Journal des bretelles de J

Journal des bretelles de J. anti-journal de confinement

Nadia Vuvuzela écrit sous couverture. Elle a plusieurs vies et peut-être l’avez-vous déjà croisée… Nous, à Rémanence des mots, nous la connaissons bien. Elle ne participe pas aux ateliers et, pourtant, elle écrit pour nous et toute une famille ! Toute ressemblance avec des personnes existantes est totalement normale. J. n’étant autre que Jacques… moteur d’autres textes ! Ce récit d’anticipation est malicieux et décalé. Il nous prouve que le futur peut être pire et mieux en même temps.

Nous acceptons de publier ce journal de confinement parce qu’il nous empêche de tourner en rond dans le réel en développant une obsession créative collective, la bretelle ! Nous vous invitons à prolonger le texte, le réécrire, le réinventer pour que J. continue son petit bonhomme de chemin dans la fiction et la fantaisie !

Confinement Jour 1 :

Nous venons d’apprendre, de notre très cher et illustre président Emmanuel Macron, que nous allons devoir rester confinés durant deux semaines afin de limiter la propagation du Covid-19.

J’ai dû expliquer à mon père, J., âgé de 86 ans, qu’il allait devoir rester cloîtré dans l’appartement.

Il s’est inquiété du fait qu’il n’avait plus de bretelles pour tenir son pantalon et que ce confinement allait l’empêcher d’en acheter.

Je lui ai répondu qu’il pouvait se balader en slip dans l’appartement.

Confinement Jour 3 :

La Ministre du travail vient de nous annoncer que les travailleurs essentiels, comme moi, pouvions nous rendre sur notre lieu d’activité en toute sécurité.

Cela perturbe Papa, il a du mal à comprendre qu’il doive respecter le confinement alors que je vais travailler mais, plus encore, il est très stressé par le fait de ne pas avoir de bretelles.

J’ai dû lui en commander une paire sur La Redoute.

Journal des bretelles de J / caroline-hernandez

Confinement Jour 10 :

Mon collègue m’a toussé dessus aujourd’hui et j’avoue que ça m’a fait flipper sur le coup, mais je me suis immédiatement souvenu des paroles rassurantes de notre tout nouveau Ministre de la santé, Olivier Véran, nous expliquant l’inutilité des masques pour les travailleurs non médicaux.

Papa est sorti aujourd’hui malgré mes interdictions.

Il m’a expliqué n’avoir croisé personne, à son grand désarroi, il a donc fini par aller à la supérette afin de dire au caissier qu’il était soucieux de ne pas avoir encore reçu ses bretelles.

Confinement Jour 25 :

S. m’a téléphoné aujourd’hui. Il était en colère : Il s’était pris une amende de 135 € car il était trop loin de son domicile pour faire ses courses. Il avait décidé d’aller au Carrefour de Chelles pour acheter des bretelles à J. qui n’arrêtait pas de l’appeler pour se plaindre de ne les avoir toujours pas reçues. Le pire c’est qu’il n’en avait même pas trouvé dans l’hypermarché, les gens s’étaient rués sur les bretelles !

Confinement Jour 42 :

J. m’a appelé au travail, paniqué ; il disait que des personnes erraient sur le parking, qu’elles avaient une démarche bizarre et qu’il avait peur de ne jamais voir les bretelles, que je lui avais commandées, à cause d’eux.

J’ai appelé A. pour qu’elle aille le voir et le rassure, mais elle m’a rappelé en me disant qu’effectivement des personnes ressemblant à des morts-vivants déambulaient dans les rues et que l’armée était en train d’intervenir. Du coup, elle a commandé des bretelles pour notre père sur un autre site. L. et P., qui ont été mis au courant de la situation, en ont fait de même.

Confinement Jour 53 :

J’en ai marre de bouffer des sardines ! Je trouve rien d’autres dans les rayons des supermarchés. J. aussi en a marre, il n’arrête pas de perdre son froc !

Confinement Jour 62 :

J’ai reçu un mail de N. Elle n’en peut plus d’avoir J. tous les jours au téléphone pour lui demander s’il ne peut pas venir chez elle à Arzviller. Il pense que, peut-être, en province, elle trouvera des bretelles. Elle m’a dit avoir commandé des bretelles à 5 €, attestées sans coronavirus, sur un site en Chine, et qu’elle en a profité pour me commander également un masque à 199 € pour continuer à faire mon travail essentiel en toute sécurité.

Confinement Jour 71 :

Un Coréen du Nord ayant réussi à traverser la frontière est passé dans les journaux télévisés du monde entier. Il semblerait qu’en Corée du Nord ils aient arraché les dents des tous les habitants.

Ça a laissé Papa de glace « J’ai pas besoin de dentiste mais de bretelles ! ».

Journal des bretelles de J / frank-okay

Confinement Jour 79 :

La terrible annonce est tombée ce soir. Notre chère et essentielle Première dame, qu’on ne voyait plus depuis plusieurs semaines, est décédée plus tôt dans la journée du Covid-19.

Il a été décidé d’observer une heure de silence demain à 15 h, heure de son décès et, dorénavant, ce jour sera férié.

Confinement Jour 93 :

J. et moi avons observé une biche sur l’herbe à côté de notre parking. Elle broutait tranquillement. Nous étions émerveillés ! J’étais en train de sortir mon appareil photo pour immortaliser ce moment lorsqu’une lionne lui a bondi dessus puis l’a traînée par le cou jusque dans les bois tout proches.

Papa s’est exclamé « Elle, elle a pas besoin de bretelles pour chasser ! ».

Confinement Jour 115 :

Un espoir se profile à l’horizon : un infectiologue écossais, le Docteur Who, a trouvé un vaccin au Covid-19. IL s’agit d’un mélange de maladies comme la rougeole, l’hépatite ou la grippe H1N1.

La production est d’ores et déjà lancée.

J’ai essayé de l’expliquer à Papa mais il m’écoute à peine, il est obnubilé par ses bretelles ou plutôt son manque de bretelles. Je lui ai dit que maintenant que les choses s’arrangeaient, il allait probablement les recevoir dans quelques jours, c’est alors que j’ai vu une lueur dans ses yeux.

Confinement Jour 157 :

Le dernier ! Le jour 157 aura été le dernier de ce confinement !

Nous en sommes ressortis plus forts ! Nous sommes maintenant prêts à travailler 70 heures par semaine 6 à 7 jours consécutifs si besoin, avec 10 jours de vacances par an !

Nous sommes tous derrière notre royal président, il a d’ailleurs été décidé, à l’unanimité, qu’il serait notre président à vie.

Papa et moi sommes sortis dans la rue pour prendre un bol d’air pur et marcher un peu. J’ai dû l’aider à tenir son pantalon.

Nous avons croisé le facteur qui nous a dit avoir des colis pour nous, de nombreux colis, et qu’il allait avoir besoin d’aide pour les monter dans notre logement.

Nous avons maintenant 97 bretelles, de toutes couleurs, de toutes provenances.

Papa est ravi !

Il remercie tous ses enfants, petits-enfants, voisins, caissier de la supérette, Yvette, la maman de Dominique De la Rosa, la boulangère d’Arzviller, ainsi que les sœurs du Monastère Saint-Joseph.

 Visionner la vidéo (au lieu de lire)

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