Par effraction d’Hélène Frappat

Un récit qui réveille la puissance du cinéma

Par effraction - photo livre

Quand on regarde les images d’une famille que l’on ne connaît pas, c’est comme entrer par effraction dans l’intimité de ces inconnus. Ce court roman nous offre l’occasion de nous confronter à cette impression, jusqu’à perdre pied avec les personnages. Des images à la surface de la pellicule d’une Super 8. Des pouvoirs. Des incantations. Des flashes oniriques. Fragments éclairs. Des visions. Nous fait entrer dans la peau d’un médium. A la fois terrifiant et fascinant.

L’énigme se faufile entre chaque page tournée. Etrange effet de rêve éveillé.

C’est un texte qui crée une suite d’images cinématographiques déroutantes, où la menace est permanente. Une vraie expérience de lecture.

« Tu es restée longtemps coincée entre deux étages dans le noir, recroquevilée sur le tapis rouge du grand escalier de marbre, sursautant à chaque fois que la minuterie s’allumait. Ce n’était plus l’appartement familier où tu rejoignais Claire, le mercredi après-midi, après sa leçon de catéchisme. » – Par effraction d’Hélène Frappat

Une incursion dans l’intime

Observer les images d’une famille inconnue, c’est pénétrer clandestinement dans leur univers privé. Ce court roman nous confronte à cette sensation, nous faisant perdre nos repères aux côtés des personnages. Les images projetées par une caméra Super 8 deviennent des fenêtres ouvertes sur des vies étrangères, suscitant à la fois fascination et malaise.

Une narration cinématographique

Frappat, également critique de cinéma, imprègne son récit d’une esthétique visuelle marquée. Les descriptions évoquent des séquences filmiques, avec des « flashes oniriques » et des « fragments éclairs » qui créent une atmosphère hypnotique. Cette approche narrative renforce le sentiment d’immersion, comme si le lecteur devenait spectateur d’un film projeté sur la page.

Le médium et le message

Le personnage principal, doté de capacités médiumniques, sert de vecteur entre le monde tangible et l’immatériel. Cette dimension ajoute une couche de complexité au récit, interrogeant la nature de la perception et la fiabilité de nos sens. La menace latente qui plane tout au long du texte intensifie cette tension entre le connu et l’inconnu.

Une expérience sensorielle

La prose de Frappat est dense et évocatrice, sollicitant les sens du lecteur. Les images se succèdent, parfois disjointes, créant un effet de rêve éveillé. Cette structure fragmentée reflète peut-être la nature même de la mémoire et de la perception, faites de bribes et de réminiscences.


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