
Le merveilleux : Les phénomènes surnaturels se produisent sans explication rationnelle mais sont admis. En général, c’est un monde imaginaire totalement reconstitué qui ne suscite pas le doute ou la peur et même il apaise le lecteur. C’est un dépaysement pour le lecteur mais aussi une leçon de morale. Le conte est ce qui incarne le mieux la littérature du merveilleux.
Contrairement au fantastique, où l’étrange surgit dans le quotidien en suscitant le doute et l’hésitation, le merveilleux s’affirme d’emblée. Les personnages, comme les lecteurs, acceptent sans surprise l’existence de la magie, des fées, et des objets enchanteurs : les éléments surnaturels s’y intègrent naturellement et créent un univers cohérent et autonome. Le merveilleux se distingue ainsi par sa capacité à créer des mondes complets, où l’invraisemblable devient la norme et où le lecteur est invité à s’immerger dans une aventure abracadabrantesque.
Cet article vise à se concentrer sur le merveilleux dans son ensemble, on abordera peu la fantasy qui est un sous-genre à part entière du merveilleux. La fantasy s’est développée à l’intérieur et à l’extérieur du merveilleux qui est en fait un genre à part entière.
Il était une fois
Les contes de fées, les légendes arthuriennes et les épopées mythologiques sont parmi les premières formes de littérature merveilleuse, ancrées dans des récits populaires qui marient héroïsme, exploration et magie. Ces textes, comme Les Contes de Perrault, Les contes des frères Grimm ou Les Mille et Une Nuits, construisent des cadres narratifs où tout devient possible.
Le merveilleux repose sur plusieurs éléments distinctifs :
- La magie omniprésente : elle peut être inhérente au monde décrit ou manipulée par certains personnages. Par exemple, les baguettes magiques, les tapis volants et les potions enchantées deviennent des outils narratifs, offrant au récit une dimension imprévisible.
- La coexistence de créatures extraordinaires : dragons, elfes, fées et géants sont les compagnons ou ennemis des héros, apportant des obstacles ou des aides surnaturelles au fil du récit.
- Des quêtes initiatiques : le parcours du héros est souvent une épreuve, une quête de soi où la découverte du monde extérieur résonne avec une évolution intérieure. Les épreuves morales ou de bravoure du protagoniste sont autant de métaphores des défis humains.
- Morale et symbolisme : Le merveilleux véhicule souvent des messages moraux ou symboliques.
« Tous les enfants, sauf un, grandissent. Ils comprennent très tôt qu’ils devront grandir et, de temps en temps, ils en ressentent une nostalgie. »
Peter Pan de J.M. Barrie

Le merveilleux médiéval
L’époque médiévale a vu le foisonnement d’une littérature merveilleuse, mêlant réalité historique, comme les idéaux chevaleresques et éléments surnaturels comme les fées et la magie. Parce que oui, le moyen-âge est une époque longue et complexe où la religion chrétienne comme nous la comprenons aujourd’hui, s’est imposée progressivement laissant des traditions païennes perdurer dans l’imaginaire collectif. Cette période a donné naissance à des œuvres qui ont profondément marqué l’imaginaire occidental et posé les fondations du genre merveilleux tel que nous le connaissons aujourd’hui.
- Les romans arthuriens : Ces récits, centrés autour du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, mêlaient habilement des éléments historiques et merveilleux. Des auteurs comme Chrétien de Troyes ont créé des œuvres comme « Perceval ou le Conte du Graal », où la quête du Saint Graal introduit des éléments magiques et mystiques dans un cadre chevaleresque.
- Les lais bretons : Marie de France, au XIIe siècle, a composé des lais comme « Lanval » ou « Yonec », courts récits en vers mêlant amour courtois et éléments surnaturels (fées, métamorphoses).
- Les bestiaires : Ces recueils décrivaient des créatures réelles et imaginaires, nourrissant l’imaginaire médiéval de bêtes fantastiques comme les licornes ou les dragons.
Le conte de fées
C’est aux XVIIe et XVIIIe qu’on a vu la transformation de récits populaires oraux en œuvres littéraires sophistiquées, établissant les codes d’un genre qui allait captiver les lecteurs pendant des siècles.

Charles Perrault, figure pionnière, a publié en 1697 son recueil « Les Contes de ma mère l’Oye ». En adaptant des récits populaires, Perrault a insufflé une nouvelle vie à des histoires anciennes, les dotant d’une morale explicite qui reflétait les valeurs de la société française de son époque.
Les frères Grimm ont poursuivi cette tradition en collectant et publiant des contes populaires allemands. Leur travail de préservation et d’adaptation a donné naissance à des versions définitives de contes comme « Blanche-Neige » ou « Hansel et Gretel ».
Hans Christian Andersen, a apporté une nouvelle dimension au genre en créant des contes originaux. Des œuvres comme « La Petite Sirène » ou « La Reine des neiges » ont introduit une sensibilité romantique dans le monde des contes de fées, explorant des thèmes comme le sacrifice et la transformation personnelle.
Les contes de fées classiques ont codifié de nombreux éléments du merveilleux : la présence d’objets magiques, les formules rituelles d’ouverture et de clôture, les personnages archétypaux comme la princesse en détresse ou le héros valeureux. Ces récits ont également établi une structure narrative simple mais efficace, souvent ponctuée d’épreuves et culminant dans un dénouement heureux.
Les thèmes du Merveilleux
Le merveilleux, sous ses apparences d’évasion, est souvent porteur de thèmes symboliques. Les récits merveilleusement enchanteurs sont une exploration de valeurs universelles telles que le courage, l’amitié, et la bonté, souvent incarnés dans des héros ou héroïnes qui triomphent de forces maléfiques. Mais est-ce uniquement ça ? Nous allons approfondir les thèmes du merveilleux à travers trois œuvres.
Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll : un monde de non-sens et de quête d’identité
œDans Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll emmène son héroïne dans un univers où règne le non-sens et où les lois de la logique sont complètement inversées. En suivant un lapin blanc, Alice s’engage dans une exploration de la logique absurde de ce pays, un monde peuplé de personnages excentriques, comme le Chapelier fou et le Chat du Cheshire. À travers ces rencontres, Alice remet en question son identité et tente de trouver sa place dans un monde étrange et imprévisible. Cette oeuvre symbolise ainsi la quête d’identité propre à l’enfance et l’adolescence, mais elle aborde aussi les thématiques du passage à l’âge adulte et de la confrontation aux normes établies.

« Qui suis-je au juste ? se demanda-t-elle… Je vais essayer de voir qui je suis. »
Peter Pan de J.M. Barrie : L’enfance éternelle et le refus de grandir
Peter Pan explore le mythe de l’enfant éternel, ce garçon qui refuse de grandir et vit dans le monde merveilleux du Pays imaginaire avec ses amis les Enfants perdus, la fée Clochette, et le capitaine Crochet. Dans ce récit, le merveilleux devient un refuge où l’on peut échapper aux responsabilités de la vie adulte. Mais cette escapade s’accompagne aussi d’un message poignant sur la fuite en avant et le prix de l’évasion.
« Voulez-vous rester jeune, enfant, et sans soucis pour toujours ? »
Les Mille et Une Nuits
Les Mille et Une Nuits est un recueil de contes merveilleux qui nous plonge dans un univers où les frontières entre le réel et le magique se dissipent pour laisser place à l’étonnement et à la morale. Avec des récits où la magie, les djinns, les tapis volants et les souhaits exaucés sont monnaie courante. Ces contes sont racontés par Shéhérazade, qui, pour éviter sa propre mort, enchante le sultan nuit après nuit avec des histoires captivantes et pleines de leçons de vie. À travers des personnages emblématiques comme Aladdin, Sinbad le marin et Ali Baba, Les Mille et Une Nuits explore la condition humaine, la ruse, le courage et la vertu. Ce recueil a laissé une image prégnante sur notre vision et notre imaginaire de l’Orient.

L’impact culturel
Le merveilleux a profondément influencé la culture populaire, des adaptations cinématographiques aux jeux vidéo, son influence s’étend bien au-delà de la littérature. Il offre un espace d’évasion en nous permettant d’échapper temporairement à la réalité. Il aborde des questions profondes de manière allégorique et stimule notre curiosité de l’inexpliqué.
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