Mireille Havet, auteure méconnue (ou inconnue)

Mireille Havet - auportrait

Connaissez-vous Mireille Havet ?

Peut-être avez-vous déjà croisé la plaque de la place du 11e…

Mais avez-vous lu Mireille Havet ?

C’est l’auteure d’un seul roman « Carnaval » (1922), salué par Jean Cocteau notamment. Ce sont les journaux qui touchent vraiment. On ne peut pas parler d’elle sans évoquer Claire Paulhan, l’éditrice, qui ressuscite une œuvre presque secrète, car perdue pendant de longues années. Depuis 2003, ses journaux sont publiés par cette maison d’édition.

Morte à l’âge de 33 ans (tuberculose et toxicomanie), ce n’est que dans les années 1990, par hasard, que la petite-fille de Ludmila Savitzky, amie à qui Mireille Havet avait confié tous ses écrits, découvre ses journaux dans un grenier. Mireille Havet, amoureuse passionnée, parle de la Première Guerre mondiale, des femmes, et partage ses états d’âme (sa difficulté d’être au monde). Le fait qu’elle ait été ouvertement homosexuelle est anecdotique, cela ne fait que renforcer la complexité des rapports humains dans sa vie. On retiendra son regard contemplatif et poétique posé sur la brutalité de l’existence qu’elle aimait trop pour être en paix.

Elle fréquentait des personnalités célèbres de son époque, notamment Colette et Jean Cocteau. Son charisme et sa beauté attiraient l’attention tant des hommes que des femmes. Elle évoluait dans les milieux artistiques et littéraires parisiens, côtoyant aussi bien les cercles intellectuels que les milieux plus underground des fumeurs d’opium et des libertins.

Malheureusement, la vie de Mireille Havet a pris un tournant tragique. Dès 1919, elle commence à consommer de l’opium, puis se tourne vers des drogues plus dures comme la morphine et l’héroïne. Cette dépendance affecte gravement sa santé et sa capacité à écrire. En 1926, lors de sa participation à une pièce de Cocteau, elle est décrite comme tenant à peine debout, exigeant sa dose quotidienne de drogue avant de monter sur scène

Malgré sa courte vie, Mireille Havet a laissé une empreinte significative dans la littérature française. Son journal intime, publié à titre posthume, offre un témoignage poignant de sa vie tumultueuse et de l’atmosphère du Paris des années folles. Sa vie et son œuvre continuent de fasciner les lecteurs et les chercheurs, illustrant à la fois le glamour et les dangers de cette époque effervescente de l’histoire culturelle française.

* Journal 1918-1919 : « Le monde entier vous tire par le milieu du ventre. »

* Journal 1919-1924 : « Aller droit à l’enfer, par le chemin même qui le fait oublier. »

* Journal 1924-1927 : « C’était l’enfer et ses flammes et ses entailles. »

* Journal 1927-1928 : « Héroïne, cocaïne ! La nuit s’avance. »

* Carnaval

« Par amour de l’aventure, de l’ombre qui masque et de l’équivoque, j’ai préféré le Mardi-gras où l’on pleure sous masque, tous les jours, et me voilà grimée pour la vie en pantin que rien ne casse, en fantoche de bois. » – Journal 1918-1919 : Le monde entier vous tire par le milieu du ventre de Mireille Havet


▶ Retrouvez d’autres articles de conseils ici
▶ Rémanence des mots est un organisme de formation et propose des ateliers d’écriture


4 réflexions sur “Mireille Havet”

  1. L’écrirture intense de la Mireille Havet de 19 ans laisse des traces. Bien sûr ensuite on se dit « quel gâchis ! Mireille qu’as tu fait de ta vie? » Mais en même temps, il y a la magie de la littérature : les pages de son journal c’est du  » hic et nunc » renouvelé à chaque lecture. On est avec elle, avec ses enthousiasmes, ses espoirs, son regard aigu sur le monde qui l’entoure : le Paris des années folles ( Colette, la mort d’Apollinaire, l’armistice de 14…), Nice – pas si loin de la ville décrire par Jean Vigo- les vallées du Sancy etc. C’est étonnant de penser que de ces années extraordinaires – celles du cubisme, des débuts de l’abstraction, de la recherche du temps perdu etc, années à jamais exceptionnelles- nous viennent (100 ans après! ) un nouvel auteur hors du commun : Mireille Havet. Hourra !

    1. Oui, et ce qui frappe aussi, c’est la densité de ce qu’elle traverse et absorbe — pas seulement les lieux, mais les milieux. Elle circule entre Colette, Apollinaire, Cocteau, sans jamais se diluer. Elle observe tout, sans concession, y compris elle-même. Et malgré la chute, elle laisse un texte debout. Mireille Havet, c’est à la fois une énigme et une évidence. Merci pour ce bel écho.

  2. Je lis le journal de Mireille Havet c’est passionnant..Je me demande si il y a un équivalent pour son époque ou même une autre..Je regarde tout en détail et je pense que certaines photos légendées Mireille Havet ne sont pas exactes..En relisant tout et en observant de prés les photos ce n’est pas cohérent quelque fois malheureusement..J’adore cette personne qui a gâché sa vie dans un sens mais elle a quand même crée une oeuvre énorme dans son genre avec ce journal bourrée d’anecdotes sur les célébrités des années 20.

    1. Merci pour ce retour pointu ! Le journal de Mireille Havet est en effet une source incroyable — à la fois document et performance. Ce journal est une œuvre à part : vif, sans filtre, bourré de détails précieux. Une vie qui déborde, une écriture qui tranche. Vous n’êtes pas seul·e à avoir le coup de foudre. Quant à un équivalent contemporain ou d’époque… voilà une belle idée d’enquête ou d’atelier d’écriture ! Merci de votre partage.

Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur Blog littéraire

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture