Bachar n’aime pas Pink Floyd, d’Aurélie Ruby

Il portait un tee-shirt Pink Floyd à Damas. Il a fui la Syrie. Ils se sont mariés à Paris, ont traversé ensemble les guichets, les entretiens, les formulaires. Puis leur histoire leur a échappé : ils se sont séparés. Elle a écrit. Bachar n’aime pas Pink Floyd n’est pas une histoire d’amour : c’est ce qui reste quand on reprend la parole. Un texte à voir et écouter du 5 au 15 février 2026.

Bachar n’aime pas Pink Floyd Texte, conception et interprétation : Aurélie Ruby
À voir du 5 au 15 février 2026

En 2018, alors que le mouvement #MeToo redéfinit les contours du récit intime, Aurélie Ruby commence un texte. Écrit d’un seul souffle, il résiste au classement littéraire. Ni témoignage, ni fiction, ni plaidoyer – il naît d’une rupture et d’un contexte politique traversé par la guerre en Syrie et se forme dans l’informe, la déformation. Depuis, le texte a été écrit, réécrit, retravaillé, lu à voix haute, éprouvé sur le plateau. Il devient aujourd’hui spectacle.

Ce travail n’a pas été écrit comme un projet théâtral traditionnel. Il s’inscrit dans une recherche sur la langue, sur la mémoire, sur la place que peut prendre une parole féminine dans l’espace public.

Une parole tenue, sans filtre

Aurélie Ruby interprète elle-même son texte. Ce choix n’est pas anecdotique : il engage une forme. Elle ne joue pas un rôle. Elle prend la parole en son nom, sans médiation, sans personnage. Une parole tenue, exposée, adressée sans filtre. Elle ne cherche ni à convaincre ni à se justifier. Elle dit ce qu’elle a traversé, et ce qu’il reste à comprendre, à formuler, à transmettre.

Le récit repose sur une relation passée : une femme française, un homme syrien, un amour pris dans les contraintes de l’exil, des institutions, des langues. Mais il ne s’agit pas de raconter une histoire. Il s’agit de penser ce que produit un contexte politique dans l’intime, et inversement. De faire apparaître comment la guerre infiltre les liens, transforme les récits, déplace les repères – y compris ceux du langage.


Langue, structure, scène

Bachar n’aime pas Pink Floyd est un poème théâtral, né dans l’urgence mais élaboré sur la durée. Il s’est construit par couches : rédaction initiale spontanée, reprises, lectures publiques, confrontation au plateau. L’écriture ne cherche pas la continuité, mais l’exposition de ce qui résiste à la continuité. Elle progresse par blocs, retours, répétitions, coupes.

La prosodie est tendue, sans relâchement. Le vers est libre, syncopé, souvent interrompu. Les effets rythmiques sont précis. L’anaphore, les variations infimes, les reprises différées organisent une tension permanente entre maîtrise et débordement. Le langage est mis à l’épreuve. Il ne répare pas. Il tente de dire sans trahir. Il expose sa propre limite.


Le choix de ne pas déléguer ce récit à un·e autre interprète est cohérent avec l’ensemble du projet. Il ne s’agit pas d’un rôle, mais d’une parole que l’on assume, ici et maintenant. La scène n’est pas un simple support du texte. Elle est un espace d’adresse. L’actrice y prend position : elle dit, elle reprend, elle déplie

Le dispositif reste épuré. La musique, co-signée par Adrien Vullo (électro) et Fawaz Baker (oud, chant soufi, percussions), accompagne sans illustrer. Elle agit comme un contrepoint, un écho, une respiration. La mise en scène ne cherche pas à surligner le texte, elle le soutient.

Un engagement intime

Le spectacle se tient à distance des schémas narratifs habituels. Il ne cherche ni à représenter, ni à dénoncer. Il prend acte de la confusion, celle des sentiments, des statuts, des langues, des cultures. Il en fait une matière. La guerre n’y est pas un événement extérieur, mais un état diffus qui traverse les liens et les institutions.

L’œuvre refuse les effets de simplification, tout comme elle refuse de thématiser l’engagement. Ce n’est pas un spectacle à sujet. C’est une proposition scénique qui interroge des formes de vie, des façons de dire, des récits abîmés.

Pourquoi aller voir Bachar n’aime pas Pink Floyd ?

Pour entendre un texte qui ne cherche pas à séduire.
Pour voir comment un poème devient espace de pensée scénique.
Pour assister à une tentative artistique de formuler ce que la langue, parfois, empêche de dire.


A combien de gens avons-nous offert notre histoire en pâture
Combien de gens ont écrit notre histoire Voulu écrire notre histoire ?
Offrant au fantasme des autres une fiction que nous rêvions d’écrire
Mon histoire c’est tout ce qui me reste
Tu disais
Qui a rêvé
Nous nous sommes donné en pâture
Nous avons été pris
Nous avons voulu être plus que ce que nous étions
Nous avons accepté que les autres nous rêvent
Nous avons fait de nous une fiction
Ayant si peur de ne pas être légitimes
Nous avons fait de nous un article de presse intitulé
Un Roméo de là-bas une Juliette d’ici
Nous avons fait de nous des objets de désir
Nous avons fait de nous une fake news 

Bachar n’aime pas Pink Floyd, Aurélie Ruby

A VOS AGENDAS

Bachar n’aime pas Pink Floyd Poème théâtral De et par Aurélie RUBY
Où ? Local des autrices 18 rue de l’Orillon, Paris (Belleville)
Quand ? Du 5 au 15 février 2026 (Du jeudi au samedi à 21h / Les dimanches à 17h)
Durée : 1h10
A partir de 15 ans.
Réservations :
Lien vers la bande annonce et présentation de Bachar n’aime pas Pink Floyd
Lire la pièce

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