Leçons de comédie

Leçons de comédie / visuel

Leçons de comédie, Béatrice Bidjeck

Béatrice Bidjeck prépare un projet littéraire, mais vient aussi réactiver son écriture en atelier d’écriture à la carte. (Elle a reçu une carte 5 séances en cadeau… de bonnes fées et célébrités Psychédéliques, Espiègles, Puissantes, Magiques ou Cyniques veillent sur elle !) Voici son clin d’oeil sur les auteurs de son cadeau !

Les rencontres en présence (hors période de confinement) représentent l’occasion de rencontrer d’autres écrivains amateurs et/ou en herbe et de se stimuler mutuellement. Elles permettent également de sortir de sa zone de confort et de renforcer des points techniques littéraire relevant du style et de la narration tels que la mise en relief de personnages, le point de vue, le traitement de la durée et de l’ellipse ou le dialogue.

Les textes que nous partage Béatrice sont nés lors d’un atelier : « Faire vivre un personnage » où nous avons joué à partir de l’usurpation d’identité en amorçant une confrontation.


Leçons de comédie

– Bonjour Mademoiselle, 

– Oui ? 

– Vous êtes comédienne n’est-ce pas ?

– Pourquoi dites-vous cela ?

– … Vous regardez cette affiche annonçant l’audition d’après-demain pour rejoindre la compagnie « Tous en Scène » depuis cinq bonnes minutes… 

– Certes… et vous, qui êtes-vous, un fan de série ? Votre héros est mentaliste ou psychopathe ? 

– Jean de Chambure, accepteriez-vous un rôle un peu spécial pour quelques billets ? 

– Ah je vous vois venir ! Ça craint !

– Ah ! Parfait !

– Pardon ? 

– Vous parlez déjà comme elle, la silhouette, la couleur de cheveux et le côté désinvolte… On y est presque ! Reste à ajuster le style vestimentaire…

– Je m’en vais ! 

1.000 € pour vous faire passer pour ma sœur auprès de ma grand-mère. Je n’ai besoin de vous que deux heures max demain après-midi.

– 1.000 € pour passer deux heures avec votre grand-mère ?

– Oui, je comprends, ça à l’air farfelu… Ma grand-mère, qui nous a élevés, ne veut confirmer son testament que si nous nous réconcilions et que nous venons ensemble demain après-midi pour prendre le thé. Elle n’y voit plus clair depuis bien cinq ans et n’a pas vu ma sœur depuis 8-9 ans. Ma sœur lui en veut de l’avoir humiliée lors d’un événement où elle exposait. Ma grand-mère a eu la finesse de dire à qui voulait l’entendre que sa petite chérie n’avait pas de talent et qu’elle reviendrait porter l’entreprise familiale quand elle aura fini de jouer avec ses crayons de couleurs. Assurément ma sœur qui l’a entendue a fait un scandale. Ma grand-mère lui a coupé les vivres lorsqu’elle a persisté dans son choix d’être artiste. “Chez nous pas de saltimbanque ! Il faut faire fructifier les biens de la famille et pour ça il n’y a que les affaires qui comptent.” Moi j’étais trop loin de sa réalité pour l’encourager et je ne l’ai pas défendue. 

– Ça fait longtemps, appelez-là et gérez votre histoire de famille… en famille. 

– J’ai bien essayé de la raisonner… Pourtant ça l’aiderait d’avoir sa part d’héritage, elle ne veut rien entendre. Ce que je vous propose ça lui servirait à elle aussi. C’est un coup de pouce pour tous les trois et vous repartez avec 1.000€ pour deux petites heures. Alors ? Qu’en dites-vous ? Vous acceptez ? 

– Que dois-je faire exactement ? 

– Merci, Merci infiniment. 

– Je n’ai pas dit que j’acceptais… Je veux tout savoir d’abord et je me retire au moindre doute.

– Ça me va… D’abord, je vous retrouve ce soir au café de votre choix avec des vêtements et quelques souvenirs, des indications sur notre famille, lieux, dates, noms, des photos et votre texte. Je vous envoie un chauffeur demain à 14 h qui vous emmènera au Pavillon de la Grande Cascade … Voici l’adresse néanmoins si vous voulez vérifier.

– 18 h 30 ça vous va ? 

– Merci, Merci encore, vous ferez au moins deux heureux demain et ma sœur finira par me remercier… Enfin… si vous acceptez.

***

– Bonjour,

– Bonjour, vous êtes bien le Uber commandé pour le Pavillon de la Grande Cascade ?

– Oui, je vous en prie montez…

La porte s’ouvre, la voiture s’affaisse, la porte claque, la ceinture frotte sur le manteau de laine apporté hier soir par ce De Chambure, au clic la Ford Focus démarre.

La conductrice marmonne les yeux rivés sur la route. Je crois que je vais attendre un feu rouge pour lui parler…

Quelques minutes passent, le manteau de laine me démange, l’heure de rendez-vous approche, la pression monte, il faut que je répète. 

– Ça ne vous dérange pas si je répète mon texte pendant que vous conduisez ?

Elle me fait signe de la main sans quitter le feu des yeux. “3, 2,1, Vert…”

– Je reprends mon texte, à voix haute cette fois : “Bonjour, oui… je sais, ça fait longtemps grand-mère Jeanne ! Tu ne t’attendais p…” Mais purée faites gaffe ! Vous voulez nous tuer ! Pourquoi vous avez pilé comme ça ! Pfff mon nez, je crois qu’il est cassé ! Et pourquoi vous me regardez comme ça maintenant !

– Qu’avez-vous dit ? 

– Vous m’avez cassé le nez ! 

– Non avant ça ? 

– De faire gaffe ! Ça vous arrive souvent de piler comme ça ?! Qu’est-ce qui vous a pris ?

– Avant que je pile vous disiez quoi ?

– Je répétais mon texte ! Je vous avais prévenue non ? 

– Et c’est quoi “vo-tre-texte” bon sang ! Et c’est quoi votre rôle ? Vous vous produisez sur quel type de scène !

– Je descends ici… décidément cette histoire me rend folle ! Soyez assurée que mon commentaire sera à la hauteur de ce trajet ! 

– Attendez… voici un mouchoir, il y a dessus un peu d’huile essentielle de Mandarine, ça vous aidera à vous calmer. Moi aussi d’ailleurs. Acceptez mes excuses, j’aimerais juste comprendre comment vous avez pu dire à voix haute ce que je répète à la virgule près dans ma tête depuis ce matin ?

C’est à ce moment-là que j’ai levé les yeux sur la conductrice qui, elle, me regarde intensément…

____ Un texte imaginé et écrit par Béatrice Bidjeck

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