Comment devenir écrivain ?

Obtenir le statut d’écrivain c’est accéder à un rang honorable dans la société. A partir du moment où on publie, on déclenche une admiration renforcée par l’imaginaire collectif. Est-ce lié à cette légende de l’inspiration divine ou des muses ? Ou bien le dur labeur de l’écriture suscite-t-il un émerveillement ? Peu importe puisque la fiction dépasse, de toute façon, le strict espace du livre !

Inégaux sont les hommes. Injuste est l’écriture. George Sand écrivait avec aisance, s’étonnant de la souffrance de son ami Gustave Flaubert : « Quand je vois le mal qu’il se donne pour faire un roman, ça me décourage de ma facilité, et je me dis que je fais de la littérature de savetier. ».

Alors que Flaubert devait « tourner et retourner deux jours entiers un paragraphe sans en venir à bout. », James Joyce était satisfait quand il parvenait à écrire ne serait-ce que trois mots – tout étant ensuite affaire de combinaison ! Charles Bukowski, lui, avec la nonchalance apparente qu’on lui connaît, n’hésitait pas à écrire aux maisons d’édition (contactées préalablement par ses soins) qu’il ne leur enverrait pas davantage de texte parce qu’il n’avait pas avancé.

Entre procrastination, blocages, ébullition et perpétuelle réécriture, il faut du temps pour venir à bout d’un manuscrit. Et quand, enfin, on écrit le mot FIN, de nouvelles difficultés s’annoncent : les tours et détours de la publication.

Deux écrivains de métier [Nouvellistes]

Prenons deux célèbres nouvellistes et observons comment ils ont accédé à la notoriété : Anton Tchekhov au XIXe siècle en Russie, Raymond Carver au XXe siècle aux Etats-Unis. A noter que Raymond Carver a été baptisé « Le Tchekhov américain » par la presse. Il admirait beaucoup l’auteur russe, au point de consacrer une nouvelle aux derniers moments de sa vie (Trois roses jaunes). Le premier ne se destinait aucunement au métier d’écrivain. Petit-fils d’un serf affranchi et d’un commerçant aux ressources inégales, Tchekhov s’est formé au métier de médecin. Parallèlement, tout comme le faisait déjà son frère aîné Alexandre, il s’est mis à écrire (comme une blague) des textes satiriques destinés à la presse. C’était le moyen de s’assurer un revenu, certes maigre mais immédiat. Il signait sous le pseudonyme d’Antocha Tchekhonte ou autres variantes. Il ne cherchait ni l’art ni le succès mais l’efficacité.

Comment devenir écrivain ? Anton Tchekhov

Certainement à force de fréquenter le monde artistique – en particulier celui du théâtre (obtenant facilement les faveurs des jeunes actrices) – et parce que le besoin d’argent se faisait de plus en plus pressant (parents et plus jeunes frère et sœur à charge), Anton Tchekhov a cédé aux pressions de son entourage et commencé à écrire des nouvelles. Son éditeur ne voulait le publier qu’au nom d’Anton Tchekhov, alors, il a dû d’assumer ses textes à contrecœur. Même en publiant des nouvelles, même en voyant ses pièces montées au théâtre et applaudies par le public (rarement saluées par la presse), Anton Tchekhov n’envisageait pas l’activité d’écrivain comme un métier. Son métier, bien qu’il ne lui rapporte pas un sou (trop empathique à l’égard des paysans) mais lui apporte des soucis, c’était médecin. Comment a-t-il développé son sens du récit alors même qu’il ne le cherchait pas ? Il n’y a pas de réponse catégorique, mais c’est un point commun (et pas des moindres) avec Raymond Carver : il partait de sa propre vie, son expérience pour broder de la fiction autour.

Raymond Carver, c’est la nécessité qui l’a poussé à la concision dans son œuvre. Il devait accepter des boulots alimentaires pour nourrir sa famille.Dès sa jeunesse, Raymond Carver a débuté son apprentissage du métier d’écrivain en se voyant offrir par ses parents (pourtant en grande difficulté financière) des cours d’écriture littéraire par correspondance. Devenu père très jeune, il a dû, avec sa femme, assumer ses responsabilités et trouver du travail. Son vrai métier, c’était déjà écrivain.

Toujours en quête de savoir, à la recherche de stimulation créative et dans l’optique d’améliorer son écriture, il a pris des cours de Creative Writing (Ecriture créative) à l’Université d’Etat de Californie Chico. Ses obligations familiales limitaient son assiduité mais il a pu compter sur la bienveillance de son jeune professeur (écrivain pas encore publié à l’époque), John Gardner, qui lui a prêté son bureau pour travailler. Il ne cesse jamais d’écrire, même si son temps est partagé entre la vie de famille, le travail alimentaire, et, bientôt de plus en plus, l’alcool. Il prend un cours de Creative Writingà l’Université d’Iowa et s’entoure d’écrivains avec qui il échange sur l’écriture.

Il rencontrera Gordon Lish qui, par un concours de circonstance et malgré ses aspirations d’écrivain, deviendra éditeur dans une revue new-yorkaise réputée. Il ne publiera pas immédiatement de textes de son ami Raymond. A chaque transmission de manuscrit (il faut admettre que Carver est persévérant), Lish lui renverra son manuscrit annoté et rempli de commentaires littéraires. Les échanges entre les deux amis vont durer des années. Raymond Carver prendra en compte certaines remarques. Gordon Lish prétend qu’il est à la source du style caractéristique du nouvelliste (« minimaliste » selon les critiques). Ce n’est certainement qu’une part de la vérité mais il est évident qu’il aura poussé Carver à affiner son style. Plus tard, quand Carver aura publié après plusieurs décennies de galère, il s’émancipera de l’éditeur et donnera un nouveau souffle à son écriture.

Comment devenir écrivain ? DISCOURS

Voilà deux grands auteurs dont le parcours diffère mais illustre les difficultés d’un métier.

 

Ecrivain, un métier

Selon les époques, vivre de l’activité d’écrivain est plus ou moins facilité. On sait notamment que Balzac écrivait des feuilletons pour les journaux et était payé à la ligne, ce qui a influencé la longueur de ses textes. C’était le prix de la liberté. Auparavant, les écrivains pouvaient obtenir le soutien de mécènes mais cela entraînait parfois une forme de censure. Aujourd’hui, s’il n’a pas d’autres sources de revenu que la vente de ses livres, l’écrivain peut difficilement survivre. Il est possible d’accéder à des fonctions paralittéraires (ateliers d’écriture, conférences, rencontres, lectures) mais c’est rarement suffisant. C’est pourquoi beaucoup d’écrivains sont également enseignants. Ils peuvent aussi être psychanalystes, comptables, facteurs, journalistes…

Comment valoriser l’écriture littéraire comme un métier si l’écrivain est contraint d’exercer un double métier ? S’il est difficile de jongler entre les deux, pour autant, il est essentiel de reconnaître qu’écrivain est un métier. Comme tous les métiers, devenir auteur s’apprend.

Quelles sont les fonctions d’un écrivain ? Nous n’évoquerons ici que les auteurs de fiction. Les essayistes écrivent en général des essais spécialisés dans des domaines de la psychanalyse, la sociologie, la linguistique, la philosophie, etc. Les auteurs d’autobiographie s’inscrivent dans une autre démarche, pas forcément contradictoire mais plus délicate à généraliser.

Un écrivain est :

  • concentré ;
  • curieux ;
  • observateur (il a le sens du détail) ;
  • réceptif aux mouvements de la langue ;
  • lecteur, en général.

Comment devenir écrivain ? livre

Des qualités que l’on attribue à une bonne tranche de la population. Alors qu’est-ce qui différencie un écrivain d’un participant à un atelier d’écriture ? (Précisions qu’un participant à un atelier d’écriture peut devenir écrivain mais un écrivain ne peut pas nécessairement participer à un atelier.) L’écrivain tient la distance. S’il peut rencontrer des difficultés (obstacles personnels, syndrome de la page blanche…), il va être persévérant. Il faut, au choix, une bonne dose d’humilité ou d’ego ou les deux. L’écrivain ne va pas se contenter du premier jet. Il va travailler, re-travailler, re-re-travailler son texte, en son cœur, en son essence, en son propos.C’est ce qu’on appelle la réécriture. C’est une recherche. Il n’est pas forcément patient de nature donc cela peut entraîner de grandes souffrances.

Ecrivain, c’est un métier, parce qu’il faut de l’entraînement pour développer ses récits, aiguiser son style. Le rythme de travail dépend vraiment de la personne. Certains ont une rigueur sportive et d’autres se laissent davantage guider par leurs émotions.

Ecrivain est un métier, au même titre qu’un autre, mais n’assure pas (immédiatement, voire jamais) de revenu suffisant. A Rémanence des mots, on s’attriste que les écrivains gagnent si peu d’argent alors que leur présence est nécessaire. Différents facteurs agissent sur ce phénomène (dont les mécanismes de la chaîne du livre, notamment). Cependant, un écrivain qui se frotte à autre chose dans la vie que son écriture saura donner plus d’ampleur à son œuvre, s’oxygéner et se renouveler, quel que soit le domaine. Il serait dommage d’interpréter cette situation uniquement comme un manque et non comme un apport créatif.

Comment devient-on écrivain ?

« En lisant, en écrivant », comme le suggère Julien Gracq ! Peut-on, en autodidacte, appréhender les grands courants littéraires, comprendre la mécanique syntaxique et narrative d’un texte, percevoir les nuances de la langue, développer des outils techniques ? Oui, on le peut. Il existe des livres, des articles et des tutoriels sur Internet. Il apparaît quand même essentiel qu’à un moment donné on soumette ses écrits au regard d’autres personnes (bienveillantes mais pas complaisantes). De plus, il n’est pas toujours évident de faire le tri dans la profusion d’informations.

Comment devenir écrivain ? livre

Les formations d’écrivain

Jusqu’à il y a 6 ans, il n’existait, en France, aucune formation au métier d’écrivain (seulement une formation hybride axée sur l’animation d’ateliers d’écriture, créée par Anne Roche à l’Université d’Aix-Marseille). Pourtant, les artistes ont les Beaux-arts, les cinéastes des écoles, les musiciens/danseurs/acteurs des conservatoires ! Pour schématiser, il existait des écoles de journalisme (qui enseignent un format d’écriture spécifique), des facultés de lettres (où la pratique d’écriture est circonscrite à l’analyse académique d’un texte littéraire). Aux Etats-Unis, l’enseignement de la création littéraire à l’université existe depuis 1936 (université pionnière dans l’Iowa). De nombreux auteurs reconnus sont issus de ces formations.

En France, se développent les ateliers d’écriture depuis les années 1970 par Elisabeth Bing, suivie d’Alain André avec Aleph Ecriture et d’Anne Roche avec la création de la formation universitaire. Cette pratique a d’abord été associée à l’accompagnement de publics en difficulté. Mais peu à peu, elle est devenue valorisation d’une pratique artistique. Les formations ont toujours, cependant, principalement porté sur l’animation d’ateliers d’écriture.

Des formations à l’écriture créative et à la création littéraire ont vu le jour récemment :

Master de Création LittéraireEcole d’Art et Université du Havre

  • Date de création : 2012
  • Ouverte sur l’interdisciplinarité, cette formation permet d’allier connaissances académiques et pratique artistique.

 

Master de Création LittéraireUniversité de Paris 8 

  • Date de création : 2013
  • Cette formation permet de bénéficier de l’enseignement de professeurs d’université et écrivains. Des rencontres avec des professionnels du secteur du livre au sens large permettent de situer la pratique d’écriture dans une chaîne du livre en tension permanente.

Lettres parcours Métiers de l’écriture et de la création littéraire et recherche en création littéraireUniversité de Cergy-Pontoise

  • Date de création : 2014
  • Cette formation complète permet d’explorer son style et de renforcer ses connaissances en théorie littéraire. Il est possible de poursuivre avec un doctorat.

Master métiers de l’écritureUniversité du Mirail, Toulouse

  • Date de création : 2012
  • Ce master explore toutes les pratiques d’écriture et met l’accent sur des rencontres avec des écrivains contemporains.

Pour approfondir la question, n’hésitez pas à lire cet article : « Creative writing » en France : une formation universitaire en voie de légitimation 

 

Vous l’aurez deviné, il n’existe pas de formation à la création littéraire avant le master. On peut en conclure que n’importe quelles études peuvent mener au métier d’écrivain mais aussi s’interroger sur la valorisation de cette pratique ne serait-ce qu’au lycée et à l’université en dehors des formations citées précédemment (encore à l’état de laboratoires).

En bref, devenir écrivain ne nécessite pas de formation. Une pratique d’ateliers d’écriture et/ou une formation universitaire permet de rencontrer d’autres écrivains ou apprentis écrivains et développer sa méthodologie de travail. Mais ce n’est pas indispensable.

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