
Définition du genre
Le récit d’aventure est un genre littéraire qui nous transporte dans des univers lointains, nous fait vivre des quêtes périlleuses et palpitantes et nous permet de découvrir des mondes inconnus. C’est un genre qui fait appel à notre imagination et à notre soif de découverte.
Aventure : Ce qui advient dans le temps, généralement à un individu ou à un groupe d’individus, d’une manière plus ou moins imprévue ou normalement imprévisible. (définition CNRTL).
Le récit d’aventure nous fait vivre plein de situations et d’émotions à travers le destin d’un personnage qui connaît de multiples péripéties et qui affronte même la mort. Mais ce n’est pas que ça, c’est une époque et une condition. Ce sont des lieux qui peuvent être obscurs, mystérieux, exotiques. Un protagoniste auquel on s’attache au fil des pérégrinations et des épreuves ! Il peut y avoir un but bien précis, une quête, comme le capitaine Achab et son obsession de Moby Dick. Ce peut être l’affrontement du bien et du mal comme dans Les Trois Mousquetaires (en réalité quatre) qui vont affronter le cardinal Richelieu et ses sbires pour sauver l’honneur de la reine. Il y a aussi l’affrontement entre l’homme et la nature comme ce vieux pêcheur, Santiago et un marlin aux dimensions énormes. Mais c’est aussi l’occasion d’une lutte intérieure comme Robinson qui doit se débrouiller seul sur une île déserte. Ou encore la possibilité de découvrir la nature confrontée aux Hommes en suivant le personnage de Croc-Blanc.

On pense souvent que le récit d’aventure ne met pas l’accent sur la forme littéraire ; pourtant les descriptions et le suspense sont des éléments très travaillés par exemple. Les dilemmes moraux ou les questions psychologiques peuvent apporter une richesse littéraire au récit.
L’Aventure, une Longue Tradition Littéraire
Déjà dans L’Odyssée d’Homère, le périple d’Ulysse vers Ithaque se lit comme une aventure initiatique. Chaque rencontre avec les sirènes, les cyclopes, et les tempêtes est un défi de taille. L’épisode du Cyclope, par exemple, où Ulysse, pris au piège dans la caverne de Polyphème, doit faire preuve d’une ruse inouïe pour s’en échapper, incarne l’essence même de l’aventure : l’audace, le danger et la victoire de l’intelligence sur la force brute.
Stevenson et Melville
Dans L’Île au trésor de Stevenson, Jim Hawkins nous plonge au cœur d’un récit palpitant, où les îles exotiques et les trésors enfouis symbolisent la fascination de l’ailleurs et de l’inexploré. Lorsque Jim découvre la carte du trésor, un mélange de terreur et d’excitation s’empare de lui : « Un monde inconnu s’étendait devant moi, et j’entendis les vagues battant les falaises désertes de cette île mystérieuse. » Ce passage illustre la force de l’appel de l’aventure : elle attise la curiosité tout en suscitant la crainte de l’inconnu.
De même, dans Moby Dick de Melville, le capitaine Achab évoque l’obsession humaine pour la conquête des mystères, symbolisée par la baleine blanche. « Vers les nuits, vers les terres inconnues ! » s’écrie Achab, galvanisé par sa quête, bien qu’elle mène droit à sa perte. Ce cri révèle la folie, mais aussi la beauté de l’aventure, où le désir de connaissance est plus fort que la raison elle-même.
L’Aventure en Littérature Francophone
Dans la littérature francophone, Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne illustre l’ingéniosité et l’optimisme de l’époque. Phileas Fogg, en franchissant les frontières, pousse les limites de ce qui est possible, alliant technique et rapidité. Dans une scène marquante, Fogg affirme : « Ce qui est possible doit se faire ; ce qui est impossible se tentera. » Cette détermination à surmonter les obstacles montre comment l’aventure n’est pas seulement une découverte du monde, mais une exploration des capacités humaines.
Les Racines du ciel de Romain Gary met en lumière une aventure écologique. Le personnage de Morel, déterminé à sauver les éléphants d’Afrique, incarne un autre type de courage. « L’aventure n’a pas besoin de forcer le destin, elle se suffit d’un but clair, d’une persistance envers et contre tout. » Morel, face à une nature qu’il admire autant qu’il veut protéger, démontre que l’aventure peut aussi être empreinte de respect et de solidarité, avec un objectif qui transcende le simple exploit.

L’aventure comme métaphore
L’aventure n’est pas toujours physique. Elle peut aussi être intérieure, symbolique. C’est le cas dans « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry, où le voyage interplanétaire du jeune héros est en réalité une exploration de la nature humaine et des relations.
Dans Sur la route de Jack Kerouac, l’aventure devient quête de liberté intérieure. Le personnage de Sal Paradise, jeune et avide d’expériences, décrit cette sensation d’évasion en disant : « J’avais hâte de partir… d’aller où je ne savais pas. » Ce voyage initiatique à travers les États-Unis symbolise la recherche d’un ailleurs au-delà des frontières physiques, un besoin de mouvement et d’évasion, cherchant à se perdre pour mieux se retrouver.
L’Écume des jours de Boris Vian offre une aventure plus intime mais non moins dangereuse, où les obstacles sont intérieurs et émotionnels. Colin, face à la maladie de Chloé, combat avec des moyens dérisoires mais empreints de poésie. Lorsqu’il tente d’acheter un nénuphar pour sauver celle qu’il aime, Vian nous invite à percevoir l’aventure comme une lutte amoureuse, sensible, où chaque obstacle reflète les conflits intérieurs du héros.
L’Aventure aujourd’hui
Si on fait un tour des perspectives actuelles, il y a évidemment Sylvain Tesson, qui est dans le voyage physique, comme dans Dans les forêts de Sibérie, qui devient prétexte à une aventure introspective. Laurent Gaudé est peut-être plus surprenant avec Écoutez nos défaites, périple de personnages à travers des conflits et des combats qui illustrent les luttes universelles.
Le genre littéraire de l’aventure, autrefois ancré dans les récits de voyages lointains et d’explorations, a évolué pour inclure des perspectives plus diversifiées et des problématiques contemporaines. Aujourd’hui, le récit d’aventure dépasse les cadres traditionnels des quêtes héroïques et des explorations exotiques ; il s’étend aux aventures intérieures, aux découvertes virtuelles, aux interrogations identitaires et même aux explorations de futurs hypothétiques.

L’Aventure écologique
Dans la forêt de Jean Hegland met en scène deux sœurs qui tentent de survivre en pleine nature suite à un effondrement sociétal. Ce roman pose des questions sur la résilience humaine, l’indépendance, et la redécouverte de valeurs essentielles. Ici, l’aventure devient une exploration des ressources humaines face à des défis inédits, rappelant que l’audace et l’endurance font partie des qualités premières de l’aventurier.
Quête de soi
Certains auteurs contemporains réinventent le genre aventure en le fusionnant avec la quête identitaire, souvent dans des contextes de migrations ou de métissages culturels. Dans Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, l’héroïne Ifemelu part pour les États-Unis, quittant son Nigeria natal, dans une aventure identitaire et sociale. Loin des terres exotiques et des dangers physiques, cette aventure se situe dans le choc des cultures, les défis d’intégration, et la recherche de soi à travers l’adaptation et la redéfinition de l’identité. Il y aussi Wild de Cheryl Strayed, où l’auteur relate sa propre traversée du désert américain pour trouver un sens à sa vie après des pertes personnelles.
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