’en servent pour certains comme motif de variation qui permet de créer un ensemble de textes distincts. D’autres y voient un cadre esthétique, d’autres encore un cadre narratif, voire les deux !

Les carnets de Gordon McGuffin, Pierre Senges, avec les dessins de Nicolas de CrécyFuturopolis, 2008 :

Pierre Senges détourne la biographie se prétendant le biographe du prétendu artiste oublié ayant côtoyé Alfred Hitchcock, Orson Welles, Rita Hayworth… Il s’approche de la démarche encyclopédique, mais au service d’une fiction dissimulée.

 

Encyclopædia Inutilis, Hervé Le Tellier

Hervé Le Tellier procède également de la biographie en rassemblant la vie imaginaire de onze individus. Le principe de l’un des textes qui compose l’ensemble : le docteur Willibald Walter qui teste lui-même la « pilule de l’oubli », sert de base au scénario de Michel Gondry et Pierre Bismuth, pour le film Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Ravel, Courir, Des éclairs, Jean Echenoz, Editions de minuit.

Ces trois bio-fictions s’appuient sur des personnages célèbres ayant existé. L’écrivain choisit volontairement de ne traiter qu’une partie de la vie de ces personnages. Il cherche une vérité à travers la fiction. Il s’appuie sur son imaginaire, après avoir effectué cependant des recherches préalables, pour créer des scènes de vie et accéder à l’intériorité des personnages.

Le Dictionnaire Khazar de Milorad Pavic (Versions : masculine, féminine, androgyne), Le Nouvel Attila :

L’auteur serbe se base sur le peu de documentations disponibles au sujet d’un peuple qui a existé. Il complète les connaissances sur ce peuple en ayant recours à l’imaginaire. Pas vraiment un dictionnaire, ni tout à fait une encyclopédie, ce livre est un objet très ludique.

En effet, il comprend des détournements de correspondance, articles de presse, articles d’encyclopédie, légendes. Il a la particularité, notamment, de présenter une fausse légende sous trois angles différents : musulman, juif, chrétien. Ces trois angles sont matérialisés par une différence de typographique et disposés en face à face. Au-delà des détournements, ce livre se lit dans n’importe quel ordre, rompant avec la linéarité d’un roman ou d’une nouvelle. Ce livre entre aussi dans la catégorie suivante « Livre-libre ou livre-jeu ».

EXTRAIT : Mode d’emploi de Gaëtan Brulotte

Être humain. Tous usages. Tenir au sec et au frais. Craint le gel. Ne pas secouer. Ne pas brocher ni plier. Presser doucement. Porter des gants. Laisser agir. Ne pas percer, ni incinérer. Attention ! Contenu sous pression. Peut exploser si on le chauffe. Inflammable.Ne pas fumer. Tenir droit. Garder hors de la portée des enfants. N'utiliser que dans un espace bien aéré. En cas d'éclaboussures, rincer immédiatement. Premiers soins : donner de l'air. Bien agiter. Couvrir chaudement. Fragile. Périssable.
Découvrir le site de Gaëtan Brulotte 

QUATRIEME DE COUVERTURE : Le Dictionnaire Khazar

 Ce livre extraordinaire est un dictionnaire qui peut se lire autant comme un roman (de A à Z), que comme un dictionnaire (en suivant le fil des entrées qui intéressent le lecteur). Véritable roman hypertexte écrit avant l'ère internet, le thème central en est la conversion au judaïsme du peuple Khazar. Mais l'auteur s'amuse dans un style particulièrement inventif et drôle à mélanger savoureusement histoire authentique et légendes. On croisera ainsi des histoires de vampires, des biographies de Saints chrétiens, des chasseurs de rêves, des philosophes musulmans, des légendes cabalistiques... » (Maria Bezanovska)

S'il raconte une histoire vieille de plus de mille ans, Le Dictionnaire Khazar est le premier roman du XXIe siècle. Il représente l'entrée de la littérature serbo-croate dans le postmodernisme.

S'il respecte l'ordre alphabétique, Le Dictionnaire Khazar peut aussi se lire à l'envers, en diagonale, au hasard ou en partant du milieu dans n'importe quelle direction. S'il relate la conversion des Khazars au IXe siècle (au judaïsme, au christianisme, à l'islam), Le Dictionnaire Khazar ne s'en tient pas là : la polémique rebondit au XVIIe siècle et resurgit en 1982. S'il se présente comme un lexique, Le Dictionnaire Khazar est un livre d'aventures, un roman policier, un recueil de nouvelles, un ouvrage cabalistique, un récit fantastique.

S'il s'adresse indifféremment aux bibliomanes, aux amateurs d'histoires de vampires, aux psychanalystes, aux joueurs, aux philosophes, aux historiens, aux collectionneurs de sulfures, aux philologues, aux rêveurs, Le Dictionnaire Khazar ravira surtout le lecteur heureux qui pourra le dévorer en utilisant l'œil droit comme fourchette, l'œil gauche comme couteau et en jetant les os par-dessus son épaule.

Et si on goûtait à une mise en abîme ? 

Dorothéa Shultz (Schultz), un personnage issu du Dictionnaire Khazar est également l’auteure de Hôtel Virginia publié par Réma Editions, la microscopique maison d’édition de Rémanence des mots. Qui se cache derrière… Dorothéa Shultz ?

UN LIVRE-DISPOSITIF : LIVRE-LIBRE > LIVRE-JEU

Un livre de catégorie « Livre-libre », comme nous le qualifions instinctivement, est un ensemble – conçu de manière ludique – qui interroge l’activité de lecture. Il remet en question la linéarité de la lecture, mais offre également différentes ouvertures narratives. C’est le cas notamment du Dictionnaire Khazar cité ci-dessus. Véritables objets de construction à déconstruire, ces livres, interactifs, réclament des lecteurs coopérants et imaginatifs !

Marelle, Julio Cortazar, Gallimard (Titre original : « Rayuela ») : Ce livre peut se lire de deux manières, du chapitre 1 au chapitre 56 ou à partir du chapitre 73 en suivant les renvois de page selon un ordre de lecture suggéré. Ce livre contient également des détournements (extraits d’autres livres, textes « auto-critiques » de l’écrivain imaginaire Morelli, articles de journaux…). C’est un livre à la fois hétéroclite et ludique.

 

UN LIVRE HYPERTEXTUEL

Littérature à dispositif - lien hypertexteEt si le livre n’était plus un objet physique ? Le numérique facilite les essais de « combinatoires » tels qu’envisagés par l’OULIPO. On peut créer des lectures aléatoires ou jouer avec les renvois hypertextes au point de créer un labyrinthe. Habitué à cette lecture par sérendipité, le lecteur actuel, pratique déjà la lecture hypertextuelle. Dans un cadre narratif, divers dispositifs existent, d’autres sont à inventer !

Révélation, Mani 

Le quotidien silence, Isabelle Nouvel 

Ecran, Alain SALVATORE 

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