
Le suspense n’est pas réservé aux romans commerciaux ou de genre ! Cette technique narrative peut être déployée dans toute forme de fiction littéraire, y compris dans le Nouveau Roman (Courant littéraire né dans les 50’s qui remet en cause les codes traditionnels du roman en rejetant notamment l’intrigue linéaire, les personnages et le cadre spatio-temporel précis).
En outre, le suspense repose sur une maîtrise du rythme et de l’écoulement du temps dans le récit. En jouant sur les ellipses, les retours en arrière, les accélérations et décélérations de l’action, tout auteur peut créer des effets de tension et d’attente chez le lecteur, quel que soit l’élan narratif. Les écrivains du Nouveau Roman comme Alain Robbe-Grillet ou Michel Butor ont justement expérimenté ces distorsions temporelles pour instaurer un climat de mystère et d’incertitude.
Alors, comment créer du suspense dans un roman ou tout écrit narratif ? Avec quels outils littéraires ?
Suspense, c’est-à-dire ?
D’abord, pourquoi certains (beaucoup) écrivent « SUSPENS » au lieu de l’orthographe exacte « suspense » ? Par confusion. Parce que le suspense est cet état de la mise en suspens, cet effet de la suspension. Le suspens, c’est l’adjectif au masculin. Le suspense, c’est le substantif masculin (nom) – à ne pas confondre avec la « suspense » qui est une mesure ecclésiastique de suspension d’un prêtre (autant le savoir).
COUP DE LOUPE
Le suspense est une technique narrative qui joue sur l’incertitude du dénouement d’une action. Contrairement à la surprise, qui repose sur des événements inattendus, le suspense maintient le lecteur dans un état de doute et de curiosité. Il se demande constamment comment le personnage va se sortir d’une situation difficile ou atteindre son objectif.
La description, fabrique à suspense ?

Le suspense naît souvent d’une description minutieuse des lieux, des objets, des actions, et même des gestes anodins. En accordant une attention extrême aux détails, l’auteur suggère des implications sous-jacentes qui alimentent les interrogations du lecteur. A cet effet suggestif s’ajoute la connotation des mots ou la polysémie lexicale, comme dans l’extrait suivant « serrés à l’étranglement », qui travaille l’imaginaire du lecteur, et superpose des images mentales pour tisser son interprétation du récit. Ce procédé narratif caractéristique du Nouveau Roman permet de créer une atmosphère lourde de sous-entendus propice au suspense.
Dans Le Voyeur d’Alain Robbe-Grillet, les descriptions détaillées des objets et des gestes banals contribuent à instaurer une tension et un sentiment d’inquiétude chez le lecteur :
« C’était une fine cordelette de chanvre, en parfait état, soigneusement roulée en forme de huit, avec quelques spires supplémentaires serrées à l’étranglement. Elle devait avoir une bonne longueur : un mètre au moins, ou même deux. Quelqu’un l’avait sans doute laissée tomber là par mégarde, après l’avoir mise en pelote en vue d’une utilisation future – ou bien d’une collection. Mathias se baissa pour la ramasser. »
Eva Baltasar, dans Boulder (roman contemporain fortement recommandé), adopte un style d’écriture poétique et imagé dont la suggestivité alimente la sensualité, laissant planer une certaine ambiguïté sur les événements décrits. Cette écriture riche en sous-entendus entretient le suspense en obligeant le lecteur à lire entre les lignes :
« Je pense à elle tout le temps. Mon corps ressemble au laboratoire où se concocte la pierre définitive, sa lumière est une possibilité parmi des millions et elle m’obsède. Préparer la nourriture me demande une énorme concentration. J’achète un livre de cuisine grecque dans une librairie d’occasion à Puerto Montt. Des épices, des légumes frais, du fromage, un agneau. Des ancres minuscules avec lesquelles j’arrime ma tête au sol. Je cuisine la porte fermée, comme ces génies qui vous forcent à être patient. En réalité, je suis droguée. Samsa coule dans mes veines. Mes doigts la pénètrent quand je vide l’agneau. Trois mois pendant lesquels nous entrons dans les eaux péruviennes. Nous naviguons plus loin que jamais, comme si nous nous enfuyions. Pas un appel, pas un message. Rien. Houmous, moussaka et un baklava d’une grande difficulté que j’arrose de pisco et de miel. Le capitaine me félicite. Je ne sais pas ce que je pourrais faire de plus de mes mains. » – Eva Baltasar, Boulder, Editions Verdier.
Truc & astuce Rémanence :
Plus c’est concret, plus c’est singulier, plus c’est marquant pour le lecteur. Moins c’est exhaustif (un trognon de pomme dans la main informe que du temps s’est écoulé – on a croqué dans la pomme –, mais pas besoin de donner sa variété, sa couleur ou son goût), plus ça attise la curiosité du lecteur.
Jeu d’écriture « Technique du « plan séquence » »
►Décrivez une scène de manière très détaillée, en insistant sur les éléments sensoriels (bruits, odeurs, sensations physiques, etc.), sans jamais expliciter clairement ce qu’il se passe réellement. Par exemple, vous pouvez décrire en détail les bruits de lutte, les cris étouffés, les gouttes de sueur perlant sur un front, sans révéler s’il s’agit d’un combat, d’une agression ou d’une scène plus intime.
Comment jouer des ellipses pour entretenir le suspense ?

Les ellipses (narratives), les non-dits et l’ambiguïté sont des outils qui sèment le doute et maintiennent le lecteur dans l’attente. Et on peut classer « serrées à l’étranglement » sur l’étagère de l’AMBIGUÏTE. En omettant délibérément certaines informations cruciales ou en laissant planer des questions sans réponse, les auteurs comme Michel Butor poussent le lecteur – plongé dans le mystère – à s’interroger et anticiper. Cela entretient ainsi la tension narrative car le roman entraîne un état constant d’incertitude.
L’Emploi du temps de Michel Butor :
« et tout d’un coup j’ai été pris comme de vertige à l’idée que depuis mon arrivée dans cette ville, il y a quatre semaines, moi si grand liseur auparavant, je n’avais pas ouvert un livre, je me suis senti tout contaminé de brume gourde, abandonné loin de moi-même, loin de celui que j’avais été avant de débarquer ici, et qui s’effaçait dans une immense distance. »
Truc & astuce Rémanence :
Eprouvez la fiabilité de vos personnages ou vos narrateurs et instaurez le doute chez votre lecteur. Plus le point de vue est altéré par la mauvaise foi du personnage, sa prise de substance, son état d’âme, son trouble, des empêchements, plus le lecteur doute, toujours en alerte, à guetter ce qui pourrait être crédible, « vrai ». Artifice redoutable qui fait vivre une expérience de lecture… intense !
Jeu d’écriture « Technique du « contrepoint narratif » »
► Alternez deux fils narratifs, en créant des ellipses et des non-dits dans l’un des fils pour semer le doute et l’attente chez le lecteur (effet Page-Turner). Par exemple, vous pouvez avoir :
- Un fil narratif A qui relate des événements de manière linéaire et détaillée.
- Un fil narratif B qui aborde les mêmes événements, mais de manière elliptique avec de nombreuses zones d’ombre. L’idée est de confronter le lecteur à deux versions contradictoires ou complémentaires d’une même histoire. Le fil A apporte des réponses, tandis que le fil B soulève des interrogations.
Traitement du temps au service du suspense
La prolepse (flash-forward) – ou anticipation – consiste à évoquer ou dévoiler par avance un événement à venir, créant ainsi une attente et un effet de suspense chez le lecteur. Ce procédé narratif permet de laisser planer le doute sur les conséquences de cet événement annoncé.

Son autre versant, l’analepse (flash-back) – ou retour en arrière – retourne dans le passé pour donner des informations sur un événement antérieur. Utilisée avec parcimonie, elle peut entretenir le mystère en ne révélant que partiellement certains faits importants.
Marcel Proust, dans À la recherche du temps perdu, envoûte le lecteur en utilisant une narration non-linéaire avec de fréquents retours en arrière (analepses). Ces sauts temporels sèment le doute et l’incertitude, maintenant le lecteur en alerte, cherchant à démêler les fils de l‘intrigue. Ce double usage temporel qui perturbe l’ordre chronologique, notamment chez Marcel (familiarité n’entraîne pas irrespect, hein !), est désigné par les spécialistes en narratologie, l’anachronie ! Ilaria Vidotto, dans Anachronies proustiennes : discontinuité temporelle et (dis-)continuité narrative, d’après Gérard Genette, précise :
« L’évocation après coup d’un épisode antérieur (analepse) ou l’anticipation d’un fait ultérieur (prolepse) ‘au point de l’histoire où l’on se trouve’ brisent la succession linéaire des événements racontés et bouleversent la chronologie du récit, temporairement suspendue pour laisser place à l’interpolation du passé ou à l’anticipation de l’avenir. »
« Françoise avait trop froid pour rester immobile, nous allâmes jusqu’au pont de la Concorde voir la Seine prise, dont chacun, et même les enfants s’approchaient sans peur comme d’une immense baleine échouée, sans défense, et qu’on allait dépecer. Nous revenions aux Champs-Élysées ; je languissais de douleur entre les chevaux de bois immobiles et la pelouse blanche prise dans le réseau noir des allées dont on avait enlevé la neige et sur laquelle la statue avait à la main un jet de glace ajouté qui semblait l’explication de son geste. La vieille dame elle-même ayant plié ses Débats demanda l’heure à une bonne d’enfants qui passait et qu’elle remercia en lui disant : ‘Comme vous êtes aimable !’ puis priant le cantonnier de dire à ses petits-enfants de revenir, qu’elle avait froid, ajouta : ‘Vous serez mille fois bon. Vous savez que je suis confuse !’. Tout à coup l’air se déchirait : entre le guignol et le cirque, à l’horizon embelli, sur le ciel entrouvert, je venais d’apercevoir, comme un signe fabuleux, le plumet bleu de Mademoiselle. Et déjà Gilberte courait à toute vitesse dans ma direction, étincelante et rouge sous un bonnet carré de fourrure, animée par le froid, le retard et le désir du jeu ; un peu avant d’arriver à moi, elle se laissa glisser sur la glace et, soit pour mieux garder son équilibre, soit parce qu’elle trouvait cela plus gracieux, ou par affectation du maintien d’une patineuse, c’est les bras grands ouverts qu’elle avançait en souriant, comme si elle avait voulu m’y recevoir. ‘Brava ! Brava ! Ça c’est très bien, je dirais comme vous que c’est chic, que c’est crâne, si je n’étais pas d’un autre temps, du temps de l’ancien régime, s’écria la vieille dame prenant la parole au nom des Champs-Élysées pour remercier Gilberte d’être venue sans se laisser intimider par le temps. Vous êtes comme moi, fidèle quand même à nos vieux Champs-Élysées ; nous sommes deux intrépides. Si je vous disais que je les aime, même ainsi. Cette neige, vous allez rire de moi, ça me fait penser à de l’hermine ! » Et la vieille dame se mit à rire. » – « Du côté de chez Swann », A la recherche du temps perdu, Marcel Proust.
Truc & astuce Rémanence :
Eclatez votre chronologie en ayant parfaitement conscience de l’ordre naturel des événements. De cette manière, vous serez en mesure de disséminer habilement les indices et donner de la crédibilité aux révélations narratives. C’est l’anti « Deus ex machina » ou « Ta G…, c’est magique ». C’est plus respectueux à l’égard du lecteur qui se sent intelligemment impliqué dans le récit !
Jeu d’écriture : « Technique du « teazanalepse » »
► Commencez votre récit par une scène frappante, mystérieuse ou intrigante, sans donner aucune explication au lecteur.
► Poursuivez la narration en avant pendant un certain temps, au lieu de revenir immédiatement en arrière, en distillant au compte-goutte quelques indices supplémentaires sur cette scène d’ouverture énigmatique.
Vous ferez languir le lecteur, avant de satisfaire enfin sa curiosité en revenant, par le biais d’une longue analepse, sur les événements qui ont mené à cette situation initiale. Par exemple, vous pourriez ouvrir votre récit sur un personnage se réveillant dans une cellule de prison. Vous enchaînez alors sur sa fuite, ses doutes, ses questionnements, pendant plusieurs chapitres, avant de finalement revenir en arrière et d’éclaircir les circonstances de cette situation par une analepse.
L’alternance de points de vue, le récit en suspens !
William Faulkner, quant à lui, dans des œuvres comme Le bruit et la fureur, entraîne le suspense en adoptant des points de vue narratifs multiples et en laissant planer l’ambiguïté sur la fiabilité des narrateurs. Le lecteur est ainsi amené à remettre constamment en question sa compréhension des événements. Chaque section adopte le point de vue subjectif d’un personnage différent, dont certains sont mentalement perturbés comme Benjy. Cela amène le lecteur à remettre constamment en question la fiabilité et la compréhension des narrateurs.
Truc & astuce Rémanence :
Cherchez quelques distinctions vocales entre les personnages et identifiez des repères simples caractéristiques comme un élément physique et concret (X a les clés qui cliquètent dans sa poche, B bégaie en cas de nervosité, X est vulgaire).
Antonio Lobo Antunes, auteur portugais, joue en permanence de cette alternance et ça devient un récit polyphonique très musical (les flux de conscience fusionnent presque) :
« et qu’on n’entend même pas le congélateur zonzonner ni la coriandre pousser dans la boîte de conserve, peut-être que dans la chambre aux armoires où on ne rangeait absolument rien si ce n’est des phrases non dites, des gestes non accomplis et le souvenir de ma grand-mère accumulant des rancœurs
et l’image de la sainte avec sa flamme au-dessous qui oscillait au lieu de nous éclairer mais qui n’a jamais entendu une sainte, ce sont les saintes qui nous entendent et nous jugent, le loueur a tiré la barque avec le crochet en épouvantant les cygnes, je me rappelle des cèdres
du côté des tombes où des petits vases renversés et des fleurs en fil de fer par terre, qui se souviendra de moi un jour, que deviendrai-je dans le souvenir des autres, le pédé qui avait la maladie la maladie la maladie et nous faisait honte, il ne montait pas les chevaux qui jetaient leur ombre sur la mer, il n’a jamais eu d’ombre le pauvre, sa chambre sans meubles et mon frère Francisco apportant la créoline
mon frère Francisco ne pleure pas, ma sœur Ana ne pleure pas, on ne nous a pas appris à souffrir, je n’ai pas souffert, je ne comprends pas la mort, je comprends les clous sur le sable invisible, qui peut m’assurer que pas l’empreinte d’un monstre du livre d’histoire surpris d’exister, une seconde pension qui s’appelait hôtel Boavista déserte, le patron peignant sur une enseigne hôtel Bellevue espérant des Français ou des Belges ou des gens instruits en langues complexes » – Antonio Lobo Antunes, Quels sont les chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?
Nous retrouvons également ce procédé dans Les vagues de Virginia Woolf. Chaque section est narrée du point de vue subjectif d’un des six personnages principaux. Ce changement constant de perspective empêche le lecteur d’avoir une vision d’ensemble claire et objective des événements, alimentant le suspense :
« Je vois un anneau suspendu au-dessus de ma tête, dit Bernard. Il tremble et se balance au bout d’un nœud coulant de lumière.
– Je vois une bande jaune pâle, dit Suzanne. Elle s’allonge à la rencontre d’une raie violette.
– J’entends un bruit, dit Rhoda. Chip… Chap… Chip… Chap… le son monte et puis descend.
– Je vois un globe, dit Neville. Il pend comme une gouttelette aux flancs énormes d’une colline.
– Je vois un gland rouge entrelacé de fil d’or, dit Jenny. J’entends le piétinement d’une gigantesque bête enchaînée, murmura Louis. Elle frappe la terre… Du pied elle frappe continuellement la terre.
– Regardez la toile d’araignée à l’angle du balcon, dit Bernard. Des gouttes d’eau y sont prises, perles de blanche lumière.
– Les feuilles se pressent contre la fenêtre comme des oreilles pointues, dit Suzanne. »
__ Virginia Woolf, Les vagues, trad. Marguerite Yourcenar
Jeu d’écriture : « Technique du méli-mélo focal »
► Changez régulièrement de focalisation narrative au sein d’un même fil pour créer du suspense (chapitre, et même paragraphe et pourquoi pas phrase), en passant du point de vue d’un personnage à celui d’un autre, y compris l’antagoniste ou un personnage secondaire. Par exemple, on peut raconter une scène du point de vue de la victime, puis rebondir sur la même scène mais du point de vue de son agresseur, apportant des éléments nouveaux qui remettent tout en cause.
Le chronomètre, instrument de suspense !

Victor Hugo, dans Les Misérables, travaille habilement le suspense en imposant des contraintes temporelles à ses personnages, comme lorsque M. Madeleine (Jean Valjean) doit fuir Montreuil-sur-Mer avant le lever du jour. Cette pression du temps crée une tension palpable qui tient le lecteur en haleine.
Jeu d’écriture : « Technique du « compte à rebours » »
► Insérez dans votre narration des séquences de compte à rebours, comme dans les films d’action ou de suspense (désamorçage de bombe, fuite avant explosion, etc.). Vous donnerez ainsi une contrainte temporelle très précise qui accentue le sentiment d’urgence et de danger imminent. Par exemple, vous pouvez décrire un personnage qui doit s’extraire d’un bâtiment piégé d’une bombe avant qu’elle n’explose dans 5 minutes. Vous entamez alors un compte à rebours : « 4 minutes 53…52…51… John enjamba les gravats en haletant… » Vous décrivez ensuite ses actions de manière haletante, en insérant régulièrement le décompte des secondes qui s’égrènent inexorablement. « 3 minutes 10…09…08… Il tâtonna dans l’obscurité à la recherche de la sortie… » Vous pouvez bien sûr décliner cette technique à d’autres situations que les bombes à retardement : attente des résultats d’une greffe (Maylis de Kerangal dans Réparer les vivants, raconte le parcours d’une greffe), temps limité pour retrouver un otage, etc. L’essentiel est d’instaurer une contrainte temporelle précise et cruciale.
Truc & astuce Rémanence :
Le chronométrage peut avoir un effet artificiel qui dérange le lecteur. Il est possible de s’en servir comme béquille au moment de l’écriture, puis l’effacer au moment de la révision du manuscrit ou du moins d’en gommer quelques instances pour maintenir la tension sans son support.
Mystères narratifs, fruits du suspense

Toute rétention d’information plonge le lecteur dans un état de frustration. Sans en abuser, au risque d’être démasqué, il est possible de cacher le genre d’un personnage (attention aux accords traîtres) ou son statut (animal, objet, extra-terrestre)… Il faut cependant que la révélation ait du sens, sinon, le lecteur voit les fils sans l’esbrouffe et ça l’insulte.
Toni Morrison, dans sa nouvelle, Récitatif, omet délibérément certains détails essentiels sur le passé et l’identité raciale des deux jeunes filles. On ne sait pas qui de Twyla ou Roberta est blanche ou noire. Aucune certitude – plutôt une oscillation – le long du récit, qui trouble le lecteur. En abordant les thèmes sensibles du racisme et des relations interraciales, aux Etats-Unis, à travers les résidus relationnels des deux filles, Morrison installe un climat de malaise propice au suspense.
Ces grands auteurs ont su exploiter des techniques narratives comme les ellipses, les descriptions suggestives, la narration non-linéaire, les jeux de perspectives et les contraintes temporelles pour installer et maintenir le suspense, sans forcément l’agréger à une intrigue ou des intentions de thriller. Ils plongent le lecteur dans une expérience du temps, – l’art de la narration !
Créer du suspense d’accord mais il y aussi :
► Comment créer de la tension dans un roman ?
► Maîtriser la durée dans le récit (ellipse)
► Choisir les points de vue du roman
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