Micro-nouvelle de Giorgino

Micro-nouvelle

Giorgino participe régulièrement aux ateliers à la carte de Rémanence des mots. Lors de l’un d’eux, il a développé une micro-nouvelle qui met en scène le suspense. Il traduit l’effet de confusion intérieure de son personnage en enchaînant les idées nourries par la peur et relevant de l’imaginaire. On ne suit cependant pas un flux/courant de conscience (ou stream of consciousness) – voix intérieure –, parce que le récit colle aux gestes du personnage-narrateur. Pourquoi une « micro-nouvelle » ? Parce qu’en quelques lignes, Giorgino construit un récit menant à une conclusion. Après avoir fait monter crescendo la tension, dans une ambiance de style roman-noir, il opère un basculement narratif final. 

 

Coups de feu & coups de téléphone

Je suis bloqué dans cette ville d’Amérique Latine : J’ai raté mon avion. Je dois dormir ici maintenant.

On ne s’arrête pas dans cette ville, on y passe seulement : C’est la capitale de l’organisation criminelle la plus féroce du pays.

Il me vient en tête une musique lancinante m’indiquant que je ne rentrerai plus chez moi ; je suis l’un des seuls européens dans cette ville et, probablement, déjà repéré pour être kidnappé.

A l’aéroport, l’hôtesse me demande de ne me fier qu’à « Raoul« , mon chauffeur, dont elle me montre la photo. Raoul arrive, je monte dans son pick up pour aller dans un hôtel. Au loin se détache la masse noire de la ville, sous un fond rouge crépusculaire. En route, nous croisons plusieurs pick up de l’armée, avec sur le pont arrière des mitrailleuses et des soldats cagoulés .

Qui est Raoul ? Où m’emmène-t-il ? Fait-il partie de l’Organisation ? Je commence à avoir une boule au ventre.

A l’hôtel, des hommes louches et inquiétants sont là. Ils attendent je ne sais quoi.

Je paye la chambre en avance avec ma carte American : ERREUR ; le regard des hommes s’est porté, avec avidité  sur la carte et sur le portefeuille.

Je cours vers la chambre, je la ferme à double tour, mets la chaîne de protection et deux chaises devant la porte. Le téléphone de la chambre sonne ; je ne réponds pas – ils m’appellent certainement pour m’attirer dans un piège.

Je n’arrive pas à dormir. D’un moment à l’autre il vont défoncer cette planche de bois qui fait office de porte et m’enlever.

Comme personne ne paiera la rançon, je terminerai coupé en  deux, la tête près de mon corps au bord d’une route.

J’entends des coups de feu dehors. Mes yeux sont hagards, mon cœur palpite, j’ai la gorge sèche, je ne raisonne plus.

Alors je me fais une raison : De toute façon mon compte est bon, c’est certain !  J’espère simplement ne pas trop souffrir. Puis je me dis, si je meurs, que se passe -t-il ? Et là, je repense à mon frère dont je suis le curateur : Il ne pourra pas s’en sortir dans la vie sans moi ; je ne peux pas partir maintenant, comme celà et le laisser seul – ce n’est pas dans l’ordre des choses.

Mon pouls redevient stable, mes paupières commencent à être lourdes, je m’endors.

Le lendemain, José, le collègue de Raoul vient me conduire à l’aéroport. Il fait beau, pas encore très chaud, une brise légère et agréable effleure ma peau.

Je revois l’hôtesse de la veille ; je n’avais même pas remarqué qu’elle était jolie, perdu dans mes obsessions.

L’avion s’envole vers la Capitale du Pays. La vie est belle.

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