Figure de style [Métaphore]

Figure de style [Métaphore]

Une figure de style est souvent une transgression volontaire aux mécanismes grammaticaux. La métaphore élimine un élément, voire deux (comparant / comparé).

Définition de la métaphore

La métaphore (du grec méta-phora : « transfert » / « transport ») est une figure stylistique fondée sur le principe de l’analogie. Elle implique un « comparant » et un « comparé » mais l’un des deux au moins n’apparaît pas dans la phrase. La métaphore naît de la combinaison des mots et de leur relation. Il s’agit donc d’introduire dans un texte littéraire, poétique, un sens détourné ou figuré.

La comparaison se forme en suivant le même procédé mais s’appuie sur un outil de comparaison, exemple : « comme ». « Il avait des yeux comme des boules de cristal. » = COMPARAISON / « Ses yeux étaient des boules de cristal. » = METAPHORE.

La figure de style - métaphore - à ça sert ?

Métaphores d’auteurs

La jalousie est aussi un démon qui ne peut être exorcisé, et revient toujours incarner une nouvelle forme. – Marcel Proust, « La Prisonnière », A la Recherche du temps perdu

L’apôtre au visage congestionné prend place sur la table de la cuisine, ses vêtements sont sales, la peau de ses joues couverte d’une jachère de poils gris qui ont peut-être été rasés un jour, mais sans l’aide d’un miroir, laissant sur son menton de petites touffes grises jaunies par la nicotine. – Philippe Pollet-Villard, L’Enfant-mouche

Paul demeura devant l’entrée du cinéma, jusqu’à ce qu’y fussent avalés les spectateurs de la séance suivante. – Jean Echenoz, L’Equipée malaise

Comparaison d’auteur, puis métaphore

Ses yeux bleuissaient comme une pervenche impossible à cueillir et que pourtant elle m’eût dédiée. – Marcel Proust, « Du côté de chez Swann », A la Recherche du temps perdu

A quoi sert la métaphore ?

La métaphore génère une image mentale. Celle-ci peut paraître étrange au premier abord. C’est cette étrangeté qui attire l’attention, marque une pause dans un récit par exemple.

La métaphore est un mode de comparaison plus discret que la comparaison elle-même, mais immédiatement parlant. La métaphore est un excellent support à la description. La force de l’image contribue, à l’aide de quelques mots seulement, à représenter un tout : portrait de personnage précis, l’atmosphère d’une ville, les caractéristiques d’un objet. C’est un moyen d’éviter de longues et exhaustives descriptions sans perdre en précision. C’est donc une description concise.

D’autre part, cette figure de style facilite la mise en perspective de pensées complexes.  En effet, on a souvent tendance à « étiqueter », « classer ». La comparaison et la métaphore deviennent des repères concrets qui soulignent la pensée.

Recommandations d’usage de la métaphore

La métaphore : à distiller avec modération ! Comme pour tout, il ne faut pas abuser des bonnes choses. Il est préférable de limiter l’usage pour éviter tout effet de saturation. Il est également recommandé de ne pas multiplier les images. Si la salle de cinéma « avale les spectateurs », il est logique qu’elle « les vomisse » ou « les digère », et on parle alors de métaphore filée. Mais si après les avoir avalés, elle les « bannit », on change de champ lexical. On crée une nouvelle image par-dessus la précédente, sans marquer suffisamment la rupture.

Figure de style - métaphore - image
Citizen Kane, Film d’Orson Welles [Fondu enchaîné]

Comment créer des métaphores (Petits points sur les clichés) ?

Le mieux est de prendre pour béquille l’outil de la comparaison (« comme » pour faire simple) et de chercher un point de comparaison parlant, issu d’un autre champ lexical et introduisant une image.

Toute la subtilité du jeu consiste à éviter les clichés, c’est-à-dire les images déjà ressassées. Que pensez-vous du « dernier souffle » (pour évoquer la mort), « glacer le sang » (pour figurer la peur), « les mots avaient jailli » (pour mettre en scène l’arrivée de la parole, l’énervement) ? Les idées sont belles mais elles ont perdu leur originalité.

 

Arrêt sur image [Construction métaphorique complexe]

Cette métaphore filée de Jean Echenoz dans Le Méridien de Greenwich : « Le navire coupe l’image en deux, obliquement. Il fend la mer comme un scalpel et l’eau se referme derrière lui, et les reliefs blancs du sillage vont en s’émoussant, s’atténuant après son passage, et l’eau s’apaise progressivement jusqu’à recouvrer sa lisseur mobile, ridée, reproduisant à l’accéléré l’évolution d’une blessure, le procès d’une cicatrisation. »… rend l’objet (navire) actif : « Il coupe ». Alors que l’on visualise d’abord un split-screende cinéma (écran partagé en deux), Echenoz redéfinit sa métaphore dans la phrase suivante en utilisant un outil de comparaison (« comme »).

Pourquoi s’autorise-t-il deux images ? Parce qu’il a de l’entraînement ! Il utilise les éléments de langage du cinéma et les mécanismes d’images du cinéma. En bref, Echenoz crée un effet de fondu-enchaîné (la surimpression d’une image par-dessus une autre) mais elles vont ensemble car, dans les deux cas, le mot « couper » est signifiant. Il joue sur la polysémie (différents sens) du mot « couper ». C’est un jeu métalinguistique (qui questionne la langue elle-même). Ensuite, il suit tout le réseau métaphorique de l’opération chirurgicale. Il travaille par effet d’emboîtement des images. Il construit d’ailleurs ses phrases dans ce sens. Vous vous représentez les images mentales créées par Jean Echenoz ?

Dérivé de la métaphore : la catachrèse

La catachrèse est une métaphore passée dans le langage courant au point qu’elle est devenue une expression. Exemples de catachrèses : « Habiter une cage à lapins / Feuille de papier / Les dents qui se déchaussent / Pieds d’une table / Le soleil se couche / La plume d’un stylo / Essuyer une tempête… »

Maintenant, regardez ces métaphores, auxquelles vous ne prêtez plus attention, avec un regard neuf. Que voyez-vous ? Des dents qui sortent de leurs chaussures, un soleil avec un bonnet de nuit, une personne avec un sèche-cheveux dans une tempête, une table qui se balade avec des chaussures… ? Elle nous offre de belles images notre langue, non ?

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