MON RÊVEUR

MON RÊVEUR, Cyril Darcand

MON RÊVEUR - illustration

– Qu’est-ce que tu as vécu?

– La même chose que toi… en pire.

– En pire ? Tu sais ce que j’ai vécu ?

– Je t’ai vu dans mon rêve, toi tu n’as rien vécu.

– Je n’ai rien vécu ? Mais j’étais le rêve, j’ai touché les corps, je bougeais dans un ralenti extrême…

– Oui, peut-être mais toi tu ne t’es pas réveillé et tu ne te réveilleras pas, tu disparaîtras à jamais dès que ce rêve cessera.

– Et tu crois que mon sort est plus enviable que le tien ?

(silence)

– Tu penses qu’il vaut mieux rêver sa vie que de la vivre ? Plonge dans tes rêves et vis-les jusqu’au bout !

– Tu te prends pour un coach en développement personnel. Si tu continues à m’emmerder, je me réveille et tu disparaîtras définitivement !

« Encore deux minutes »

MON RÊVEUR - Moon

– Euh, alors avant que tu ne te réveilles, je voudrais te dire que je suis content d’avoir pu échanger avec toi. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je pourrais parler avec mon rêveur ! Tu es finalement celui qui m’a donné vie, qui m’a permis d’en prendre conscience et je t’en remercie !

 

AUTEUR : Cyril Darcand

 

 

 

Ce texte a été créé par Cyril Darcand lors d’un atelier d’écriture à la carte ECRITURES DE SOI « Vrais faux MOI et ses autres MOI » animé par Sébastien Souchon. Notre anim’auteur adore aborder différentes approches de la métalepse.

COUP DE LOUPE : Métalepse
La métalepse narrative (ou métalepse rhétorique théorisée par Gérard Genette), désigne un procédé littéraire relevant d’une « intrusion du narrateur ou du narrataire* extradiégétique** dans l'univers diégétique*** (ou de personnages diégétiques dans un univers métadiégétique****, etc.), ou inversement. » (Genette 1972, 244). Trop de jargons ? Pour le résumer simplement : « le fait qu’un récit s’interrompe pour mettre en scène le narrateur et / ou le lecteur », auquel on peut ajouter l’auteur lui-même ! (« Lexique des termes littéraires », Le Livre de Poche). 
En bref, il s’agit de jouer sur la frontière entre l’illusion d’un récit et le récit en train de se fabriquer. On retrouvera ainsi facilement un récit dans le récit comme dans les Mille et une nuits !

Voici un exemple concret de métalepse narrative : le film La Rose pourpre du Caire de Woody Allen ! Un personnage sort de l’écran pour rejoindre le monde « réel » que, nous, spectateurs, découvrons derrière un écran. 

Ca donne le tournis ? Un peu, certes. Pourquoi ? Ce vertige est provoqué par ce que l’on appelle une mise en abîme. Mais si... la Vache qui rit ! La boîte de Vache qui rit portant des boucles d’oreille boîte de Vache qui rit dans laquelle une vache qui rit portant des... 

Il ne s’agit pas d’un placement de produit, mais d’une représentation de la mise en abîme : un effet d’emboîtement !

Quant à la métalepse, c’est bien ce trouble créé par l’effet de distance que l'auteur met avec le récit, au profit d’une réflexion sur la création. Cela créé cependant une connivence avec le lecteur ! 

Métalepses narratives en littérature ?
Continuité des parcs, nouvelle, Julio Cortazar : Nous découvrons que le personnage qui lit le livre est en fait l’un des personnages du livre en question.
► Lauteur et moi, Eric Chevillard, Editions de Minuit : Lauteur commente sa propre narration, à travers des notes de bas de page très prolixes et présentes !

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* NARRATAIRE : Destinataire du discours = lecteur en littérature, spectateur, au théâtre ou au cinéma.
** EXTRA-DIEGETIQUE : Extérieur à la diégèse (= récit).
*** DIEGETIQUE : Espace-temps où se déroule lhistoire, formant un récit (pas forcément chronologique). 
**** META-DIEGETIQUE : Le récit contient lui-même un récit.

La Vache qui rit
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