Les lieux littéraires

Les lieux Littéraires - visuel

Un lieu est, d’après le dictionnaire, une situation spatiale qui permet de localiser quelqu’un ou quelque chose, c’est aussi un endroit, une localité. Dans la littérature, le lieu est un outil unique et central à l’écriture. Il y a les lieux dans lesquels on peut se trouver pour travailler (maison d’un auteur), l’endroit que l’on peut imaginer ou un lieu connu et bien réel mais revisité par notre imagination. Ça peut aussi être un endroit inspiré de légendes urbaines, surnaturelles ou maudites.

Définition des lieux littéraires : endroits réels ou imaginaires décrits ou évoqués dans des œuvres littéraires, qui imprègnent l’imaginaire des lecteurs.
Les lieux sont essentiels pour ancrer l’histoire, la rendre vivante et crédible. Ils reflètent aussi l’état d’esprit des personnages.

C’est donc d’une part, un espace fréquenté par un écrivain où inspirant celui-ci, et d’autre part un procédé littéraire incontournable à l’écriture. C’est dans cette perspective que s’inscrit cette figure esthétique de l’écriture et suscite en nous des émotions indéfinissables. Les lieux sont autant de réalités que de fictions, ils nous animent, provoquent en nous fascination, questionnement, ils nous inspirent, ils nous habitent.

Les lieux en littérature

Description de lieux :

La littérature a sa propre manière de représenter et de « topologiser » les lieux, c’est-à-dire de les inscrire dans la trame du texte.

Rôles : planter le décor, refléter l’atmosphère, traduire les émotions des personnages.

La description des lieux n’est pas une simple imitation ou représentation de la réalité, mais implique une forme de mimèsis, c’est-à-dire une recréation ou une transformation du lieu par l’imagination de l’auteur.

Ils peuvent servir de vecteur d’identification pour le lecteur, notamment lorsque le personnage découvre un espace inconnu, comme dans le Château de Kafka.

Les lieux Littéraires - Chateau

« Il voyait maintenant, le château se détache nettement là-haut dans l’air clair souligné encore par la neige mince qui reproduisait toutes les formes. D’ailleurs en haut de la montagne, il semblait y avoir beaucoup moins de neige qu’ici au village, où K. n’avançait pas moins péniblement qu’hier sur la route. Ici la neige allait aux fenêtres des masures pesait sur les toits bas, mais en haut sur la montagne tout se dressait libre et léger, tout au moins le semblait-il, vu d’ici. »

Une description de lieu bien réalisée pose un cadre et un contexte à l’action des personnages. Elle peut même aller jusqu’à faire du lieu un véritable personnage de fiction. Les auteurs utilisent différentes techniques pour décrire les lieux, comme l’ancrage dans un décor familier ou l’introduction dans un espace inconnu (ci-dessus, Le Château).
La description doit trouver le juste équilibre entre, donner suffisamment d’éléments concrets pour que le lecteur puisse se projeter, sans pour autant tomber dans une énumération fastidieuse. Quelle que soit sa nature, le lieu littéraire n’est jamais anodin. Il sert de cadre et de contexte à l’action, mais peut aussi devenir un personnage à part entière, avec sa « personnalité ».

Lieux symboliques :

Les lieux Littéraires - lieu

Certains lieux revêtent en outre une dimension symbolique forte dans l’imaginaire littéraire. C’est le cas de la forêt, souvent représentée comme un espace de nature sauvage, de danger mais aussi d’initiation, à l’image de la célèbre forêt de Brocéliande dans les légendes arthuriennes. À l’inverse, la ville est généralement dépeinte comme le théâtre de la modernité, de l’anonymat et de l’aliénation, comme dans le roman d’anticipation Ravage de René Barjavel. La maison, elle, symbolise l’intimité, les racines familiales et la quiétude – quand elle n’est pas le théâtre d’événements tragiques comme dans le célèbre roman de Boris Vian, l’Écume des jours.

Le paysage littéraire

L’inspiration du paysage :

Le paysage, qu’il soit urbain ou naturel, a de tout temps été une source d’inspiration majeure pour les écrivains. Certains ont ainsi immortalisé les campagnes de leur région natale, comme Maupassant avec ses descriptions de la campagne normande, Zola avec la Beauce ou John Steinbeck avec les vallées californiennes. D’autres se sont faits les chantres de la nature sauvage, Jack London avec ses récits de la ruée vers l’or au Grand Nord canadien ou Romain Gary célébrant la beauté âpre des paysages mexicains. À l’inverse, des écrivains dits « terre-à-terre » comme Jean Giono ou Marcel Pagnol ont enraciné leur œuvre dans les paysages plus modestes de la Provence.

La littérature de la nature :

Un courant littéraire spécifique s’est d’ailleurs développé autour de la relation de l’homme à la nature, des paysages grandioses aux humbles campagnes. On peut citer parmi ses œuvres phares les romans de Jack London comme Croc-Blanc ou L’Appel de la forêt, Walden ou la Vie dans les bois d’Henry David Thoreau ou L’amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez. Au 19ème siècle, tout un pan de la littérature dite « roman de la terre » ou « roman du terroir » explorait déjà les rapports entre l’homme et son environnement, naturel, rural. Aujourd’hui c’est la littérature dite « Nature writing » par nos amis anglophones qui a repris le pas sur ce rapport entre nature et homme, on attribue sa parenté au romancier Henry David Thoreau. C’est aux éditions Gallmeister que nous devons l’introduction de la Nature Writing en France. Les romans d’Anouk Lejczyk, Copeaux de Bois et Felis Silvestris interrogent aussi notre rapport à la nature.

Les lieux Littéraires - voyage

La littérature de voyage :

Enfin, les récits de grands voyageurs et explorateurs ont permis de faire découvrir aux lecteurs des paysages lointains et dépaysants. On pense aux périples de Robert Louis Stevenson relatés dans Voyage avec un âne dans les Cévennes, aux aventures de Jack London en Alaska ou dans les mers du Sud, aux escapades exotiques de Pierre Loti ou encore aux superbes évocations de la Patagonie et de l’Himalaya par l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier. Pas besoin de voyager pour contempler de beaux paysages, ces livres vous permettront de vous évader et  de vous imprégner de contrées lointaines.

Les lieux de mémoire littéraire

Les demeures d’écrivains :

Au-delà des œuvres elles-mêmes, certains lieux réels sont indissociables de la mémoire littéraire en raison de leur lien direct avec la vie d’écrivains célèbres. C’est le cas de nombreuses demeures ayant appartenu à des auteurs de renom et désormais transformées en véritables lieux de pèlerinage pour les amateurs de littérature. On peut citer par exemple la maison natale de Balzac à Tours, la maison de tante Léonie à Illiers-Combray où Proust puisa son inspiration pour À la Recherche du temps perdu, ou encore la maison de George Sand à Nohant. S’imprégner de l’univers intime où vécurent ces grands noms des Lettres est une expérience unique pour les visiteurs.

Les cafés littéraires :

Autres hauts lieux de la vie littéraire, les célèbres cafés parisiens comme Les Deux Magots ou La Closerie des Lilas, fréquentés par Hemingway, Sartre, Simone de Beauvoir et bien d’autres. Ces établissements perpétuent la tradition des cafés en tant que lieux de rencontre, d’échange et d’effervescence intellectuelle et artistique. De nombreux écrivains y ont d’ailleurs puisé leur inspiration au fil des discussions animées. Nous avons écrit un article sur le sujet : cliquez

Les villes et régions littéraires :

Les lieux Littéraires - Carte

Certaines villes ou régions sont en outre indissociables de l’œuvre d’écrivains qui les ont célébrées ou en ont été profondément imprégnées. On pense évidemment à Paris, ville-lumière et théâtre des romans de la Comédie humaine de Balzac, des Misérables de Victor Hugo ou encore du cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola. Mais aussi à Dublin, décor récurrent du célèbre Ulysse de James Joyce, à la Nouvelle-Angleterre puritaine qui hanta les écrits de Nathaniel Hawthorne et H.P. Lovecraft, ou encore à la Normandie bucolique de Guy de Maupassant. Visiter ces lieux permet de mieux saisir l’univers des auteurs.

 

Lieux imaginaires, maudits, surnaturels

Le lieu imaginaire :

Le lieu littéraire peut être totalement inventé et issu de l’imagination de l’écrivain, en particulier dans des genres comme la fantasy, la science-fiction et le fantastique. Ces lieux permettent d’ancrer des récits extraordinaires dans un cadre cohérent tout en laissant place à l’imagination du lecteur (d’ailleurs qui n’a pas été un jour déçu par une adaptation cinématographique).

Ils permettent aux auteurs de créer des mondes entièrement nouveaux, avec leurs propres géographies, cultures et règles. Certains lieux imaginaires sont devenus aussi célèbres que des lieux réels, comme :

  • La Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien (Le Seigneur des Anneaux, Le Hobbit), avec des contrées comme la Comté, le Mordor, la Lothlórien
  • Le Pays des Merveilles d‘Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll.
  • Le monde magique de Poudlard et ses environs dans Harry Potter de J.K. Rowling.
  • La planète Dune du roman éponyme de Franck Herbert.

Les lieux maudits et surnaturels :

Le mythe du lieu maudit ou surnaturel en littérature est un topos récurrent. Il puise ses origines dans des mythes anciens comme celui de la Tour de Babel dans la Genèse, symbole d’hubris et de révolte contre Dieu, condamnée à la malédiction divine.

Les lieux Littéraires - Phare

Ce thème des « lieux maudits et surnaturels » dans le réel alimente un riche imaginaire contemporain, mêlant légendes urbaines, faits divers tragiques et phénomènes inexpliqués. Il demeure ainsi une source d’inspiration féconde pour les écrivains, que ce soit comme métaphore de caractéristiques humaines, comme exploration de l’étrange dans notre monde, comme questionnement philosophique et métaphysique.

La ville maudite, métaphore de la démesure

De nombreux écrivains ont exploré le mythe de la « ville maudite », vision dystopique d’une mégalopole tentaculaire et dévorante, incarnation de la démesure humaine. Dans Le Fils de Babel d’André Maurois, New York est décrite comme une cité aux « pyramides sur pyramides » de gratte-ciels, poussant toujours plus haut dans une expansion sans fin, condamnée par « décret ».
Cette démesure urbaine renvoie à de la Tour de Babel, la ville se dressant dans un défi insensé à l’ordre divin. La malédiction frappe alors ces cités devenues monstrueuses par leur gigantisme démesuré.

Lieux hantés et maudits dans la littérature

La littérature regorge également de lieux maudits ou surnaturels, souvent liés au fantastique et à l’horreur. Ces lieux inquiétants sont souvent le théâtre d’événements surnaturels, de phénomènes inexpliqués, voire de présences spectrales. Ils deviennent des personnages à part entière, reflétant les tourments intérieurs des protagonistes.

  • La maison des Usher dans la nouvelle La Chute de la maison
    Les lieux Littéraires - maison hanté
     Usher
    d’Edgar Allan Poe, demeure frappée d’une malédiction familiale et théâtre d’événements surnaturels.
  • La maison labyrinthique du Nouveau Roman La Maison de rendez-vous d’Alain Robbe-Grillet
  • Le château hanté du Dracula de Bram Stoker incarnent des espaces surnaturels et maléfiques.

Lieux hantés et maudits dans le réel

Au-delà de la métaphore, de nombreux ouvrages récents se penchent sur des lieux réputés effectivement « maudits » ou hantés. L’Atlas des lieux maudits d’Olivier Le Carrer recense ainsi 40 endroits à travers le monde associé à des malédictions, phénomènes paranormaux ou événements tragiques.

Le livre La France des lieux maudits de David Galley explore quant à lui une trentaine de sites français réputés hantés, des châteaux aux forêts sombres en passant par d’anciennes demeures.

 


▶ Retrouvez d’autres articles de conseils ici
▶ Rémanence des mots est un organisme de formation et propose des ateliers d’écriture


Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur Blog littéraire

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture