Textes organiques d’Anna

Textes organiques d’Anna

 La greffe du slammeur

Têtu Totem n’est pas un battant. Plutôt fragile, plutôt mélo, un peu malade imaginaire, il se donne des excuses pour ne pas quitter sa bulle, ses rêves, son canapé, parce que la vie c’est plein de bleus et son cœur y est en péril. Tout son art, il le met dans sa rythmique, dans ses slams, et c’est ça qui le porte en avant. Il croit à l’amour, il le crie, et en même temps, il s’en plaint. Un peu cœur d’artichaut, il tombe amoureux souvent et tout autant de fois, il tombe des nues.

Depuis dix jours il s’est trouvé une nouvelle épine, un nouveau vague à l’âme et il faut reconnaître qu’il n’a pas tort : comme la chance ne lui souriait pas, il a braqué un café, il y a perdu son odeur de sainteté et sa main droite. On lui a bien greffé une main mais il peine à étendre les doigts, sauf le pouce, qui reste indomptablement en l’air. Pouce de winner, mine abattue. Ironie du sort. Et ce qui lui manque le plus, c’est de claquer des doigts pour accompagner ses textes. Sans ça son slam a perdu son sel.

Empreintes digitales

Ça faisait des jours que je séchais devant ma feuille. C’est bizarre, c’est ma main que j’ai perdue. Je pensais qu’en un sens c’était rassurant. Il me restait au moins mes idées. Mes phases n’en devaient pas pâtir.

Mais au fond, les unes ne vont pas sans l’autre. En désespoir de cause, je suis monté au grenier pour occuper le terrain vague de mon esprit. J’ai fouillé dans les vieilles photos, voir si elles m’inspiraient. C’est quelque chose que je n’ai jamais fait : écrire sur ma famille, mon passé, enfin leur passé, à eux.

Il y avait les papiers de yayo, quand on l’a arrêté pour l’emmener au camp de réfugiés de Gurs. Sur le papier, il a dix-neuf ans, mais sur la photo, il en paraît au moins quarante. Il n’y a pas de signature, mais on lui a pris ses empreintes, les empreintes des deux mains.

Et là, j’ai fait une découverte : à gauche, il y a cinq empreintes mais à droite, il n’y en a que trois. Je ne sais pas si c’est seulement une coïncidence, mais ça me sauve de penser que non. Je me suis dit que, peut-être, lui aussi avait eu un accident. Bêtement, je me suis senti moins seul et j’ai eu envie d’écrire.

Anna — Textes créés en atelier à la carte

Laisser un commentaire