Créer des personnages de fiction

Comment fabrique-t-on un personnage de fiction ? Quel aspect, quel rôle, quelles actions influeront-ils sur les péripéties et guideront-ils la narration ? Il n’existe pas de méthode unique et infaillible. Pour autant, tout écrivain peut se poser des questions au moment d’aborder l’écriture et envisager différentes approches.

La construction du personnage

La méthode Stanislavski

Ce sous-titre n’est pas choisi par hasard, n’est-ce pas ? Petit clin d’oeil au célèbre metteur en scène et professeur d’art dramatique russe, Constantin Stanislavski (1863-1938) ! Si son approche consiste à accompagner l’acteur dans son travail scénique, cependant l’approche créative de la littérature est similaire. Alors pourquoi pas se laisser inspirer par de tels conseils ?

Stanislavski aborde son texte théorique par le biais de la fiction pour que ce soit plus concret. Il relate l’apprentissage du jeune acteur Kostya. Celui-ci prépare Othello face à son miroir, mais apprend que cela l’empêche d’accéder à l’authenticité. En effet, selon le directeur de la troupe, il s’agit de ne pas « se regarder de l’extérieur » mais de « se regarder de l’intérieur ».

L’objectif est la vérité du jeu et du personnage.

Pour y parvenir, les techniques de Stanislavski (reprises par Lee Strasberg, à l’origine de l’Actors studio) s’appuient sur les sens et la mémoire affective. Cela passe par le jeu et consiste notamment à faire coïncider personne et persona (masque). On pourrait le traduire par créer un équilibre entre la fiction et le réel. L’enjeu est d’éviter de céder au stéréotype.

 

 

 

 

Construire un personnage dans un récit

L’écrivain n’aborde pas la construction du personnage de la même manière que l’acteur, cela va de soi ! Mais dans son atelier d’écriture, en parallèle de son roman ou sa nouvelle en cours, il a l’occasion de puiser dans des ressources intérieures. Ainsi, il peut écrire des textes expérimentaux à partir de ses souvenirs en ayant recours à sa mémoire sensorielle. L’auteur peut puiser dans ses souvenirs les plus physiques et triviaux pour plus facilement aborder les réactions, les actions, la posture et la gestuelle de son personnage.

Observer le monde

Mais Rémanence ajoute un élément essentiel que l’on rapprocherait du studio du peintre : l’observation du monde extérieur. Pourquoi pas capturer des fragments de conversation pris au vol dans la rue, au café ? Puis, les noter, les classer et observer le rythme pour non pas le reproduire à l’identique, mais le traduire à l’aide de procédés littéraires. 

Jeu d’écriture : personnages

Faites le jeu d’observer les pieds de passants dans rue, et uniquement les pieds !

Décrivez les chaussures (tong, bottes en caoutchouc, bottines, basket…), l’allure, la démarche… jusqu’à imaginer la direction que prennent ces chaussures (courir chercher les enfants à l’école, poursuivre un suspect, fuir un ex…). En partant d’un détail, on peut composer un récit qui met en scène un décor, crée un contexte et développe des personnages. 

 

 

 

 

Donner naissance à un personnage

Personnage : humain / inhumain

Après une exploration d’écriture, – dans un carnet d’écrivain, par exemple –, et une fois un projet en tête (nouvelle, micro-fiction, roman…), c’est le moment de donner naissance à un ou plusieurs personnages. Il faut reconnaître qu’un personnage est rarement seul sur terre. A Rémanence, on dit que le personnage est le « nombril du récit » ! Eh oui, il est moteur aux péripéties, générateur de friction et entraîne les actions.

 

 

 

Mais avant, mettons-nous d’accord sur la nature du personnage. Il peut être humain et inhumain. Il peut s’agir :

  • d’un extra-terrestre (ET), d’une créature terrifiante (comme le Grand Cthulhu de Lovecraft), 
  • d’un humain monstrueux (Gwynplaine, dans L’Homme qui rit de Victor Hugo), 
  • un animal (Théodore et autres poulets du Chant du poulet sous vide de Lucie Rico), 
  • des plantes (Red weed dans La Guerre des mondes de H.G. Welles), 
  • des machines vivantes (Les robots d’Isaac Asimov), 
  • Des objets (Le choixpeau magique dans Harry Potter de J.K. Rowling)
  • Etc.

Faire éclore un personnage

Quand on n’a pas d’idée de personnage au moment d’entrer en écriture, il suffit de s’appuyer sur ce qu’on connaît. Il est possible de convoquer un personnage de fiction issu de n’importe quel type de narration (BD, cinéma, série, tableau, roman, jeu vidéo…). Mais on peut aussi s’inspirer de personnes réelles célèbres  (personnes historiques, stars, politiques, artistes…) ou de personnes réelles de son entourage. 

Alors, dans ces cas, que garde-t-on du personnage d’origine ? On ne va pas dresser un portrait exhaustif de notre inspiration de départ. Ainsi, on ne s’attarde que sur certains détails marquants : une posture, une allure, une manière de s’exprimer, un trait de caractère… Si on peine à quitter le réel pour la fiction, il est intéressant de fusionner deux personnages référents. L’expérience a déjà été tentée en atelier d’écriture à la carte Art du récit. Les auteurs-participants ont joué le jeu d’imaginer des dialogues après fusion de personnages : Hannibal Lecteur/Mowgli ; James Bond/Rantaplan ; Antigone / CosetteLe Petit Prince / Popeye…

Si on a une idée de personnage, nous recommandons d’éviter de se baser sur la « fiche personnage ». C’est une pratique utile à la rédaction de scénario ou dans le cadre d’une collaboration au sein d’un pôle de scénaristes s’appuyant sur une bible. En littérature, il vaut mieux esquisser, renforcer les traits, voire les exagérer sans craindre la caricature pour réajuster, remanier, gommer et atteindre la fameuse vérité recherchée par Stanislavski.

La vie parallèle du personnage

Pour parvenir, après une première esquisse, à donner du relief à un personnage, Rémanence recommande de laisser les personnages autonomes. Donc, en offrant une vie parallèle à ses personnages, – c’est-à-dire en dehors d’un manuscrit –, on fait connaissance avec eux et ils gagnent en présence ! En dehors des événements qui constituent des péripéties dans le récit, le personnage a une vie quotidienne. En prenant connaissance de cette vie, les réactions et actions des personnages paraîtront plus authentiques.

Si vous développez le lieu de vie du personnage et ses habitudes alimentaires, vestimentaires, son mode de vie, etc., vous visualisez mieux votre personnage. Alors pourquoi ne pas écrire comment il se prépare le matin, à quelle heure il se couche, ce qu’il range dans ses placards ou ce que contient sa poubelle ? Auteur devient enquêteur ! Pas de pudeur dans l’approche. Si ça vous apporte des renseignements sur le personnage de connaître ses ennuis gastriques ou ses habitudes sexuelles, cela pourra ressurgir d’une certaine manière dans le récit.

Pour explorer cette vie parallèle, l’auteur n’hésitera pas à imaginer tout ce qui représente la vie intime du personnage sans a priori. Mais il peut avoir recours à une période antérieure ou ultérieure de sa vie. Bien sûr, il ne s’agit pas de chercher l’exhaustivité, mais bien d’entrer en écriture.

C’est en écrivant, en entrant dans la chair de la narration que vos personnages — et donc votre histoire – prendront vie !

Un personnage incarné : corps et mouvement

Dans la continuité de la vie parallèle, on a parfois tendance à négliger le décor et le corps. Or, le lecteur a besoin de se représenter visuellement le personnage. Et un corps existe dans un espace. D’ailleurs, il est difficile de résister au désir de citer Georges Perec dans Espèces d’espaces :

« Vivre, c’est passer d’un espace à l’autre en tentant le plus possible de ne pas se cogner. »

Eh oui, le lieu peut avoir un effet narratif concret sur le personnage. Que lui arrive-t-il s’il se met à pleuvoir, à faire nuit… ? Il fait chaud ? Votre personnage transpire, suffoque ou garde une tenue intacte ? Comment l’état d’âme du personnage résonne-t-il avec le lieu (un chien qui aboie soudainement en pleine nuit entraînera peut-être le sursaut du personnage) ? Plus l’écrivain aborde cette question avec précision, mieux il parviendra à créer un réseau sensoriel que le lecteur percevra ou même vivra comme une expérience !

 

 

Interactions de personnages

Un personnage, la plupart du temps, existe dans un texte en relation avec d’autres personnages. Le dialogue incarne les enjeux de pouvoir ou la nature de la relation établie entre eux. Mais il ne faut pas oublier que le corps intervient : la place dans la pièce, la séparation, la proximité, la différence de taille, etc. C’est le moment de jouer avec les apparences et les faux-semblants pour apporter de la nuance ou générer des effets de surprise sur le lecteur.

Ces interactions entre les personnages dépendent aussi de leurs actions. L’un file l’autre, l’un séduit l’autre, l’un domine l’autre, etc. Si votre personnage a eu une vie autonome en périphérie de votre projet littéraire, il pourra vous surprendre lors des interactions avec les autres. C’est ça aussi le plaisir d’écrire, c’est d’être son premier lecteur… !

 

 

 

 

En conclusion

Pour construire un personnage, l’écrivain va s’appuyer sur les éléments du récit tels que la narration, le dialogue et la description. 

Approfondir la question des personnages
Lire La construction du personnage de Constantin Stanislavski
Lire Ecriture : Mémoire d’un métier de Stephen King
Participer à des ateliers d’écriture à la carte Art du récit : « Inventer des personnages incarnés », lundi 6 sept 2021 / « Portraits crachés de personnages », lundi 13 sept 2021 / « La voix des personnages », lundi 11 oct 2021 / « Personnages : vie autonome », lundi 4 avril 2022 / « Créer des personnages moches et méchants », lundi 25 avril 2022 
Participer à des ateliers d’écriture en abonnement Ecritures brèves
Participer à des ateliers d’écriture abonnement Lab’accompagnement de manuscrit 

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