Comment écrire un scénario [Conseils narratifs]

Ecrire un scénario exige une méthode sur des plans techniques et de présentation. Les conseils d’écriture de cet article sont destinés aux personnes qui souhaitent écrire des scénarios. Mais il présente aussi des principes généraux sur l’écriture narrative en général.

Qu’est-ce qu’un scénario ?

 « […] j’ai voulu montrer que le scénario était pour moi une structure fragile, vivante, toujours changeante, et qu’un film n’existait que lorsque tout le travail demandé était réellement achevé. Le scénario ne sert que de prétexte à une exploration, et je ne peux m’empêcher de me demander chaque fois, avec anxiété : et si cela n’aboutissait à rien ? » – Andreï Tarkovski, Le temps scellé

Il est dit qu’un film est un objet artistique « quatre en un » qui se réinvente à chaque étape :

1/ Le scénario

2/ Le tournage

3/ Le montage

4/ La réception/perception/le souvenir du spectateur

Scénario [Définition]

Le mot « scénario » a pour origine le mot italien scenario qui signifie « décor ». Il s’agit du canevas rédigé des épisodes d’un film incluant (mais pas systématiquement) des dialogues. Il contient peu ou pas d’indications techniques – réservées au découpage (et story-board) qui intervient après le processus de fabrication d’un scénario.

Comment écrire un scénario - lune
« Le voyage dans la lune » Georges Meliès

Découpage (= script)

Le découpage technique est un document écrit, divisé en général en colonnes qui présentent plan par plan les images et les sons du scénario. C’est un support destiné à toute l’équipe technique. Il peut, dans un second temps, prendre la forme de storyboard pour guider le tournage.

Scène

Elle correspond à l’unité d’action précise, caractérisée par une spécificité de personnages de temps et de lieu. Elle s’appuie sur la continuité de la suite de plans, inscrits chacun dans une durée réelle.

Séquence

Il s’agit d’une unité d’action, un fragment de film qui raconte une unité narrative en plusieurs plans en une suite d’événements (ou situations) isolables dans la construction narrative. Elle comporte des ellipses temporelles.

Ellipse 

Elle désigne un saut dans le temps diégétique (diégèse = histoire racontée). Le récit passe en effet d’une action à une autre, d’un temps à un autre et d’un espace à un autre. Le spectateur comble lui-même le manque et reconstitue chaque moment invisible en créant des images mentales et des sutures de manière naturelle et automatique. Le temps du récit n’équivaut pas au temps de lecture (comme pour un livre). Bref, s’il vient de se lever, on ne voit pas forcément le personnage prendre sa douche, se brosser les dents, se coiffer, se maquiller, se moucher, se parfumer, etc., sauf si cela raconte quelque chose dans l’action : il est stressé et fait tomber le savon dans la douche ; il a la poisse et éjecte le dentifrice sur son visage, un épi retors est indompté…

Construction d’un scénario : les étapes

La caractéristique du scénario est celle de la précision. Il n’y a pas de place pour l’abondance ou la digression. Il s’agit d’un document de travail provisoire, d’un projet et non d’une forme littéraire (pour ma part, je militerais bien pour qu’il le devienne, mais ce n’est pas le propos…).

Situation initiale [Contexte]

C’est le déclic qui met en branle le récit. Il crée un ordre, un contexte de départ dont le désordre révélera l’intrigue. Chronologiquement, il précède le récit, son basculement.

Les personnages et leur caractérisation

Pour donner du relief aux personnages, il faut savoir à l’avance ce qui va leur arriver. A vous de dessiner :

► Traits de caractère

► Habitudes

► Aptitudes

↪  Il s’agit de rendre logiques les manifestations ultérieures de leur comportement.

Les personnages sont l’essence même de l’action (le nombril) :

► Epaisseur humaine

► Vraisemblance

► Crédibilité

Les supports de caractérisation :

► Physique : corps, traits du visage, habitudes vestimentaires, âge, etc.

► Sociologique : nom, classe sociale, langage, situation familiale, métier, etc.

► Psychologique : traits de caractère, attitude morale, vice et vertu, etc.

► Comportemental : manies, mode de vie, hobbies, secret(s), etc.

Tous ces éléments doivent répondre à des éléments permanents, et ce sont les situations qui vont les accentuer, les modifier ou les confirmer. Il s’agit de répondre à une logique de caractérisation chronologique.

Le schéma dramatique du scénario

1/ Situation de départ (situation initiale)

2/ Incident déclencheur : propulse le protagoniste dans une nouvelle situation à travers un révélateur

3/ En découle la découverte d’un objectif subi (destinée)

4/ Le personnage devient protagoniste et donne du sens à l’histoire

5/ Pour remplir ses objectifs, celui-ci rencontre des obstacles

6/ Résolution/chute (heureuse, malheureuse, frustrante, dramatique, banale…)

Comment écrire un scénario - paysans
« L’arroseur arrosé », Les frères Lumière

Le récit [Définition]

« Une histoire suppose un sens, une orientation du Temps allant de la cause à l’effet, un commencement et une fin. » – André Bazin, Qu’est-ce que le cinéma ?

 

Le récit n’existe que dans l’enchaînement des événements. Rien n’est donné au hasard, tout répond aux besoins de la narration.

   L’Histoire (la diégèse)

Elle est la déclinaison d’une idée. Elle comprend l’ensemble chronologique en passant d’un point de départ à un point d’arrivée.

   Le récit

Les outils narratifs du récit déploient l’histoire dans un temps – le présent uniquement – pour élaborer un scénario. C’est donc un procédé de narration.

⇨ Squelette/armature de l’histoire/colonne vertébrale…

1/Déclencheur/révélateur

► Le déclencheur correspond à la modification de la situation initiale : un choc, une surprise, un accident, un problème, une menace, un imprévu, une découverte, un éclair… qui surviennent à un ou plusieurs protagonistes, les forçant à réagir, en fonction de leurs caractéristiques.

► Le révélateur est l’objectif mis à nu pour appréhender le déclencheur. Il crée une dynamique.

2/Les obstacles

Les obstacles internes sont inhérents à la personnalité du protagoniste.

Les obstacles externes surgissent devant le protagoniste et l’empêchent de réaliser son objectif.

3/Le conflit et l’identification

Pour atteindre son objectif, le protagoniste rencontre des troubles, des souffrances. Cela se caractérise par une tension : manifestation d’une résistance que le personnage subit.

4/Le point de vue de l’histoire

Il se manifeste dans la trajectoire du (ou des) personnage. ⇨ L’enchaînement des faits doit répondre à une cohérence.

Comment écrire un scénario - rapaces
« Les rapaces » Erich Von Stroheim

Le Dialogues

C’est une forme de langage spécifique au cinéma. En effet, au théâtre, la situation est créée par les mots tandis qu’au cinéma, ce sont les situations qui engendrent le dialogue. Il agit comme caractérisation du personnage et instrument d’action.

1/ Eviter le pléonasme : tout ce que l’image montre, ou peut montrer, la parole n’a pas à l’énoncer.

2/ Le dialogue doit être considéré comme une forme narrative parmi les autres.

3/ Concomitance avec l’action : voir et entendre simultanément.

4/ Il doit d’être le plus concis possible : apporter le maximum d’informations ou/et d’émotions dans un minimum de mots.

5/ Il doit être à l’image du personnage (niveau d’éducation, de langue, classe sociale, contexte, etc.) : chaque personnage a son propre langage qui lui est distinct.

6/ Il doit être chargé de significations indirectes, porteur d’images visuelles mentales, ce que l’image a beaucoup de mal à produire.

7/ Il n’interdit pas le silence, ressort rythmique de l’intrigue.

La voix off peut remplir plusieurs fonctions :

► Echange téléphonique

► Enregistrement sonore (répondeur, télévision…)

► Introduction d’un narrateur extérieur

► Voix intérieure du personnage

► Voix d’un mort (fantôme)

Elle correspond à de la parole qui n’apparaît pas à l’écran et introduit la notion de hors-champ. Reste à définir si elle fait partie de l’action ou commente l’action. Dans tous les cas, elle doit être définie au moment de la rédaction du scénario.

Les particularités du cinéma

Il est évident que le cinéma, c’est du son et de l’image. Mais attention, il y a les images que l’on voit, celles que l’on ne voit pas, et les sons ne se limitent pas au dialogue ou à la musique extra-diégétique (= musique qui ne provient pas de la scène mais sert à mettre en scène une émotion).

      Son

Une petite mention spéciale au son, que je trouve nécessaire au cinéma et pas suffisamment exploité. Il peut recréer tout un espace que l’on ne voit pas : une prison (cliquetis des clés, bruits de pas, cris) alors que la scène est plongée dans le noir par exemple. Il enrichit l’image en s’y incorporant et en s’y assimilant. Il donne du relief et de la consistance à l’image. Il peut révéler l’état d’âme d’un personnage (porte qui claque) ou l’événement dans une action (explosion). Par nature, le son implique un déplacement, une agitation et offre une dynamique temporelle.

   Notion de champ

Le champ représente le cadre que le spectateur voit (et c’est bien le travail du scénariste de le déterminer). Le hors-champ correspond à ce qui n’est pas montré mais fait sens. C’est une unité créée une première fois au tournage, refaçonnée au moment du montage. Le rush correspond à la durée de prise de vue enregistrée entre le moment où on appuie sur onet le moment où on appuie sur off avec la caméra.

Mise en scène (au tournage)

Au moment de la prise de vue, plusieurs valeurs de plans sont possibles (gros plan, plan serré, plan américain…) et plusieurs mouvements de caméra (steadycam, zoom, travelling…). Au moment du tournage, la même scène est jouée sous différents angles et c’est au montage que les fragments sont sélectionnés puis suturés pour former un ensemble.

Les fonctions du montage

1/ Sélectionner les prises à retenir

2/ Organiser, agencer le récit dans un ordre qui n’est pas toujours celui du découpage d’origine

3/ Enchaînement des plans dans un ordre cohérent

4/ Choix des plans de coupe

5/ Mise au point des raccords

6/ Rythme

7/ Organisation de la bande sonore (peut être discordante avec l’image : dialogue revient dans un autre espace-temps comme un souvenir) : peut être décidé au moment du scénario et doit être précisé comme scène de souvenir ou onirique.

Mise en page du scénario

La mise en forme n’a d’intérêt que parce qu’elle induit un format d’écriture. Il y a des conventions mais pas de règles absolues.

« Une page = une minute de film » est une théorie. Cela dépend du style, du nombre de dialogues et de la description des actions. C’est une convention à titre indicatif qui permet aux producteurs d’évaluer un premier coût estimatif grâce à la durée. Les scénaristes s’autorisent certaines libertés avec la norme mais il est préférable de respecter au maximum ces règles (comme la police et sa taille) pour faciliter l’évaluation de la durée du film.

La couverture

  • Liberté de couleur ou police
  • Titre du film

La première page

  • Titre du film
  • Le ou les auteurs
  • Le ou les auteurs du livre d’origine (en cas d’adaptation)
  • L’adresse de l’auteur en bas à droite

La mise en forme

► Impression recto uniquement (A4)

► Marges :

  • Haut : 2,5 cm
  • Bas : 2,5 cm
  • Gauche : 3 à 3,5 cm
  • Droite : 2,5 cm

► Numéros de pages apparaissent dans les marges

► Une seule et même police pour tous les éléments (Courrier New, 11)

► Interligne : 1,15

► Pas de justification à droite mais à gauche

► Paragraphes de plus de 5 lignes

► N° de page en haut à droite

Voici un exemple (pas un modèle) :

1           EXT. ROUTE QUI LONGE LA FORÊT DE NASSANDRES ‒ MATIN

Un fourgon mortuaire s’est enlisé dans le fossé. Deux employés des pompes funèbres hissent le cercueil avec peine hors du fourgon et le chargent sur le toit d’une R5 usée au rouge passé. Ils tendent des cordes pour fixer le cercueil sur le toit. Ils portent chacun un costume noir réglementaire mais celui de Momo est trop grand et dévoile une chemise au blanc incertain qui dépasse du pantalon.


Approfondir l’écriture narrative et/ou l’écriture de scénario

► Week-end thématique « Ecrire un scénario [L’adaptation] » avec Lucie Rico, 6 & 7 avril 2019 – En savoir plus

► Atelier d’écriture créative pour comprendre la mécanique d’un récit narratif (nouvelle, roman, scénario…) « Fictions & Variations » tous les lundis et mardis soirs de 19 h à 21 h derrière le Centre Pompidou à Paris – Les détails 

► Accompagnement approfondi au scénario ou au manuscrit narratif, à partir de janvier 2019  « Lab’d’écrivain » – Tout savoir

Pour en savoir plus sur l’animatrice Lucie Rico qui est aussi réalisatrice 

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