Faire écrire en atelier à partir d’une image

L’image pour lancer l’écriture
Pour faire écrire, il faut proposer une diversité de supports et de jeux d’écriture. Faire écrire à partir d’une image, ce n’est pas faire décrire. C’est s’en servir comme déclencheur de fiction, comme fragment de monde, comme réservoir de tensions invisibles. L’image n’est pas là pour illustrer un propos ou “inspirer” vaguement : elle fonctionne comme un texte muet à déchiffrer, à manipuler, à prolonger.
Pour cela, il faut apprendre à lire l’image avec la main.
Choisir des images qui travaillent l’imaginaire
Toutes les images ne se valent pas pour faire écrire. Ce qu’on cherche, ce ne sont pas de « belles images », mais des images actives, c’est-à-dire :
- Ambiguës (qui posent une question, laissent place à l’interprétation)
- Narratives (où quelque chose est en train de se passer ou vient de se passer)
- Dissonantes (où un élément détonne, crée une tension ou un trouble)
- Exemples pertinents :
- Une peinture à figures humaines mais sans légende
- Une photographie de rue avec une anomalie (un détail incongru, une attitude figée)
- Une image documentaire (archive, photo de presse, plan aérien…)

Cadrer le regard : des consignes pour explorer
Avant d’écrire, on peut proposer des énoncés d’observation ou de pré-écriture. Non pour produire une « analyse d’image », mais pour activer la perception.
Quelques pistes :
- Choisissez un élément secondaire et imaginez ce qu’il ne montre pas.
- Imaginez ce qui a eu lieu juste avant la scène. Inversez les points de vue : que voit celui ou celle qui est hors champ ?
- Listez les sons que cette image pourrait produire.
On ne commente pas l’image, on entre dedans.

Transformer l’image en situation d’écriture
À partir de l’image, l’objectif est de générer une contrainte d’écriture, claire et suggestive. L’image devient alors une scène à reconstituer, une voix à imaginer, un monde à élargir.
Exemples d’exercices d’écriture :
- Faire parler un personnage absent mais dont la trace est visible.
- Écrire la légende d’une photographie comme si elle était extraite d’un journal disparu.
- Imaginer le dialogue entre deux personnages représentés, sans rien décrire du décor.
- Raconter la scène depuis un objet visible (ou invisible) dans l’image.
- Créer le cartel décalé du tableau d’un musée.
Articuler image et littérature
Une image peut devenir un pont vers un texte : on part d’elle pour rejoindre un univers littéraire ou pour appliquer un procédé narratif.
Exemples de croisements :
- Associer une photo contemporaine à un extrait de L’Étranger de Camus pour travailler le point de vue neutre.
- Croiser une image de conflit avec un texte de reportage narratif (ex. Florence Aubenas, Svetlana Alexievitch).
- Utiliser une peinture ancienne pour travailler le monologue intérieur ou l’ellipse.
Cela permet de faire dialoguer les formes, et de creuser l’écart entre ce qu’on voit et ce qu’on peut écrire.


Écrire pour voir autrement
L’écriture n’est pas seulement une réponse à l’image. C’est un déplacement du regard. En écrivant, les participants comprennent que ce qu’on voit n’est jamais donné : c’est toujours une construction. Ils deviennent lecteurs d’images, au sens actif.
Et surtout : le texte ne vient pas illustrer l’image. Il ouvre un espace parallèle, un hors-champ, une hypothèse. Ce glissement produit des textes souvent très personnels, sans introspection forcée.

📎 Pour les enseignants, bibliothécaires et médiateurs
Utiliser l’image comme point d’entrée permet :
- D’ouvrir l’écriture à d’autres langages (visuel, sonore, émotionnel)D’aborder l’écriture sans angoisse de la page blanche
- D’impliquer des publics hétérogènes, même « non lecteurs »
- De faire émerger des voix et des points de vue singuliers
Boîte à outils méthodologique
1.Conclure par une mise en commun réflexive : qu’a révélé l’image ? qu’a produit l’écriture ?
2. Choisir l’image : narrative, énigmatique, ouverte.
3. Proposer une courte phase d’observation guidée : pour activer le regard.
4. Formuler une contrainte d’écriture ciblée : point de vue, forme, tension.
5. Offrir des variantes : pour adapter aux niveaux et styles différents.
6. Encourager l’éloignement de l’image : laisser place à la fiction.

Approfondir ?
Les formations à l’animation d’ateliers d’écriture créative Rémanence des mots permettent de collecter des outils, organiser ses progressions pédagogiques et se mettre en pratique !
▶ Retrouvez d’autres articles de conseils ici
▶ Rémanence des mots est un organisme de formation et propose des ateliers d’écriture




