Toulouse-Lautrec vue du lit par Colette Couderc

Le lit de Henri de Toulouse-Lautrec – Une œuvre de l’exposition « Toulouse-Lautrec, résolument moderne » au Grand Palais

Lautrec_in_bed_1893.jpg

Le lit© de Toulouse-Lautrec, actuellement exposé au Grand Palais (conservé au Musée d’Orsay) à Paris. 

De dimension moyenne (54 × 70,5 cm) (H x L), peint en 1893 à l’huile sur toile, le tableau représente deux têtes humaines tournées l’une vers l’autre au centre du tableau. Les deux têtes, posées chacune sur un oreiller réhaussé par un traversin, sortent du rabat du drap blanc et de la couverture rougeâtre, sur laquelle a été posé un châle à dominante verte. La tête de lit est dessinée et donne un caractère inachevé au tableau, marque récurrente dans l’œuvre de Lautrec.

Ce tableau est conservé au Musée d’Orsay et exposé, en ce moment, au Grand Palais dans le cadre d’une rétrospective de ce peintre.

Dans le lit

Toulouse-Lautrec s’attache à peindre la vie quotidienne de la société montmartroise. Dans ce cadre, les femmes des maisons closes deviennent un sujet récurrent dans son œuvre. Dans « le lit », Toulouse-Lautrec capte un instant de l’intimité de ces deux femmes qui se reposent. Le regard bienveillant de la femme de droite sur sa compagne endormie montre la complicité du vécu commun et difficile. Une grande tendresse émane de ce tableau, un moment de calme, une parenthèse hors du temps pour les deux personnages.

En tant que femme, nous pouvons nous identifier à ces deux jeunes filles, non pas dans la pratique du métier qu’elles exercent mais par ce partage de chaleur sous les draps, accompagné de la confiance que l’on a envers une personne avec qui on partage le lit où l’on accepte de s’abandonner au sommeil. Un abandon de toutes pressions, une espérance peut-être aussi d’une vie meilleure. On les regarde et on a envie de les prendre dans nos bras pour leur susurrer à l’oreille des contes merveilleux ou des chansons douces propices aux rêves.

Ce tableau est une véritable invitation à la douceur de vivre alors que la réalité est une soumission de la femme à la maquerelle ou au marlou qui les emploient et aux clients, dont très peu échappent.

Double réalité, dans le Lit

A l’heure de la médiatisation de la violence faites aux femmes, ce tableau peut être aussi une invitation à réfléchir à la place des femmes au XIXe siècle et à quelle violence elles pouvaient être soumises.

Ce tableau évoque aussi les peintures de Degas, à l’Opéra, dont l’influence sur Toulouse-Lautrec est certaine. Ces jeunes danseuses que certains gros messieurs observent depuis les coulisses pour en faire leur proie et les mettre bientôt dans leur lit.

Ces deux peintres observent et peignent les mœurs de leur époque et laissent aux spectateurs le choix de la critique. Autant par les sujets que par la manière de les rendre, ils font acte de création très fort.

Eclairage du lit

Si le lit de Toulouse-Lautrec nous émeut toujours et représente un attendu de cette exposition au Grand Palais, son éclairage est très décevant. Le plafonnier écrase la scène et révèle les reflets de la vitre qui protège la toile. Du coup, les couleurs sont ternes et la profondeur de la perspective écrasée aussi. C’est une véritable déception, d’autant que le Grand Palais a retenu les couleurs olivâtres ou grises pour les murs d’exposition comme à Orsay. Ces fonds permettent de révéler la lumière des couleurs des toiles. Dans cette exposition, ce dispositif est inefficace à cause d’un éclairage en plafonnier.

Le Grand Palais accueille 225 œuvres de Toulouse-Lautrec

Outre le lit, cette exposition nous permet de revoir ou voir nombre de tableaux très connus du peintre ou moins connus.

Chronologique et par thème, cette très grande rétrospective – 225 œuvres – permet de parcourir l’œuvre sous différents aspects.

Elle met en valeur les différentes techniques du peintre, dont « Aristide Bruant dans son cabaret ». Cette œuvre est présentée sous différentes formes, en affiche, en œuvre finie mais aussi en lithographie en couleurs, au pinceau et au crachis et en épreuve du tirage. Les huiles sur toile montrent des œuvres abouties, tandis que les huiles sur carton semblent des instantanés pris sur le vif.

Non seulement les techniques sont présentées, mais aussi les différents thèmes qui ont retenu l’intérêt du peintre : les portraits, la vie parisienne avec les cabarets, les théâtres, le cirque. Et toujours, la représentation du mouvement omniprésente, avec une série d’estampes originales présentées comme des photogrammes d’un film deLoïe Fuller.

Les dernières toiles dont le portrait de « Paul Viaud en tenue d’amiral » montrent la vitalité qui anime encore le peintre à la fin de sa vie.

Visiter l’exposition « Toulouse-Lautrec, résolument moderne » au 
Grand Palais jusqu’au 27 janvier 2020.

► Lire d’autres articles de Colette Couderc  [Participante Rémanence / Membre du Jury du Premier roman de la Ville de Paris 2020] : 
ses critiques littéraires, ses billets d’humeur...

 

Laisser un commentaire