
Pour raconter une histoire, il est important de maîtriser quelques outils techniques relevant de la narratologie, une discipline de la sémiotique. Pour vous aider à fabriquer des récits, nous reprenons les éléments développés par Gérard Genette !
Trois Piliers : Histoire, Récit et Narration
Pour Gérard Genette, tout commence par trois concepts fondamentaux :
- Histoire : C’est la suite des événements, les actions qui se déroulent.
- Récit : C’est la représentation de cette histoire, la manière dont elle est racontée.
- Narration : C’est l’acte de raconter l’histoire.
► Imaginez une histoire comme un film, le récit comme le montage de ce film, et la narration comme le réalisateur qui choisit comment montrer chaque scène.
Temps Narratif : Jouer avec la chronologie

Gérard Genette s’intéresse à la manière dont le temps est utilisé dans les récits. Voici quelques notions clés :
- Ordre : Les événements peuvent être racontés dans l’ordre chronologique ou non. Par exemple, un flashback est une analepse, et une anticipation est une prolepse.
- Durée : C’est le rythme du récit. Parfois, on résume des années en quelques lignes (sommaire), parfois on décrit une scène en détail (scène).
- Fréquence : Un événement peut être raconté une fois, plusieurs fois, ou de manière répétée.
Exemples :
Analepse : Dans « Gatsby le Magnifique » de F. Scott Fitzgerald, l’histoire de la relation passée entre Gatsby et Daisy est révélée progressivement par des analepses.
Prolepse : Gabriel García Márquez utilise la prolepse dès la première ligne de « Cent ans de solitude » : « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendía devait se rappeler ce lointain après-midi où son père l’emmena faire connaissance avec la glace. »
Focalisation : Qui raconte et comment ?

La focalisation concerne le point de vue à partir duquel l’histoire est racontée. Gérard Genette distingue trois types de focalisation :
- Focalisation zéro : Le narrateur sait tout, il est omniscient.
- Focalisation interne : Le récit est limité à ce que sait un personnage particulier.
- Focalisation externe : Le narrateur ne connaît que les actions et dialogues, sans accès aux pensées des personnages.
Exemples :
Pour illustrer le concept de focalisation, prenons l’exemple de « Madame Bovary » de Gustave Flaubert. Le roman utilise principalement une focalisation zéro, mais alterne parfois avec une focalisation interne sur Emma Bovary. Cette technique permet au lecteur de comprendre à la fois les pensées intimes d’Emma et le contexte plus large de son environnement social. Dans « Le Bruit et la Fureur » de William Faulkner, nous voyons un excellent exemple de focalisation interne multiple. Le roman est divisé en quatre parties, chacune narrant l’histoire à travers le point de vue d’un personnage différent. Cette approche offre une perspective unique sur les événements et les relations familiales complexes.
► Imaginez que vous regardez une pièce de théâtre. Avec une focalisation zéro, vous avez le script complet et toutes les notes du metteur en scène. Avec une focalisation interne, vous voyez la pièce à travers les yeux d’un seul personnage. Avec une focalisation externe, vous êtes un spectateur qui ne voit que ce qui se passe sur scène.
Niveaux Narratifs : Les couches de l’histoire
On distingue également différents niveaux de narration :
- Narration extradiégétique : Le narrateur est extérieur à l’histoire qu’il raconte.
- Narration intradiégétique : Le narrateur fait partie de l’histoire.
- Narration métadiégétique : Une histoire dans l’histoire, comme un personnage qui raconte une anecdote.
► Pensez à un livre où un personnage raconte une histoire à d’autres personnages. La narration principale est extradiégétique, et l’histoire racontée est intradiégétique.
Pour approfondir les notions de narrateur extradiégétique, intradiégétique et métadiégétique, nous avions écrit un article de blog dessus : cliquez
Voix Narrative : Qui Parle ?

La voix narrative concerne l’identité du narrateur et sa relation avec l’histoire. On identifie plusieurs types de narrateurs :
- Narrateur hétérodiégétique : Un narrateur extérieur à l’histoire.
- Narrateur homodiégétique : Un narrateur qui est aussi un personnage de l’histoire.
- Narrateur autodiégétique : Un narrateur qui est le protagoniste de l’histoire.
► Imaginez un roman où le narrateur raconte l’histoire de son ami (hétérodiégétique), un autre où un personnage secondaire raconte l’histoire (homodiégétique), et un dernier où le héros raconte sa propre aventure (autodiégétique).
Niveau narratif VS Voix narrative
Pour distinguer le niveau narratif et la voix narrative, il faut comprendre que ces deux concepts se rapportent à des aspects différents de la narration :
Le niveau narratif concerne la structure et l’organisation du récit. Il fait référence à la position du narrateur par rapport à l’histoire racontée.
La voix narrative, quant à elle, se rapporte à qui raconte l’histoire et comment.
Par exemple, dans « Les Misérables » de Victor Hugo, on a une voix narrative à la troisième personne avec une focalisation omnisciente, mais le niveau narratif change parfois, passant de l’extradiégétique (le narrateur commente l’histoire de l’extérieur) à l’intradiégétique (quand les personnages racontent leurs propres histoires)12.
La distinction entre ces deux concepts permet une analyse plus fine de la structure narrative d’un récit et de la manière dont l’histoire est présentée au lecteur.
Avec ces exemples et un peu d’entraînement pratique, lancez-vous ou rejoignez un atelier d’écriture créative !
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