Stéphanie Cormier rejoint l’équipe d’animatrices et animateurs d’ateliers d’écriture créative Rémanence des mots ! Nous nous réjouissons de profiter de sa fantaisie et son inventivité pour transmettre le plaisir d’écrire. Curieuse et aventureuse, elle a participé à de nombreux ateliers d’écriture (en plus de Rémanence), puis elle a bénéficié de la formation à l’animation d’ateliers d’écriture créative A à Z. Et maintenant, elle anime des ateliers !
Quelle importance accordes-tu à la lecture et l’écriture dans ta vie ?

Je lis beaucoup, tout le temps, j’ai toujours trois ou quatre livres en cours, un livre de métro, un livre de bain, un livre de cuisine, un livre de table de nuit, un autre de canapé. Je lis des romans, quelques essais féministes, un peu de poésie, des polars aussi pour reposer mon cerveau. Mon premier choc littéraire, c’est la bibliothèque rose, Oui-oui, Fantômette, le Club des cinq, un espace ouvert sur un monde fantaisiste pour se projeter une vie plus vivante que la vraie. Ma culture littéraire est assez intuitive, j’étais plutôt réfractaire aux lectures imposées dans le cursus scolaire. Adolescente, Brautigan, Fante ou Fitzgerald ont posé les bases en plaçant l’auteur au centre de son œuvre, un auteur avec des failles et une solide distance à soi. Mais ce sont les auteurs français Djian, Perec et Pennac qui ont accompagné mon goût d’écrire. Duras, Woolf, Delaume, Ernaux, Deborah Levy, Vargas… les autrices ont mis plus de temps à arriver jusqu’à moi, mais quel souffle que ces écritures au féminin !
Quant à l’écriture, j’ai longtemps tourné autour avant de la mettre au centre de ma pratique artistique plurielle, mais si je me souviens bien, j’écris depuis que je sais tenir un crayon. Un des livres qui a vraiment modifié ma vie, c’est Tentative d’épuisement d’un lieu parisien de Georges Perec, qui raconte ses trois jours à regarder le temps passer depuis le café de la Mairie, à Saint-Sulpice. Tout, l’écriture, la plus neutre possible, le regard de l’auteur, la juxtaposition des images, fabrique de la poésie. Tentative m’a ouvert un champs de possibles quasi infini, dans ma pratique artistique et dans mon écriture, en reliant les deux gestes, plastiques et poétiques.
A quelle fréquence, avec quels outils, dans quels lieux et avec quel état d’esprit écris-tu ?
J’écris dans mon lit au réveil dans un cahier spécial Morning pages, dans la rue en enregistrant ma voix, dans le métro sur Notes, j’ai des carnets spéciaux, un pour les notes personnelles, un pour les débuts de textes, un pour l’ensemble de mes projets, un mélange d’inspirations, de collages, de listes, de pistes, et un carnet ou cahier par projet spécifique… Je passe assez rapidement à l’ordinateur. Je fais beaucoup de versions, je réécris beaucoup et j’aime particulièrement ce jeu de revenir sur le texte, de tester, de pousser les mots.
Ton processus créatif ressemble-t-il plutôt à un bal masqué, un road trip improvisé ou une expérience de laboratoire ?
Je suis passionnée de dispositifs d’écriture, j’écris avec des process, des contraintes, des unités de gestes. Je répète un même geste d’écriture ou une même forme jusqu’à l’épuiser au sens perecquien, jusqu’à effacer le geste pour n’être plus que dans l’écriture, qu’elle soit textuelle, photographique ou plastique.
Quel est ton parcours artistique et professionnel ?
J’ai une pratique artistique multiple, photo, dessin, céramique, collage… Mon écriture vient de ce lien entre la forme plastique et le texte. J’avais suivi pas mal d’ateliers d’écriture, à Rémanence, mais aussi avec des autrices comme Florentine Rey, Laura Vasquez, Albane Gellé, Carine Vallette… En marge d’une exposition, j’ai été amenée à animer un atelier d’écriture, ça a été une véritable révélation, d’un coup, je me suis trouvée à ma place. J’ai eu l’impression de servir à quelque chose, de pouvoir transmettre la joie que c’est d’écrire.

Quelle rencontre ou expérience artistique t’a particulièrement inspirée dans ton parcours ?
Sophie Calle, pour l’autofiction, la frontière souple entre la vie et l’art, les dispositifs de création.
As-tu une méthode ludique ou un exercice d’écriture à partager ?
Quand ça bloque, je propose de commencer par « j’écris…« , on l’enlèvera après, peu importe, il est juste question de se remettre dans l’instant, j’écris, relâcher la pression du texte, du résultat, être dans le moment, dans le geste d’écrire.
Mes ateliers commencent par une courte méditation pour s’ancrer dans le moment et ouvrir un espace d’écriture dans lequel c’est ok. On est ici comme à la salle de gym, c’est pas la performance qui importe, c’est d’être là et d’accueillir l’écriture.

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