Le contrôleur, Andreï Arjakovsk par Jocelyne Pelé

Le Contrôleur, Andreï Arjakovsk

9h50 le contrôleur rentre dans la zone ultra sécurisée.
9h57 Le contrôleur regarde la camera du sas d’entrée. Il fait attention à avoir un regard fixe pour la détection et identification d’iris.
10h00 Le contrôleur le sas A 48.
10h02 le contrôleur rencontre le responsable de la zone sécurisée et s’identifie de nouveau en donnant son nom et prénom et son grade à la sureté.
10h03 Le contrôleur et le responsable commence à échanger des informations confidentielles
10h45 Le contrôleur ouvre sa mallette devant le responsable de la zone sécurisée.
10h46 Le contrôleur sort des papiers et un boitier de la mallette.
10h50 Le contrôleur et le responsable discute avec animation.
11h00 Le contrôleur referme la mallette et la verrouille.
11h01 Le contrôleur et le responsable de la zone sécurisé reprenne la discussion.
12h05 Le contrôleur se dirige vers le poste de contrôle commande
12h07 Le contrôleur demande des réglages
12h40 Le contrôleur constate les premières difficultés d’ajustement
12h45 Le contrôleur demande du renfort
12h55 Le contrôleur s’impatiente, personne ne vient en renfort
13h10 Le contrôleur demande du renfort et des réglages d’urgence
13h20 Le contrôleur constate l’anomalie qui commence à se voir
13h30 Le contrôleur alerte les techniciens, les ingénieurs autour de lui
13h45 Le contrôleur commence à s’agiter et demande la convocation de tous les responsables de l’installation
13h50 Le contrôleur essaie d’appeler sa hiérarchie
14h00 Le contrôleur et le responsable de la zone sécurisée constate les premiers dégâts sur une partie de l’installation
14h06 Le contrôleur essaie toujours de joindre sa hiérarchie et le responsable la sienne.
14h15 Le contrôleur regarde avec effroi l’écran de contrôle.
14h20 Le contrôleur constate que tous les gens autour de lui sont en grand danger
14h30 Le contrôleur a passé les dix minutes suivantes à se demander ce qu’il pouvait faire de plus.
14h40 Le contrôleur, le responsable de la zone sécurisé et toutes les personnes en charge de la maintenance comprennent que le cœur nucléaire est en train de fondre.
14h45 Le contrôleur et tous les présents savent qu’ils vont mourir
14h50 la catastrophe nucléaire fait 30 morts immédiats

Si on revient sur la période qui précède l’accident on peut remonter l’emploi du temps du contrôleur jusqu’à son arrivée sur le lieu de l’accident

7h30 Le contrôleur sort de son domicile et monte dans son véhicule de service
7h45 Le contrôleur est presque arrivé au Bâtiment de La Nation et Du Peuple quand un camion nettoyeur l’empêche de progresser.
7h55 Le contrôleur est toujours coincé derrière le camion nettoyeur jusqu’à la fin de la rue
8h03 Le contrôleur arrive à rouler de nouveau normalement et tourne en direction de la rue Pouchkine
8h30 Le contrôleur arrive enfin en vue de l’avenue Moneshkaïa. Il s’aperçoit qu’il doit passer un coup de fil et se gare
8h40 Le contrôleur discute pendant 10 minutes de sa future promotion prévue après l’inspection de ce matin
8h41 Le contrôleur repart en direction de la voie rapide
8h45 Le contrôleur est bien engagé sur la route 419 en direction de la centrale nucléaire.
9h10 Le contrôleur pénètre la zone protégée et sécurisée                                                                                                       9h15 Le contrôleur s’arrête au premier poste de contrôle et donne ses papiers et son badge d’accès

9h20 Le contrôleur s’arrête au second poste de contrôle et donne de nouveau ses papiers et son badge d’accès pour vérification                                                                                                                                                                                  9h30 Le contrôleur gare son véhicule au plus près du bâtiment central                                                                                     9h45 Le contrôleur verrouille son véhicule et rentre dans le bâtiment central                                                                                               9h50 Le contrôleur rentre dans la zone ultra sécurisée.

Rapport sur le dénommé Andreï Arjakovsk consignées dans le dossier le concernant.

Dossier XY 63021.

  1. Andreï Arjakovsk est né à Moscou le 10 décembre 1957.
  2. 1978 Brillantes études à l’académie militaire, spécialité sureté nucléaire, de Leningrad.
  3. 1982 Réorientation ensuite vers des études d’ingénieur nucléaire spécialiste en installation
  4. 1983 puis en contrôle sécurité des centrales nucléaires.
    Il poursuit sa carrière en étant nommé inspecteur du contrôle commande de la centrale nucléaire Novorod 5.

Aspect sur la vie sociale de l’individu.

S’il reste longtemps sans compagne, il n’en est pas moins ce qu’on appelle un séducteur. Il fréquente pendant deux ans le cercle «Anouchka». Dans cette maison de rendez-vous entre célibataires, il rencontre la dénommée Tatiana et entame une liaison avec elle. Ils restent ensemble jusqu’en décembre 1984.

On soupçonne Andreï Arjakovsk d’avoir échangé des propos de nature professionnelle confidentiels avec cette femme. Mais rien n’est prouvé.
L’ingénieur a un besoin presque « maladif » de se confier à une personne de sexe féminin. On peut attribuer ce penchant à une carence affective avec sa mère. Elle refuse de l’aimer dès son plus jeune âge, mais continue à bien s’en occuper physiquement. A partir de l’adolescence, le camarade Arjakovsk recherche la présence d’une confidente. Il parvient à se faire des amies mais n’est jamais satisfait de la qualité de ses relations.

1975. Pendant six mois, à l’âge de 18 ans, il disparait de chez sa mère.
Elle prévient alors le comité de quartier mais ne recherche pas activement son fils.
Andreï revient au domicile au bout de six mois mais ne donne aucune explication sur le pourquoi de sa disparition. On ignore totalement ses moyens de subsistance pendant cette période. A l’époque, il évoque juste un endroit mal éclairé, qui le tourmente mais il semble qu’il en garde des souvenirs confus ou il souhaite simplement qu’ils restent volontairement absents.

 Carrière, précisions :

1974 Il s’engage dans l’armée où il suit des cours vu son jeune âge. Il se révèle être très doué et apte à continuer des  études poussées. Sa capacité d’adaptation et son sens de la hiérarchie lui valent un appui de sa hiérarchie pour le hisser à un grade d’officier au bout de quelques années.
1982 Son commandement le spécialise dans les armes et ensuite l’oriente vers le civil nucléaire. Ce qui lui vaut son poste à la centrale de Novorod 5, ayant terminé son engagement militaire il y est recruté en tant que civil.

5. Il est aujourd’hui considéré comme un héros qui a servi sa patrie avec dévouement et n’a pas eu peur de sacrifier sa vie au service de la nation, en menant sa mission jusqu’à son issue fatale.
1990 Il reçoit la médaille du dévouement à titre posthume.

Andreï Arjakovsk est décédé le 26 avril 1986 à la centrale de Tchernobyl. Fin du rapport. Etat du Dossier XY 63021: clos le 25 septembre 1991.

Jocelyne Pelé (participante Atelier à distance)

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