
Qu’est-ce que la fantasy ?
La fantasy est un genre littéraire qui transporte les lecteurs dans des mondes imaginaires, peuplés de créatures extraordinaires et régis par des lois magiques. Le surnaturel est généralement admis et ne suscite pas le doute et la peur comme le fantastique mais ce qui le distingue c’est qu’il est souvent associé et inspiré aux mythes, à la magie, aux légendes, aux figures horrifiques.
C’est souvent délicat de distinguer les genres de l’imaginaire que sont le merveilleux, le fantastique, la science-fiction et la fantasy. Je vais donc tenter de les différencier par cette allégorie :
L’allégorie du chat :
Vous parlez à votre chat, il ne vous répond pas. C’est la réalité, c’est de la littérature mimétique.
La littérature non-mimétique ; s’il vous répond :
- C’est normal, c’est un chat génétiquement modifié = SF parce qu’il y a une explication rationnelle.
- C’est normal, c’est un chat magique = Merveilleux parce que, ce qui nous semble anormal est accepté.
- Ce n’est pas normal, cela vous plonge dans des tourments et vous venez à douter de votre propre réalité = fantastique parce que la perception de la réalité est mise en péril.
- C’est étrange, c’est un chat magique = Fantasy même si l’on accepte la présence d’éléments surnaturels le protagoniste peut s’en étonner.
Je tiens à préciser que la distinction avec le merveilleux est ténue, elle est plus d’ordre stylistique et contextuel que sur l’acceptation du surnaturel, vous comprendrez que dans mon exemple mon but était de les différencier. Le merveilleux est plus « cliché », c’est un genre plus ancien dans lequel le conte s’inscrit avec ce fameux incipit « Il était une fois, dans un pays lointain… » et la morale de fin.
Mais d’où vient cette fascinante forme de littérature, et qu’est-ce qui la rend si captivante ?
Sources et influences
Les origines de la fantasy se nourrissent des récits mythologiques et des traditions orales de nombreuses cultures :
- Les mythologies antiques : les mythologies, avec leurs dieux et héros épiques, ou riches en créatures comme les géants et les dragons, ont directement inspiré les récits modernes. Par exemple, Tolkien a largement puisé dans les sagas scandinaves pour façonner les royaumes de la Terre du Milieu.
- Le folklore et les contes de fées : les histoires populaires européennes, comme celles des frères Grimm, ont introduit les archétypes des princesses, des sorcières et des quêtes.
- Les légendes arthuriennes : avec leur mélange de christianisme et de magie païenne, elles explorent des thèmes de quête, d’honneur et de transformation personnelle. Des personnages comme Merlin ou Morgane la Fée incarnent cette tension entre ancien et nouveau mondes.
- Histoire médiévale : la période médiévale, souvent idéalisée, sert fréquemment de cadre aux récits de fantasy.
On pourrait aller plus loin et parler de l’héritage chrétien dans la fantasy avec les Valars de Tolkien ou la Belgariade de David Eddings mais la BNF l’a très bien fait : cliquez
Histoire d’un genre

Si ses racines plongent dans les récits oraux et mythologiques, la fantasy moderne émerge véritablement au XIXe siècle avec des œuvres comme celles de George MacDonald (La Princesse et le Gobelin) ou de William Morris (Le Bois au-delà du monde). Cependant ces récits restent profondément ancrés dans un imaginaire façonné par les contes.
Au XXe siècle, J.R.R. Tolkien, avec Le Seigneur des Anneaux, établit les codes du genre, il deviendra le père fondateur auquel on ne peut échapper, l’influençant durablement, avec son univers détaillé, peuplé de races mythiques, et son approche linguistique approfondie. Parallèlement, des auteurs comme C.S. Lewis (Les Chroniques de Narnia) et Lord Dunsany (La Fille du roi des elfes) explorent des thèmes variés comme la foi, le pouvoir ou la responsabilité.
Thèmes et motifs
La fantasy aborde souvent des thèmes universels comme la lutte entre le bien et le mal, la quête initiatique, ou encore le pouvoir de l’amitié et de l’amour. Elle permet également d’explorer des questions philosophiques et sociétales à travers le prisme de mondes imaginaires.
- La quête initiatique : au cœur de la fantasy, la quête, qu’elle soit physique ou spirituelle, structure souvent le récit. Le héros est confronté à des épreuves qui le transforment, comme dans Harry Potter.
- La lutte entre le bien et le mal : c’est l’un des grands piliers du genre, représenté par l’opposition entre Sauron et la Communauté de l’Anneau dans Le Seigneur des Anneaux.
- Le pouvoir de la magie : source de création ou de destruction, la magie incarne souvent le potentiel et les dilemmes humains.
- L’équilibre entre anciens et nouveaux mondes : faisant écho au thème précédent, cette thématique met en scène la tension entre la modernité et des traditions plus anciennes.
La fantasy dépasse souvent la simple narration de quêtes épiques ou d’affrontements entre le bien et le mal pour explorer des thématiques plus profondes et des sous-textes riches. Voici quelques-unes des dimensions thématiques et interprétatives qui enrichissent ce genre :
Les luttes existentielles et philosophiques
Les récits de fantasy posent fréquemment des questions sur la condition humaine :
- Le destin et le libre arbitre : de nombreux héros de fantasy sont confrontés à leur rôle prédestiné. Dans Le Seigneur des Anneaux, Frodon accepte une tâche écrasante qui soulève des questions sur la responsabilité individuelle face à un destin collectif.
- L’immortalité et ses conséquences : les elfes de Tolkien ou les vampires dans des œuvres plus contemporaines reflètent les dilemmes d’une vie sans fin, souvent marquée par l’isolement ou la perte de sens.
Critique sociale et politique
La fantasy sert souvent de métaphore pour aborder des problématiques actuelles sous couvert de fiction :
- Lutte des classes : Dans Game of Thrones, le jeu de pouvoir entre maisons nobles illustre des dynamiques de domination sociale, tout en offrant une critique de l’aristocratie et du privilège.
- Colonialisme et oppression : dans La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, le combat contre les forces naturelles et les systèmes oppressifs incarne une résistance face à des structures dominantes.
Écologie et rapport à la nature
Les œuvres de fantasy mettent souvent en avant une tension entre nature et civilisation :
- Dans Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki, bien que d’un registre visuel, les thèmes écologiques sont centraux. Le conflit entre les forces industrielles et les esprits de la nature illustre l’impact destructeur de l’humanité sur son environnement.
- La destruction de la nature dans Le Seigneur des Anneaux, notamment avec Isengard, reflète une critique du progrès technologique non maîtrisé.
Identité et marginalité
La quête d’identité est un motif récurrent, souvent exploré à travers des personnages outsiders :
- Acceptation de soi : dans Harry Potter, les sorciers sang-mêlé ou les créatures comme les elfes de maison sont des métaphores pour les problématiques liées à la race, à la classe et à la marginalisation.
- Transition et transformation : le thème des métamorphoses, commun dans la fantasy, est une allégorie de la transformation personnelle et de la quête d’authenticité, visible dans La Belle et la Bête ou les récits sur les métamorphes.
Spiritualité et transcendance
Les récits de fantasy puisent souvent dans des concepts mystiques :
- Quête du sens : La spiritualité dans la fantasy s’exprime souvent par des récits où les personnages cherchent à atteindre un idéal ou une compréhension supérieure d’eux-mêmes et du monde.. Dans Le Cycle de Terremer d’Ursula K. Le Guin, Ged, en affrontant son ombre, engage une introspection profonde sur ses peurs et son rôle dans l’équilibre du monde.
- Conflits entre magie et religion : Les récits explorant les tensions entre anciens cultes magiques et religions émergentes symbolisent souvent les bouleversements sociétaux majeurs. Dans Le Silmarillion de Tolkien, la chute de Númenor oppose les fidèles de la lumière divine (les Valar) à ceux séduits par Melkor, incarnant une forme de paganisme corrupteur.

Littérature et sous-genre
En tant que genre littéraire, la fantasy se distingue par sa capacité à créer des univers cohérents et détaillés. Elle requiert une attention particulière pour trouver l’équilibre entre narration et intrigue, entre personnage crédible et magie. Vous trouverez quelq
- Médiéval-fantastique : univers inspirés du Moyen Âge, avec des chevaliers, dragons et magie comme dans l’Assassin royal de Robin Hobb.
- Urban fantasy : la magie se mêle à la vie moderne, comme dans American Gods de Neil Gaiman.
- Fantasy historique : réécrit l’histoire en y intégrant des éléments merveilleux, comme Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke.
- Dark fantasy : univers sombres et pessimistes, souvent peuplés de créatures maléfiques, comme dans Le Trône de Fer de George R.R. Martin.
Si vous désirez approfondir la question du sous-genre, Antoine St. Epondyle l’a fait avec brio dans son article consacré à la fantasy : cliquez. Ce que j’apprécie particulièrement c’est la distinction entre les sous-genres contextuels qui seraient ceux qui s’inscrivent dans un univers, contexte, narration de la fantasy et les sous-genres stylistiques qui appartiennent à la fantasy dans leur manière de raconter.
L’évolution du genre
Au fil des décennies, la fantasy s’est diversifiée, donnant naissance à de nombreux sous-genres comme la fantasy urbaine, la fantasy historique, ou encore la dark fantasy. Cette évolution constante permet au genre de rester pertinent et de s’adresser à un public toujours plus large.
Diversification et critiques
- Nouveaux sous-genres : La fin du XXe siècle voit l’émergence de formes plus sombres et complexes de fantasy, comme la dark fantasy (Elric de Melniboné de Michael Moorcock) ou la fantasy urbaine (Neverwhere de Neil Gaiman). Ces œuvres intègrent des thématiques plus adultes, telles que la moralité ambiguë ou la critique sociale.
- Déconstruction des archétypes : Des auteurs comme Terry Pratchett (Les Annales du Disque-Monde) adoptent un ton satirique pour remettre en question les tropes traditionnels du genre, introduisant une réflexion sur les structures de pouvoir et les clichés narratifs.
L’expansion dans la culture populaire
- Adoption par les médias : La fantasy s’est imposée dans le cinéma (Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson), la télévision (Game of Thrones), et les jeux vidéo (The Witcher, Skyrim). Ces adaptations attirent un public mondial et élargissent l’audience du genre.
- Thématiques contemporaines : Les œuvres modernes abordent des enjeux actuels comme l’écologie (Princesse Mononoké), la diversité (Black Leopard, Red Wolf de Marlon James), et l’identité (American Gods de Neil Gaiman). Elles montrent que la fantasy peut être un espace de réflexion sur des questions sociétales et culturelles complexes.
Vers une hybridation des genres
La fantasy continue de fusionner avec d’autres genres pour explorer de nouvelles directions :
- Science-fantasy : Des œuvres comme Dune de Frank Herbert mêlent des éléments de science-fiction et de fantasy, créant des univers hybrides où la magie coexiste avec la technologie.
- Fantasy dystopique : Des récits comme La Horde du Contrevent d’Alain Damasio utilisent la fantasy pour explorer des thématiques sociales et environnementales dans un cadre post-apocalyptique.
Qu’est-ce qui compose la fantasy ?
L’univers
Le cœur de toute œuvre de fantasy est son univers. Qu’il s’agisse d’un monde entièrement inventé ou d’une version alternative de notre réalité, cet univers doit être cohérent, avec ses propres règles, son histoire et ses cultures. Les mondes de fantasy sont souvent détaillés avec leurs propres géographies, histoires et cultures, régis par des lois magiques ou surnaturelles et inspirés de diverses périodes historiques, principalement médiévales.

Les créatures
Dragons, elfes, nains, ou créatures totalement originales, les êtres fantastiques sont souvent au cœur des récits de fantasy. Ils apportent une dimension magique et mystérieuse à l’histoire. On y trouve fréquemment des races intelligentes non-humaines (elfes, nains, orcs), des créatures mythologiques (dragons, licornes, griffons), des monstres inventés spécifiques à l’univers.
Le monstre est un élément central et récurrent dans les récits de fantasy. Il remplit plusieurs rôles importants :
- Antagoniste : Le monstre incarne souvent la menace principale que le héros doit affronter lors de sa quête.
- Symbole : Il peut représenter les peurs primitives de l’humanité ou les aspects sombres de la nature humaine.
- Gardien : Fréquemment, le monstre protège un trésor ou un lieu sacré, ajoutant un obstacle supplémentaire pour le héros.
- Créature complexe : Dans la fantasy moderne, les monstres ne sont pas toujours purement maléfiques. Certains auteurs leur donnent une profondeur psychologique et des motivations complexes.
- Élément du worldbuilding : La présence de monstres contribue à créer un monde fantastique riche et mystérieux.
Les lieux
Des forêts enchantées aux cités flottantes, en passant par les donjons souterrains, les lieux dans la fantasy sont souvent des personnages à part entière, imprégnés de magie et de mystère.
Les lieux jouent un rôle crucial dans la construction des univers de fantasy :
- Worldbuilding : les lieux contribuent à créer un monde cohérent et immersif, avec sa propre géographie, histoire et culture.
- Symbolisme : certains lieux peuvent représenter des concepts abstraits ou des états d’esprit, comme une forêt sombre symbolisant l’inconnu ou le danger.
- Progression narrative : les différents lieux structurent souvent le voyage du héros, chacun présentant de nouveaux défis et révélations.
- Atmosphère : les descriptions détaillées des lieux aident à établir l’ambiance générale de l’histoire.
- Magie intrinsèque : dans de nombreux récits, certains lieux possèdent leurs propres pouvoirs magiques ou propriétés surnaturelles.
Des lieux typiques de la fantasy :
- Châteaux mystérieux
- Forêts enchantées
- Cités perdues
- Montagnes infranchissables
- Portails vers d’autres mondes
Les objets
Les objets magiques jouent fréquemment un rôle crucial dans les intrigues de fantasy. Qu’il s’agisse d’épées légendaires, d’anneaux de pouvoir ou de grimoires anciens, ces artefacts sont souvent au cœur de quêtes épiques.
Les objets occupent une place centrale dans les récits de fantasy, remplissant plusieurs fonctions essentielles :
- Catalyseurs de l’intrigue : Les objets magiques ou légendaires sont souvent au cœur de la quête du héros, motivant ses actions et faisant progresser l’histoire.
- Symboles de pouvoir : Certains objets représentent l’autorité, la légitimité ou la puissance de leur possesseur, comme une couronne ou un sceptre magique.
- Extensions des personnages : Les objets peuvent refléter la personnalité ou les capacités de leur propriétaire, devenant presque des personnages à part entière.
- Éléments de worldbuilding : Les objets uniques contribuent à enrichir l’univers fantastique, lui donnant profondeur et cohérence.
- Outils narratifs : Ils servent parfois de moyens pour résoudre des problèmes ou surmonter des obstacles, ajoutant une dimension stratégique au récit.
Parmi les objets emblématiques de la fantasy, on trouve :
- Des épées légendaires
- Des anneaux magiques
- Des amulettes protectrices
- Des grimoires anciens
- Des artefacts aux pouvoirs mystérieux
Les personnages
Enfin, ce sont les personnages qui donnent vie à ces mondes fantastiques. Héros ordinaires confrontés à des destins extraordinaires, mages puissants, ou créatures mystérieuses, les personnages de fantasy sont aussi divers que fascinants…
Les personnages sont des éléments essentiels dans les récits de fantasy, jouant plusieurs rôles cruciaux :
- Vecteurs d’identification : les personnages permettent aux lecteurs de s’immerger dans l’univers fantastique et de vivre l’aventure par procuration.
- Porteurs de l’intrigue : leurs actions, décisions et évolutions font avancer l’histoire et créent des situations dramatiques.
- Représentants d’archétypes : certains personnages incarnent des figures classiques comme le héros, le mentor, l’antagoniste, permettant d’explorer des thèmes universels.
- Explorateurs du monde : à travers leurs yeux, le lecteur découvre l’univers fantastique et ses particularités.
- Vecteurs de messages : les personnages peuvent incarner des idées ou des valeurs, permettant à l’auteur de transmettre des messages plus profonds.
Comme personnages typiques de la fantasy :
- Le héros en devenir
- Le sage mentor
- L’antagoniste puissant
- Les compagnons loyaux
- Les créatures fantastiques dotées d’intelligence
Les peuples
Les peuples jouent un autre rôle important dans l’univers de la fantasy, enrichissant le monde imaginaire et contribuant à sa diversité. Voici quelques éléments importants concernant les peuples en fantasy :
- Diversité : les mondes de fantasy sont souvent peuplés de races variées, chacune avec ses propres caractéristiques physiques et culturelles.
- Nains et géants : ces races contrastées incarnent souvent des archétypes opposés. Les nains sont généralement associés à l’artisanat, aux mines et à la terre, tandis que les géants représentent la force brute et la nature sauvage.
- Elfes : peuple emblématique de la fantasy, les elfes sont souvent dépeints comme des êtres gracieux, immortels et en harmonie avec la nature. Ils incarnent généralement la sagesse et la magie.
- Langues imaginaires : la création de langues pour les différents peuples ajoute de la profondeur et de l’authenticité à l’univers fantastique. Ces langues contribuent à définir l’identité culturelle de chaque race.
- Relations inter-espèces : les interactions entre ces différents peuples sont souvent au cœur des intrigues, explorant des thèmes comme le conflit, la coopération ou les préjugés.
- Héritage mythologique : beaucoup de ces peuples tirent leur origine des mythologies et du folklore, adaptés et réinventés pour s’intégrer dans les mondes de fantasy.

Conclusion
Longtemps réduit à un genre qui serait enfantin, comme les autres genres de l’imaginaire d’ailleurs, on voit bien qu’aujourd’hui, dans la culture au sens large, l’importance qu’a prise la fantasy. Elle dépasse les frontières de la littérature, enchante le cinéma et le jeu vidéo, alimente un imaginaire mondialisé, où aujourd’hui, lorsque l’on parle d’elfe ou de nain, la plupart de nos interlocuteurs comprennent de quoi il s’agit. Au delà de ça, c’est aussi un genre riche, on a bien vu les ramifications qui continuent de se développer, un genre qui plaît et qui peut s’adresser a tous les âges. Parce que la fantasy n’ouvre pas que les portes d’un monde imaginaire, de songes et de surnaturels, elle interroge sur notre société, notre rapport à l’autre, à la modernité, à la nature et au mystère.
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