
La forêt n’est pas qu’une étendue, c’est aussi l’ensemble des arbres qui recouvrent l’étendue. En bref, la forêt est à la fois l’espace et ce qui l’occupe. Chênes, hêtres, bouleaux, charmes, tilleuls, châtaigniers, noisetiers, houx, sureaux, fougères, lichens, champignons. Et puis vous, animaux de tout poil. Vous formez un ensemble. Un ensemble, c’est la somme d’éléments composites, un assemblage.
Anouk Lejczyk – Felis Silvestris
Félis Silvestris est le premier roman écrit par Anouk Lejczyk aux éditions du Panseur en 2022. Un récit d’une écriture sensible et poétique qui explore notre rapport à la forêt, à la lutte, à la marginalité, à la famille et aux pérégrinations de la vie. C’est l’histoire d’un je et d’un tu, de deux soeurs dont on ne sait jamais vraiment qui fait exister l’autre, qui parle pour l’autre et ça fini par donner un effet de miroir ou d’écho ou d’une même personne ou enfin de quelque chose qui nous échappe.
Maman pense que tu as froid, tu as forcément froid là-bas, dans ta forêt. Que dehors par un temps pareil, malgré les constructions, les couvertures, les poêles à bois, malgré tout ça, dormir dehors l’hiver, non, on n’a pas idée.
Le temps d’un hiver Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destructions par la firme. Perchée dans une cabane elle porte une cagoule comme ses camarades de lutte. Elle participe à la vie du camp et aux excursions contre les actions de la firme. Elle est le tu.

La narratrice semble quand à elle dans un studio où progressivement elle étend son périmètre de promenade. Elle s’adresse à l’absente par le tu, tente d’imaginer ce qu’elle fait, de comprendre pourquoi elle est partie, de garder ce lien entre elles et leur famille. C’est le je.
Être la même chaque jour : tu ne pouvais pas. Être celle qu’on attendait que tu sois : tu ne voulais pas. Te satisfaire de cette vie-là : impossible ! Plus rien ne te guidait hormis tes voix, trop nombreuses pour être d’accord, trop imprévisibles pour être domptées. Alors tu suivais celle qui parlait le plus fort, à tort ou à raison.
Tout au long du roman nous retrouvons cette phrase « Et ta soeur, elle en est où, elle fait quoi ? » comme un écho à cette quête de soi que poursuit Félis ou la narratrice ou les deux. Ce mode de narration qui créé l’incertitude tout le long du roman m’a vraiment questionné et tenu en haleine. Les questions introspectives et profondes que se pose le je m’ont peut-être moins intéressé que le personnage de Félis et ses pérégrinations dans la forêt. Ça reste un premier roman réussi dans une petite maison d’édition prometteuse.
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