Écrire à partir de musiques et de sons

Laisser résonner, transcrire, détourner
Pour écrire régulièrement et établir une routine d’écriture, il est recommandé de renouveler les stratégies ludiques à travers des dispositifs variés. Immersion, décadrage, tout est bon pour créer un climat propice à l’écriture littéraire.
Ecrire à partir de musiques et de son ? Ce n’est pas réservé à l’écriture de chanson. Écouter, ce n’est pas seulement entendre. C’est aussi ressentir, imaginer, réagir. Une musique ne donne pas un sujet, mais un ton. Un rythme. Un espace mental. Elle invite moins à penser qu’à se laisser traverser.
Écrire à partir de la musique ou des sons, c’est déclencher l’écriture autrement que par les mots. C’est accorder sa langue à une matière invisible mais bien présente. C’est passer par l’oreille pour libérer la main.
Pourquoi écrire à partir du sonore ?
Parce que le son est :
- Immatériel : il ne raconte pas, il ne montre pas — il imprime.
- Éphémère : il vous traverse, il change, il fuit.
- Non verbal : il agit sans passer par le raisonnement. Il provoque un mouvement intérieur, une image, une impulsion.
Autrement dit : parfait pour sortir de la tête et entrer dans l’écriture par une autre porte

Ce que la musique permet

Donner un rythme à l’écriture : phrase courte ou longue, saccadée ou fluide, selon le tempo
Faire surgir des images : paysages mentaux, corps en mouvement, souvenirs
Imprimer un climat : inquiétude, mélancolie, légèreté, urgence
Susciter une voix : qui pourrait parler avec cette musique dans les oreilles ? qui serait porté par ce son ?
La musique ne “dit” rien. Elle fait venir, à travers une expérience sensorielle.
Exemples d’entrées d’écriture

→ Écriture en direct
Lancez un morceau. Écrivez sans lever le stylo pendant toute la durée. Pas de thème. Juste : ce que cela déclenche.
→ Traduction sensible
Après écoute : quel serait le goût de cette musique ? sa température ? son odeur ? Puis : quel personnage incarnerait ce morceau ? dans quel lieu se trouverait-il ? que fait-il, là ?
→ Bande-son de fiction
Choisissez un morceau. Imaginez qu’il accompagne une scène de film. Puis écrivez cette scène. Qui est là ? Que se joue-t-il ? Qu’est-ce que la musique rend possible ou impossible ?
→ Collage sonore
Écoutez plusieurs sons discontinus (ex. bruits de ville, nature, usines, voix). Composez un texte qui glisse d’un univers à l’autre en suivant ces ambiances. Ce peut être une rêverie, une errance, une déambulation. Ou au contraire, un récit éclaté.
Conseils pratiques
Ne cherchez pas à “coller” au sens de la musique. Évitez d’écrire sur ce qu’elle est censée exprimer. Concentrez-vous sur ce qu’elle déclenche en vous.
Choisissez des morceaux sans paroles pour éviter la contamination directe du lexique.
Variez les styles : musique classique, électro, folk, poésie sonore, bande originale, bruit blanc… chaque texture appelle une autre langue.
Laissez émerger la forme : journal, dialogue, monologue intérieur, fragment narratif, prose poétique… la musique choisira avec vous.

Ce que cette pratique développe

- Une plus grande souplesse dans l’écriture (moins mentale, plus rythmique)
- Une écoute plus fine de vos propres tonalitésUne disponibilité accrue à l’inattendu (vous ne savez pas ce qui va venir)
- Une manière de renouveler votre langue sans chercher à “bien écrire”
En résumé
- Le son est un déclencheur sensoriel, pas un sujet
- Il vous aide à contourner les blocages liés au sens ou à l’idée
- Il permet une écriture plus incarnée, plus organique
- Il invite à explorer le rythme, la voix, le climat du texte

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