Écrire à partir de la nourriture
On mange trois fois par jour. Mais on n’écrit presque jamais à partir de ce qu’on mange. Pourtant, les aliments sont chargés : de gestes, de souvenirs, de tensions, de rituels, de culture. La nourriture, c’est une matière concrète et symbolique, intime et sociale, banale et chargée.
Écrire à partir de la nourriture, ce n’est pas écrire sur ce qu’on aime manger. C’est partir d’un aliment, d’un plat, d’un goût pour traverser autre chose. Alors, comment écrire à partir du thème de la nourriture ?

Pourquoi la nourriture c’est un bon point d’entrée ?
Parce que la nourriture :
- Active la mémoire sensorielle : odeurs, textures, sons, gestes
- Incarne une situation : repas, cuisine, achat, offrande, refus
- Engage le corps : on ne peut pas écrire la nourriture sans sentir, saliver, réagir
- Ouvre des récits : familiaux, sociaux, intimes, imaginaires
Ce n’est pas un thème. C’est un déclencheur riche et malléable.
Trois approches simples
→ L’aliment-mémoire
Choisissez un aliment très précis. Pas “le chocolat”, mais “le biscuit mou au fond du paquet”. Notez ce qu’il déclenche : souvenirs, sensations, lieux, personnages. Puis, commencez un texte sans l’expliquer. Laissez-le faire surface dans l’histoire.
→ Le repas comme scène
Imaginez un repas particulier : interrompu, raté, interdit, volé, cérémonial… Qui est là ? Qui ne mange pas ? Qui ment en mangeant ? Faites du repas un lieu de tension.
→ L’aliment comme symbole déplacé
Prenez un aliment banal. Transposez-le dans un autre monde. À quoi sert-il ? → Une olive = monnaie → Un yaourt périmé = preuve dans une enquête → Un grain de riz = unité de mesure du temps


Exemples de jeux d’écriture déclencheurs
Métaphore interdite : écrivez un texte où la nourriture est omniprésente, mais sans jamais l’appeler par son nom. Faites ressentir par la langue, le geste, l’effet.
Inventaire gustatif : listez dix goûts de votre enfance. Puis choisissez-en un et écrivez une scène où quelqu’un le redécouvre pour la première fois.
Monologue en cuisine : une personne prépare un plat tout en pensant à quelque chose de totalement incompatible (une rupture, une vengeance, un voyage spatial…).
Objet comestible : imaginez un monde où tout est fait de nourriture (meubles, maisons, outils…). Racontez une scène dans ce monde.
Ce que cette écriture permet
- De faire surgir une langue plus physique, plus incarnée
- De déplacer l’écriture vers le sensoriel, pas seulement l’intellect
- De mobiliser des souvenirs ou des imaginaires sans introspection forcée
- De construire des scènes pleines de tension douce, de non-dits, de plaisir ou de rejet
Et surtout : la nourriture est un motif universel. Même quand on n’y accorde aucune importance. Ce qu’on mange raconte ce qu’on vit.

En résumé
La nourriture est une matière première d’écriture — au sens littéral
Commencez par un aliment précis, une situation concrète
Ne cherchez pas la gourmandise : cherchez le décalage, le geste, le contexte
Laissez les goûts ouvrir des récits, des scènes, des conflits
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