Les jardins de Mandela

Notre participant publie !

Les jardins de Mandela, François-Xavier Cottin

François-Xavier Cottin-Les jardins de mandela-fayard-publication
©Colin Moreau

A l’occasion de la sortie, lors de la rentrée littéraire, de Les jardins de Mandela de François-Xavier Cottin (participant Rémanence des mots), aux Editions Fayard, le 4 septembre 2024,  nous l’avons questionné sur son parcours et son processus d’écriture. Il a participé à un week-end intensif alors qu’il avait déjà signé son contrat d’édition, mais il a su se prendre au jeu des ateliers d’écriture créative !

Qu’est-ce qui t’a initialement poussé à écrire Les Jardins de Mandela et comment ton expérience en tant que professeur a-t-elle influencé ce projet littéraire ?

Avant d’être Les Jardins de Mandela, le manuscrit n’était pas un roman, mais un journal – que j’avais intitulé Journal protocolaire. Ce qui m’a poussé à le débuter était une énième aberration venue de notre ministre de l’Education nationale de l’époque, début 2022. J’ai eu besoin de jeter ma colère tout seul sur mon PC. J’ai recommencé le lendemain, puis le jour suivant… Je ne prévoyais pas alors de démissionner ; six mois plus tard, c’était le cas, et il s’était passé tellement de choses dans l’intervalle qu’il y avait de la matière pour en faire un livre. Donc mon expérience en tant que professeur et le projet des Jardins de Mandela sont plus que liés : ils sont impossibles à démêler l’un de l’autre !

Peux-tu nous parler de la transition entre ta carrière d’enseignant et celle d’écrivain ?

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Je ne sais pas si j’ai eu une carrière d’enseignant – et je sais que je n’en ai pas (encore) une d’écrivain ! Mais disons que le fait de ne plus être fonctionnaire, de ne plus avoir d’horaires fixes ni de contraintes autres que celles que je choisissais (puisque je me suis alors mis à mon compte en tant que correcteur de manuscrits pour les maisons d’édition) m’a ouvert un champ de possibles énormes en matière d’écriture. Désormais, je n’avais plus à attendre les soirs (voire les nuits !) pour écrire. Et c’était un changement considérable.

As-tu des rituels ou des habitudes spécifiques pour écrire ?

Oui et non. Avant, comme je le disais, j’écrivais le soir ou la nuit, quand ma famille était couchée et que je pouvais être réellement en tête-à-tête avec mes idées. Mais tout cela a changé en même temps que ma situation professionnelle. Et puis l’aventure des Jardins a été tellement riche en rebondissements que son processus même a modifié mes habitudes. Je me suis remis à écrire à la main (chose que je n’avais pas faite depuis près de vingt ans), un peu partout (et plus seulement sur mon canapé)… Désormais, je sais que je n’attends plus un moment, mais une idée ; et ça change tout !

« Je n’attends plus un moment, mais une idée […]. » – François-Xavier Cottin

Comment organises-tu ton temps entre l’écriture et tes autres engagements ?

Ecriture et sport-françois-xavier-cottin-ecrivain-fayard

J’ai adopté une routine pour Les Jardins de Mandela – plus exactement, elle a fini par s’imposer à moi. J’allais nager quarante ou soixante longueurs à la piscine d’à côté. Pendant ce temps, je réfléchissais à ce que j’avais écrit la veille ou les jours précédents. En sortant, j’avais toujours des choses à modifier, ou de nouvelles idées qui avaient surgi, que je notais sans forcément les rédiger. Ensuite, quand je me sentais inspiré, je reprenais le tout pour le mettre en forme.

Quant à l’organisation du temps… C’est sûrement le plus gros challenge quand on a un boulot à côté et surtout une vie de famille ! Mes enfants sont ravis que j’écrive, tant que ça ne m’empêche pas d’être à l’heure à la sortie de l’école ni de les emmener chez leurs copains et copines, en gros.

Pourrais-tu nous expliquer ton processus de réécriture ? Comment abordes-tu les phases de révision et de réécriture sur le plan émotionnel et organisationnel ?

Ah là là – vastes questions ! Là encore, j’ai beaucoup changé pendant l’écriture de mes Jardins. J’aime à dire que j’ai toujours écrit, mais que je ne suis devenu écrivain que très récemment, depuis que j’ai été signé par Fayard. Avant, je gardais le premier jet, que je modifiais à la marge, je ne faisais pas de plan, encore moins de chronologie de l’action. Là, après avoir dû reprendre intégralement le manuscrit à quatre reprises, et l’avoir relu des dizaines de fois, je sens bien que j’ai évolué et que je n’aborderai pas l’écriture de mon prochain livre de la même manière.

Utilises-tu des techniques spécifiques ?

Je n’ai pas de « techniques » à proprement parler dans le sens où je ne cherche pas à produire tel ou tel effet. Par contre, je sais que je suis du genre à m’ennuyer vite en tant que lecteur – et même en tant que personne ; alors quand je relis quelque chose que j’ai écrit qui ne m’intéresse pas assez ou me semble trop long, j’ai tendance à couper, resserrer, reprendre. J’adore les romanciers classiques, notamment Hugo, Flaubert, Stendhal et Balzac ; mais je n’ai ni leur talent, ni leur patience. Alors je préfère être dans l’économie et l’intensité quand j’écris.

Quel a été le parcours de Les Jardins de Mandela avant sa publication ? Y a-t-il eu des moments particulièrement marquants ou des obstacles que tu as dû surmonter ?

https://www.livreshebdo.fr/article/rentree-litteraire-jecris-ton-nom

Les deux mon capitaine ! Parmi les moments les plus marquants, il y a évidemment eu le premier contact avec Isabelle Saporta, quand elle m’a annoncé que j’étais signé chez Fayard, puis quand j’ai appris que je serais positionné au moment de la rentrée littéraire. Deux rêves réalisés en un ! Ensuite, bien sûr, il y a les premiers retours des libraires, les premiers projets de couverture, la première mention dans Livre Hebdo… Ça, c’est pour le positif. Pour les événements marquants moins joyeux, il y en a au moins autant ! On ne le sait pas assez, je crois – en tout cas, ce n’était pas mon cas –, mais c’est tellement dur d’aller au bout de son premier roman publié ! Des abysses de doutes, des semaines entières de découragement, et du travail – tellement de travail ! – si régulièrement jeté ! Mais je crois que c’est comme tout : en définitive, quand un projet nous tient à cœur, à son terme, on oublie presque ce qui nous a coûté. Seul compte le résultat.

Comment as-tu été et es-tu accompagné par ton éditrice ? Par quels moyens ?

Ce que mon éditrice (Isabelle Saporta, Fayard) a fait de plus important, ça a été de me rassurer. Je ne me rendais pas compte à quel point j’en avais besoin, à force d’écrire seul de mon côté depuis près de trente ans. Elle m’a dit de me lâcher, d’être moi-même, de ne plus réfléchir aux contraintes de mon contrat… Tout ça m’a fait un bien fou !

Comment as-tu vécu le soutien et les retours des participants de l’atelier Rémanence des mots pendant la phase de réécriture de ton roman ?

C’est drôle, parce que j’ai participé à l’atelier Rémanence des mots en novembre 2023. J’étais signé depuis plus de six mois, j’en étais à deux versions de mon manuscrit retoquées, et que j’étais dans une de ces périodes de doutes profonds que j’évoquais. Personne ne savait que j’allais publier un roman, dans l’équipe, à commencer par toi (Mathilde). Quand ça s’est su, à la fin, et qu’on m’a demandé pourquoi, alors, je participais à un atelier de ce genre, ça m’a cueilli. Je ne m’y attendais pas. Parce qu’on venait de passer deux jours à échanger et avancer ensemble, que j’avais appris des tonnes de choses sur l’écriture et sur moi, et que je ne voyais pas du tout en quoi tout cela aurait pu ne pas m’être bénéfique. La preuve : un des textes rédigés alors a fini dans la version définitive de mon roman. Je n’avais peut-être pas besoin des mêmes choses que d’autres ; mais Rémanence m’a aidé à me remettre en selle, m’a rassuré et conforté dans ce que je voulais. En cela, c’était une sacrée expérience que je conseillerais à toutes celles et ceux qui aiment écrire, débutants ou confirmés.

« La preuve : un des textes rédigés alors (en week-end Rémanence) a fini dans la version définitive de mon roman, Les Jardins de Mandela. »

Quelles étaient tes principales inquiétudes avant la sortie de ton livre ?

Elles sont devant moi, pas derrière ! Maintenant qu’il est imprimé, je me demande s’il trouvera son public, si j’ai assez travaillé, qui en parlera – et si on en parlera… C’est presque le plus difficile qui commence, puisque même si un passage est raté, je ne peux plus le changer. Et je risque de m’en vouloir terriblement si je m’en aperçois et que ça n’a pas été le cas plus tôt !

Peux-tu partager une ou deux rencontres marquantes qui ont influencé ton parcours d’écrivain ?

Je pourrais parler d’autres auteurs, de personnes du monde de l’édition ou autre, mais ce ne serait pas la réalité. Parce que finalement, la seule rencontre qui ait été décisive dans toute cette histoire, c’est ma femme. On s’est rencontrés en hypokhâgne il y a plus de vingt ans, et on ne s’est jamais quittés depuis. Elle seule sait ce que c’est que de vivre au quotidien avec quelqu’un qui passe des soirées entières, voire des nuits à écrire pour écrire, parce qu’il en a besoin, qu’il le faut, qu’il ne peut pas faire autrement, sans être jamais publié. Elle aurait pu en être fatiguée, ou au moins en rire ; au contraire : elle m’a toujours encouragé. Même quand ça me rendait pénible, que j’étais découragé ou prêt à jeter l’éponge. Ce n’est pas une fan ; c’est une partenaire. Et la plus extraordinaire que l’on puisse imaginer, parce qu’elle est indéfectible mais jamais aveuglée. Sans elle, Les Jardins de Mandela n’existeraient pas, tout simplement.

Comment te prépares-tu pour la sortie de Les Jardins de Mandela ?

François-Xavier COTTIN Instagram processus d'écrivain

Je passe pas mal de temps à communiquer, que ce soit par mail ou téléphone avec l’équipe de Fayard qui m’accompagne, ou avec les libraires qui me font l’honneur de me recevoir. Je suis dans l’attente des premières interviews de journalistes ; pour patienter jusqu’à la sortie de mon livre, j’alimente mon compte Instagram où je raconte tous les deux ou trois jours les étapes qui ont amené à sa publication. Et puis il y a les deux soirées de lancement à organiser (une à Caen, près de chez moi, l’autre à Paris), les dédicaces à faire pour la presse… Tout cela est à la fois stressant et excitant. On est à une semaine tout juste de la sortie, et c’est à la fois fou et merveilleux.

 Comment cette interaction sur Instagram avec tes lecteurs influence-t-elle ton approche de l’écriture et de la publication ?

Pour l’instant, je suis surtout suivi par mes sœurs et ma femme sur Instagram, donc ça ne m’influence pas beaucoup plus qu’avant ! Blagues à part, du fait de mon statut de primo-romancier, je n’ai pas de notoriété ni de lectorat ; c’est donc encore trop frais pour parler de ça. Mais j’ai hâte d’avoir les premiers retours de lecteurs, que ce soit en ligne ou en dédicaces. Parce que je sais que, bons ou mauvais, ils m’aideront à avancer.

Quelle est la plus grande erreur que tu aies commise en tant qu’écrivain ?

Croire que le plus dur était fait en signant chez Fayard ! Et puis dans la foulée, aussi, d’avoir essayé de réécrire mon livre selon une sorte de cahier des charges formel. Ça ne marche pas. En tout cas, ça n’a pas marché avec moi.

Quelle est la plus étrange idée de livre que tu n’aies jamais eue ?

J’ai toujours eu une espèce de fantasme de livre perpétuel qui s’écrirait à l’infini avec tous les lecteurs possibles. Comme une sorte de cadavre exquis géant, tentaculaire et collaboratif. Alors je ne sais pas si c’est une idée « étrange », mais elle me semble à tout le moins peu réalisable.

Si Les Jardins de Mandela devait être adapté en une œuvre d’art autre qu’un livre, quelle forme artistique choisirais-tu et comment aimerais-tu qu’elle soit interprétée ?

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J’ai jeté quelques idées déjà en vue d’une adaptation en série – j’ai quasiment écrit ce qui pourrait être le pilote. J’aimerais beaucoup ça, et je me dis que c’est un sujet qui pourrait tout à fait convenir à ce format – le quotidien d’élèves et d’enseignants en éducation prioritaire, c’est un sacré vivier ! Et puis j’ai un ami dessinateur avec qui j’ai déjà évoqué l’adaptation en BD. Là encore, j’aimerais beaucoup. J’ai une façon d’écrire et de réfléchir très visuelle, et j’adorerais pouvoir penser mon roman en termes de plans, de cases, de bulles.

Si tu pouvais donner une voix à un de tes personnages, quel acteur ou actrice choisirais-tu pour l’incarner et pourquoi ?

Il y a une jeune fille dans le roman que j’ai prénommée Emma, qui est à la fois engagée, enragée et empathique. Elle me fait penser à Adèle Haenel. Le problème, c’est que même si elle est jeune, 35 ans, c’est un peu trop pour incarner une collégienne. Peut-être qu’elle pourrait incarner Paule, une élue de l’opposition que l’on croise plusieurs fois dans le livre et qui se bat pour sauver les jardins du collège.

Quel est le mot ou l’expression que tu aimerais voir disparaître de la langue française, et quel mot amusant proposerais-tu en remplacement ?

J’aimerais ne plus avoir à subir la phrase « On ne peut plus rien dire ! », surtout qu’elle est tout le temps employée par des gens qui s’autorisent et qu’on autorise à énoncer les pires insanités. J’aimerais bien qu’on se mette à employer le terme de « riendirophobie » pour ironiser sur toutes ces personnes qui brandissent l’épouvantail de la censure alors qu’ils en sont souvent les parangons.


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