Faire écrire à partir d’un livre

Bâtir des ponts, pas des résumés

Lire pour écrire, écrire pour lire autrement. Lorsque l’on introduit un texte littéraire dans un atelier d’écriture, ce n’est pas pour le commenter ou l’analyser ou raconter ses petits malheurs ou l’applaudir. C’est pour en faire une matière constructive, un point d’appui, un déclencheur. Il ne s’agit pas de comprendre une œuvre dans son ensemble, mais de saisir dans ses fragments et par la pratique ce qui peut nourrir une écriture.

Le rôle du médiateur est alors de construire des ponts : entre le livre et le groupe, entre la voix de l’auteur et celles des participants, entre la lecture et l’acte d’écrire.

Du texte à l’outil : choisir les bons extraits

On ne travaille pas un livre, on travaille dans un livre. Cela suppose un choix d’extraits qui mettent en valeur une dynamique d’écriture — un geste. Quelques critères pour sélectionner ces passages :

  • Un usage formel identifiable (syntaxe, rythme, narration)
  • Un champ lexical particulier
  • Une atmosphère singulière
  • Une stratégie narrative (effacement du narrateur, montage, ellipse…)

Un extrait ne sert pas à expliquer l’œuvre, il sert à fabriquer quelque chose avec elle. C’est une pièce de moteur.

Médiation artistique : rendre l’œuvre disponible sans l’imposer

Les participants n’ont pas nécessairement lu le livre. Il ne faut pas en faire un préalable, mais une invitation. Cela passe par :

  • Une mise en contexte rapide : thème, démarche, tonalité
  • Une citation d’ouverture, pour poser l’ambiance ou l’angle
  • Des clés de lecture minimales, centrées sur l’écriture, non sur le contenu

Le rôle du médiateur est de traduire une intention littéraire en contrainte d’écriture.

Déclencher l’écriture : transposer, détourner, manipuler

Chaque extrait devient le point de départ d’un jeu d’écriture. L’enjeu : transformer un procédé d’auteur en moteur créatif.

Exemples :
Thomas Flahaut, Les Nuits d’été : écrire à l’infinitif une scène de démarrage de machine ; puis en rédiger un incipit de fiction.
Anthony Passeron, Les Enfants endormis : détourner le vocabulaire de la mort en le faisant porter par un objet cassé ou obsolète.
Éric Vuillard, L’Ordre du jour : composer un court texte documentaire à partir d’une photo ou d’un extrait d’actualité.

L’objectif n’est pas de commenter l’œuvre, mais d’en réactiver la mécanique — et d’inviter chacun à s’en emparer.

Au-delà de l’expression : écrire pour entrer en littérature

Faire écrire à partir d’un livre - Pile de livres

Il ne s’agit pas seulement de « s’exprimer », mais de formuler, choisir, composer. On ne travaille pas la spontanéité, mais la justesse.

Les contraintes ne visent pas l’introspection mais l’élaboration :

  • Trouver une forme pour une sensation
  • Adopter un point de vue
  • Déployer un ton, un rythme, une logique narrative

On transmet l’idée que l’écriture a un·e destinataire : être lisible, et pas seulement sincère.

Effets : appropriation, compréhension, mémoire active

En écrivant à partir d’un livre, les participants découvrent ce que la lecture analytique ne suffit pas à transmettre :

  • la cohérence interne d’un style
  • l’effet d’une décision formelle
  • l’expérience sensible d’une démarche

Ils n’étudient pas l’œuvre, ils la traversent. Et parfois, cela suffit pour qu’ils s’en souviennent au moment d’un oral ou d’un examen : ils ont inscrit le livre dans leur propre geste.

📎 À l’usage des enseignants, bibliothécaires, médiateurs

Faire écrire à partir d’un livre - coupage de livre

Cette approche permet de :
Valoriser des œuvres contemporaines ou exigeantes sans les simplifier
Engager des publics variés, y compris peu lecteurs
Faire de la littérature une pratique, pas un objet figé

🧰 Boîte à outils méthodologique

  1. Choix du livre : privilégier une écriture identifiable, une intention forte.
  2. Sélection de 1 à 3 extraits : clairs, brefs, suggestifs.
  3. Contexte donné : cadrer sans alourdir.
  4. Transformation en contrainte : pastiche, imitation, transposition, détournement.
  5. Ouverture à des variations : pour adapter à différents niveaux ou intérêts.
  6. Retour réflexif : identifier ce qui a été emprunté, réutilisé, déplacé.
Faire écrire à partir d’un livre - livres en pagaille

Nos suggestions s’appuient sur 13 ans d’expertise dans la médiation du livre par l’écriture. La BPI (Bibliothèque du Centre Pompidou), notamment, nous accueille régulièrement pour intervenir auprès de collégiens, lycéens, migrants pour les aider à désacraliser le livre, en fabriquant eux-mêmes des objets littéraires.

De ces expériences (en maison d’arrêt, en milieu hospitalier, en centres d’hébergement d’urgence, en bibliothèque, en milieu scolaire, en milieu universitaire), nous avons élaboré des formations pratiques et ludiques à l’animation d’ateliers d’écriture.


▶ Retrouvez d’autres articles de conseils ici
▶ Rémanence des mots est un organisme de formation et propose des ateliers d’écriture


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