Café Littéraire

Café Littéraire, espace de rencontre créative 

L’écrivain écrit dans la solitude. Son texte n’existe que quand il le partage à un lectorat. Et parfois, en amont de la publication, l’altérité est jugée nécessaire par l’artiste qui saura enrichir son œuvre en la confrontant à autrui. Le café a pu devenir un espace d’échange intellectuel et d’effervescence créatrice. C’est certainement pour rompre la solitude et bénéficier d’un lieu d’exploration artistique que les salons littéraires, puis cafés littéraires, ont éclos peu à peu à Paris.

 

Qu’est-ce qu’un café littéraire ?

Un café est un établissement où l’on consomme collectivement du café et autres boissons. Jusque-là, tout va bien ? Qu’obtient-on quand on associe ce nom à l’adjectif « littéraire » ? Un café où on lit ? Un café où on écrit ? On café où on parle littérature ? Un peu de tout ça en fait. Des artistes, et pas seulement des auteurs, se réunissent pour discuter de leur art respectif et profiter d’une émulation collective, certes. Mais cet espace de socialisation est aussi le lieu où l’on se montre et crée un réseau dans l’intérêt de la promotion de son œuvre.

Pour comprendre les mécanismes des cafés littéraires et leur évolution, pourquoi ne pas se plonger dans un peu d’histoire ?


Cafés littéraires : naissance, déclin et renaissance ?

XVIIe siècle – Salons littéraires

Revenons au XVIIe siècle, à l’époque royale. A l’écart de la cour, s’organisaient des réunions dans des salons feutrés pour parler de littérature, d’art et, parfois, de politique, à l’abri des regards inquisiteurs.

Parmi les salons littéraires les plus fréquentés, nous comptons celui de Madeleine de Scudéry. L’auteure de Clélie, histoire romainea marqué le mouvement littéraire de la Préciosité, pastiché par Molière dans Les Précieuses ridicules. C’est rue du Temple, dans le Marais, qu’elle organisait les « samedis de Mademoiselle de Scudéry », recevant des personnalités du monde de la littérature comme Madame de La Fayette, Madame de Sévigné, es Montausier, La Rochefoucauld, Chapelain, Pomponne, etc.

XVIIIe siècle – Siècle des Lumières

Au siècle des Lumières, parmi les salons littéraires célèbres, ceux de Madame de Tencin ou Madame Geoffrin, recevaient, entre autres, Diderot, Marivaux, Grimm, Helvétius… Les invités débattaient sur des idées présentes dans des ouvrages qui ont marqué la postérité. Ces salons ont pu abriter, pour certains, le « terreau » de la Révolution française. Le café littéraire ne viendra pas contredire les salons mais les compléter. Les Encyclopédistes fréquenteront le Procope du Quartier Latin en parallèle.

Café littéraire - écrivain

XIXe siècle – Les Romantiques

Si le terme « Café littéraire » ne s’impose pas immédiatement, les artistes quittent peu à peu les salons, en quête d’une indépendance à l’égard des mécènes. C’est à cette époque, que les écrivains commencent à vivre de leur métier. Héritiers des salons littéraires, aussi appelés cénacles, ils choisissent de se rassembler dans les cafés.

Le Procope accueille ensuite Honoré de Balzac, Victor Hugo ou Alfred de Musset. Mais le café sera bien vite délaissé, d’abord au profit du Café Momus, près du Louvre, apprécié de Baudelaire, Nadar ou Murger.

XIXe siècle – Second Empire

Les cafés occupés par les artistes sont en plein essor. Ils s’enchaînent sur le Boulevard de Gand, puis des Italiens : Musset, Balzac, Flaubert, Dumas, Murger et Barbey. C’est l’époque du Café bohème où l’on se retrouve d’abord pour faire la fête, se montrer, comme le souligne Goncourt.

C’est seulement Jules Vallès qui a utilisé le terme « café littéraire » en 1883. Il appartenait au groupe d’artistes adeptes du Café Mariage autour de Leconte de Lisle. Puis, à la fin du Second Empire, ce sont les cafés du Quartier latin, de Montmartre et Montparnasse qui attirent les écrivains, peintres et autres intellectuels.

XXe siècle – Naissance de la légende des cafés littéraires

Après les Encyclopédistes au Procope, les bohèmes au Momus, les Romantiques aux Grands Boulevards, ce sont les naturalistes qui se réunissent dans les « cabinets particuliers » des grands cafés de Rive droite tandis que les décadents choisissent les cafés de Rive gauche. Les surréalistes occupent des cafés et, en particulier, le Cyrano. Et puis, le Café de Flore de Saint-Germain-des-Prés sera rendu célèbre par les Existentialistes, sous l’égide de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Ce café jouit aujourd’hui encore du rayonnement d’un siècle passé et attire de nombreux touristes qui ne rechignent pas à payer un café une fortune au simple prétexte que des penseurs du XXe siècle y ont passé du temps !


Quelques cafés littéraires à visiter à Paris

Le Café de Flore – 172 Boulevard Saint-Germain, 75006 Paris

Si le café de Flore est facilement associé à Sartre, Beauvoir et autres Existentialistes, il a attiré bon nombre de personnalités au début du XXe siècle. D’abord fréquenté par Apollinaire, le café sera le lieu de rencontre et de naissance du surréalisme à l’initiative d’André Breton et Philippe Soupault. C’est en 1930-1939 que le Flore accueille les intellectuels et artistes de l’époque : Pascal, Queneau, Leiris, Bataille, Desnos, Brasillach… Tandis que les éditeurs (Grasset,Denoël, Fasquelle) y cherchent de nouvelles plumes. Et même les cinéastes et acteurs s’installent au café : Marcel Carné, Yves Allégret, Reggiani, Vilar, Prévert…

Les Deux Magots – 6 Place Saint-Germain des Prés, 75006 Paris

Fréquenté à la fin du XIXe siècle par les poètes : Verlaine, Rimbaud et Mallarmé, la vocation littéraire du lieu est confirmée par la création du Prix Littéraires des Deux Magots en 1933. Des Surréalistes aux Existentialistes, il a compté parmi ses clients célèbres : Louis Aragon, André Breton, Elsa Triolet, André Gide, Jean Giraudoux, Picasso, Fernand Léger, Prévert, Hemingway…

La Closerie des Lilas – 171 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Autrefois au milieu d’un jardin de lilas, la Closerie était appréciée d’Emile Zola, Paul Cézanne, Théophile Gautier ou les frères Goncourt, suivis le siècle suivant d’Apollinaire, Verlaine, Jarry. Puis à l’ère de la Prohibition aux Etats-Unis, quelques illustres écrivains se réfugient à Paris et échouent à la Closerie : Hemingway, Fitzgerald, Miller…

Aujourd’hui, le Café accueille un Prix Littéraire dont le bureau permanent n’est occupé que par des femmes Prix closerie des lilas.


Les Cafés littéraires aujourd’hui

L’association de ces cafés aux intellectuels a contribué à faire la légende des uns et des autres.  C’est pourquoi ces cafés sont encore très fréquentés et mis en valeur dans les guides de voyages. On peut certes y croiser des célébrités ou certains habitués connus mais on ne retrouvera pas nécessairement l’effervescence des siècles précédents.

Rémanence des mots propose des Cafés stylos pour écrire autour de contraintes ludiques et interroger champs littéraires et pratiques d’écriture, mais également des Cafés Littéraires. Animés par Corentin Breton, éditeur, ces Cafés Littéraires réunissent des passionnés de littérature autour d’un livre. A travers ses connaissances, il sensibilise à un courant littéraire, des procédés stylistiques ou un univers d’auteur et chacun développe des critiques constructives à partir d’une grille de lecture Rémanence à suivre à la lettre ou pas !

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► Renseignements & inscriptions : info@remanencedesmots.fr/ 06 59 73 38 36 / Rémanence des mots

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