NUIT BLANCHE, Gaël Lecouedic

NUIT BLANCHE

On m’a dit d’attendre, on viendrait me chercher. 

NUIT BLANCHE - illustration

Sans ma montre impossible de savoir depuis combien de temps je suis arrivé. Et d’où je suis, même en me penchant, je ne peux pas distinguer ce qu’affiche l’horloge près du petit bureau. 

Ils ont dû sortir car je ne perçois plus aucun mouvement dans la pièce d’à côté. L’animation du début de soirée a fait place à un silence pesant.

Je sens une raideur dans la nuque, un début de migraine qui hésite encore. A côté de la chaise sur laquelle je me suis assis il y a une espèce de banquette dont l’assise à l’air rembourrée. J’hésite à m’allonger, mon geste pourrait être mal interprété.

J’enchaîne les bâillements à présent, c’est agréable au début mais beaucoup moins au bout de la dixième fois. Je commence à regretter d’avoir refusé le second café.

Je sens une raideur dans la nuque, un début de migraine qui hésite encore.

La tête dans les mains, j’essaye de me refaire le film de la journée, la course en taxi le matin pour aller jusqu’à l’hippodrome. La visite du paddock avec Hubert, la jument baie qui, si on arrive à lui rentrer un peu de plomb dans la cervelle fera des étincelles sur la piste à Deauville au printemps. Il est malin Hubert, sous des airs de palefrenier sans manière j’ai bien vu qu’il me testait avec ses questions sur la réunion de vendredi, ses remarques sur la femme d’Antoine, et qu’il lui mettrait bien des coups de cravaches à celle-là tiens ! Je n’ai pas bronché. J’étais là pour affaires pas pour me griller avec le premier sbire venu.

J’étais là pour affaires pas pour me griller avec le premier sbire venu.

Le téléphone vient de sonner, trois fois. 

Ça m’a fait sursauter. Une vieille sonnerie de téléphone comme je n’en n’avais pas entendu depuis longtemps. Trois coups puis plus rien. Je le vois, un combiné marron avec écouteur en bakélite, posé sur le petit bureau. Mais personne pour répondre.

NUIT BLANCHE - lampe

Ils vont bien finir par revenir. Je boirais bien un verre d’eau maintenant, j’ai la gorge sèche et ce maudit mal de tête qui s’est bien installé au fond de mon crâne à m’en filer la nausée. 

Finalement la visite à l’hippodrome n’a pas été si compliquée. Hubert n’a pas opposé de résistance. J’ai eu plus de mal à calmer la jument. Plus que le bruit c’est la vue du sang qui les affole. Je suis resté un moment près de la bête à lui caresser l’encolure et lui susurrer des paroles rassurantes. Puis j’ai emprunté la jeep d’Hubert. Le sac était bien sur le siège arrière, comme prévu. Au vu et au su de tout le monde. Presque trop facile.

J’ai dû m’assoupir quelques minutes, par la lucarne on voit maintenant poindre les premières lueurs de l’aurore. La banquette n’est pas si confortable mais je n’en peux plus, j’ai besoin de m’allonger, de me poser, d’essayer de penser à autre chose, de dormir.

Hubert n’a pas opposé de résistance. J’ai eu plus de mal à calmer la jument. Plus que le bruit c’est la vue du sang qui les affole.

Par les barreaux avant de sombrer j’aperçois la silhouette du grand bossu qui entre dans le bureau. Peut-être me laissera-t-il un peu tranquille avant l’interrogatoire.


AUTEUR : Gaël Lecouedic

Gaël Lecouedic manie l’ellipse et le rythme de son récit, notamment pour jouer sur l’accélération et le non-dit d’un crime. Il injecte également de nombreux éléments descriptifs pour souligner la narration, faire durer la scène et, ainsi, maintenir le suspense.

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