Création collective autour de Riad Sattouf à la BPI

Lors de l’atelier d’écriture créative animé à la Bibliothèque Publique d’Information pour le Labo des Histoires dans le cadre de l’exposition autour de Riad Sattouf, les participants ont joué le jeu de l’écriture collective. Voici quelques-uns des écrits produits en atelier ! 

BPI – Centre Pompidou

Texte collectif réalisé à la BPI

Pendant que je roulais, pendant que les aiguilles tournaient, pendant que je courais après le temps, pendant qu’il ramassait tous les morceaux, je rêve d’eau turquoise, de plages paradisiaques, de sable fin, de temps suspendu, d’amour au bout du monde.

Pendant que la tarte cuit doucement dans le four, pendant que l’ébullition bat son plein, pendant que les enfants tapent des mains, pendant que l’aîné met la table, je me dis que tout cela ne sert à rien, que la vie est trop courte ; je ne leur dirai rien – ou bien je leur mentirai.

– Allô, Paul, c’est terrible, j’ai un RDV de travail de dernière minute. Impossible de te retrouver à l’Imperator. Je fulmine. C’était une telle joie, ces retrouvailles. Comment me faire pardonner ?

SILENCE. En rajouter, je n’ai pas le temps. Il a raccroché.

Pendant que Farah croque dans une pomme, pendant que le chat fait sa toilette, pendant que l’avion décolle avec fracas, pendant que quelqu’un se rase, je claque la porte, furieuse. Moi aussi j’aimerais bien partir en vacances. Moi aussi j’aimerais bien faire ma valise. Moi aussi j’aimerais avoir du temps pour moi. Oui je suis énervée, oui je suis en colère, oui je suis fatiguée. C’était la première fois que je claquais la porte, mais je ne reviendrai pas en arrière. Je ne sais pas où je vais, je ne sais pas pour combien de temps. Je n’ai rien pris, j’ai tout laissé. Il n’aura qu’à faire le tri et jeter le reste. Ce qu’il ne veut pas, ce qui ne l’intéresse pas, ce qui ne lui correspond pas. De toute façon, nous n’avions rien en commun, ni les goûts, ni les envies, ni les souvenirs, ni la même réalité. Il vivait dans son monde et ne semblait pas faire attention à moi, comme si je n’existais pas, comme si je ne comptais pas.
L’avion doit être loin déjà. De la pomme il ne reste que le trognon. Il aurait pu le mettre à la poubelle. A-t-il fini de se raser ? Il ne m’a certainement pas entendue sortir et encore moins lui signifier que je ne reviendrai plus. Je n’ai pas laissé de mot. Pas le temps, pas envie. Il comprendra mais trop tard. Je serai déjà loin et il aura disparu de mes pensées, de ma vie, de mon présent… Le chat ! J’ai oublié mon chat. Impossible, je dois revenir… Un léger frôlement me fait stopper net dans mon demi-tour. Il avait dû passer par la chatière pour me rejoindre. J’étais la plus heureuse à cet instant et sitôt dans mes bras, il ronronnait déjà. 

Pendant que les gens s’affolent dans le métro, pendant que le chauffeur du bus fait tinter son klaxon piéton, pendant que l’inspecteur fait les cent pas dans le couloir, pendant que tu attends cet interminable métro, je t’attends, le chat sur les genoux, un livre à la main.

Le narrateur de ce récit, féru de chats et de lecture aime au moins autant observer les comportements de ses contemporains. Ainsi le soir dernier, espérant l’apparition d’un être aimé coincé dans le métro, eut-il le loisir – anecdotique certes, dans la grande ville – de considérer tour à tour des affolements souterrains, l’œil inquiet visant le compteur avant le prochain métro, des piétons surpris par le tintement du klaxon d’un autobus et un félon inspecteur (de qui ? de quoi ?) visant ses souliers sans aller nulle part. Foi de narrateur : Tout ceci pris indépendamment est vrai. 

Les textes sont des créations de Marie-Christine, Nadine, Hubert et Mathilde

Lors de cette séance d’écriture, nous avons aussi créé les instructions imaginaires de Riad Sattouf à nous-mêmes (à la manière des instructions de Paul Auster à Sophie Calle suite à la parution de Leviathan)… Cocasse !

L’Arabe du futur, Riad Sattouf©

Instructions de Riad Sattouf à un jeune auteur par Hubert

Alors comme ça, loupiot, tu veux me plagier ? Tu prétends en fait de créer une œuvre reprendre la mienne ? C’est absurde. C’est tout le cheminement de ma vie, depuis le petit « arabe du passé » qui a mené à chaque étape que tu vois et qui te donne l’image du beau gosse actuel. T’inspirer, je le veux bien, que tu prennes mon sang, moins. Mais, allez, qu’importe. De cette façon, tu ne me plagieras pas. Tu ne le saurais pas. Ces conseils relèvent du bon sens :

– Souviens-toi de qui tu as été, d’où tu viens, de qui tu viens.

– Triche avec tes souvenirs. Ajoute, soustraie, substitue.

– Ecoute les flots de paroles.

– Tranche dedans.

– Note, attentif, le monde qui t’entoure.

– Gardes-en le contour à ta matière.

– Fais rire, fais pleurer, mais fais penser.

– Ecris selon la forme qui te vient alors : tu peux n’écrire jamais de roman et présider Livre Inter !

Laisser un commentaire