
La narration est un art du temps. La manière de raconter une histoire dépend du traitement de la durée. Gérard Genette, célèbre théoricien de la narration, définit la durée dans une scène narrative en se concentrant sur le rapport entre le temps de l’histoire (le temps des événements racontés) et le temps du récit (le temps de la narration). Doser le traitement du temps dans son roman, c’est créer des expériences de la durée en rapport avec les sensations des personnages et les actions qu’ils mènent ou subissent. Imaginez le temps narratif comme un organisme vivant, capable de se dilater, se contracter, disparaître et ressurgir. Voici un récapitulatif instructif sur la notion de durée dans le récit !
Temps de narration

On compte 4 temps de la narration :
– Narration ultérieure : l’histoire est finie quand le récit démarre (l’histoire appartient au passé – mais n’est pas forcément conjuguée au passé).
– Narration simultanée : le temps de l’histoire (TH) est égal au temps du récit (TR). Cela signifie que les événements sont racontés en temps réel, sans accélération ni ralentissement. On est dans l’illusion du présent, comme l’incarne la scène (mais le temps conjugué n’est pas forcément le présent).
– Narration antérieure : Moment en suspense, relèvant d’un futur possible (prophéties, prémonitions, etc.)
– Narration intercalée : mélange de plusieurs types de narration
FOCUS >>
La durée de l’histoire (ou temps de l’histoire) se réfère au temps chronologique des événements tels qu’ils se déroulent dans l’univers narratif. C’est le temps « réel » des actions et des événements dans le monde fictif du récit. Par exemple, si une histoire raconte les événements d’une journée, la durée de l’histoire est d’une journée.
Types de Durée Narratives

Gérard Genette distingue plusieurs types de durée narratives, dont la scène est l’une des principales. Voici un résumé des différents types :
- Pause : Le temps du récit est infiniment plus long que le temps de l’histoire. C’est souvent le cas dans les descriptions détaillées où l’action est suspendue.
- Scène : Le temps du récit équivaut au temps de l’histoire. C’est typiquement utilisé dans les dialogues ou les actions détaillées.
- Sommaire : Le temps du récit est plus court que le temps de l’histoire. Cela permet de résumer de longues périodes en quelques phrases ou paragraphes.
- Ellipse : Certains événements sont passés sous silence, créant un saut dans le temps de l’histoire.
Anisochronies
Genette utilise le terme « anisochronies » pour décrire les variations de rythme dans un récit. Même si un récit peut se passer d’anachronies (comme les flashbacks ou les anticipations), il ne peut pas se passer d’anisochronies, c’est-à-dire des variations dans la vitesse de la narration.
Application Pratique

Pour illustrer ces concepts, voici comment ils peuvent être appliqués dans une scène narrative :
- Scène Dialoguée : Un dialogue entre deux personnages où chaque réplique est rapportée en temps réel.
- Description : Une pause narrative où le temps de l’histoire est suspendu pour décrire un lieu ou un personnage en détail. Attention, la description ne marque pas systématiquement une pause, elle peut aussi accompagner (et enrichir) l’action (on est loin des tendances de Victor Hugo aujourd’hui…) !
- Sommaire : Un résumé de plusieurs jours ou mois en quelques phrases pour accélérer le rythme du récit.
- Ellipse : Sauter des événements non essentiels pour avancer rapidement dans l’histoire.
CONCLUSION
Le temps du récit n’est pas l’équivalent de la concordance des temps. Ce qui s’écoule dans l’illusion d’un présent peut être écrit au passé et vice-versa. La notion de concordance des temps répond à une mission grammaticale et narrative. Sans le repère grammatical, on ne peut pas mettre en perspective les différentes strates de temps. Mais ça, c’est une autre histoire… à lire sur le blog !
▶ Retrouvez d’autres articles de conseils ici
▶ Rémanence des mots est un organisme de formation et propose des ateliers d’écriture




