
COUP DE LOUPE
Question fondamentale ! Et même, puits sans fond ! Mais au fait c’est quoi le style ?
Le choix des mots ? La syntaxe ? La ponctuation ? La structure narrative ? La narration ? La musicalité ? La prosodie ?L’utilisation de figures de style ? Les thèmes du récit ?
En conclusion, c’est un peu tout ça. Mais non, je ne vous laisserais pas avec si peu à vous mettre sous la dent !
Le style littéraire est une composante importante du récit et de l’identité de son autrice.eur. Il nous permettra à, nous, lors de notre lecture, de le reconnaître et ce même sans forcément connaître le texte en question. Distinguons bien genre littéraire – qui est une classification des oeuvres par leur contenu – du style littéraire qui correspond à l’identité propre de l’écrivain – ou de sa voix narrative imposée par le choix du point de vue (certains romanciers/romancières sont caméléons, au service du récit).
Tout d’abord parlons des éléments clés du style :
- Le choix des mots : Le vocabulaire et le langage spécifiques, y compris l’utilisation de termes rares ou d’argots, techniques, ou poétiques.
- La syntaxe : La structure des phrases et des paragraphes, y compris l’emploi de phrases courtes ou longues, de questions rhétoriques, et la disposition des mots dans une phrase.
- Les figures de style : L’utilisation de métaphores, de comparaisons, de métonymies, d’allégories, d’hyperboles et d’autres dispositifs littéraires pour embellir le texte (même à l’insu de l’auteur lui-même).
- Le point de vue : Le choix du narrateur adopté pour raconter l’histoire, par exemple, à travers les yeux d’un personnage ou d’un narrateur omniscient ou d’une cigarette ou de l’ombre du Serial Killer, ou…
- La structure narrative (ou schéma narratif) : La manière dont l’histoire est racontée, y compris la perspective narrative (première personne, troisième personne, etc.), la chronologie, l’utilisation de procédés comme l’analepse (flash-back) et l’ellipse.
- Le ton : L’attitude de l’auteur envers le sujet, qui peut être formelle, ironique, humoristique, tragique, etc.
- La poésie : Le lyrisme et le rythme des phrases, la sonorité, la pensée ou le sujet poétique.
- L’imaginaire et la créativité : L’usage de l’imaginaire et d’une créativité propre.

CLASSEMENT DE STYLE
Alors, vous me demanderez, peut-on classer les styles ?
Non on ne peut pas vraiment. Mais on peut parler d’une certaine classification qui s’est établie au fil des siècles, même si ces cases sont mouvantes et simplement inappropriées pour certains auteurs. C’est aussi un moment dans l’écriture d’un auteur ; il n’est pas cantonné à un style ou à un mouvement littéraire. J’ai tenté de faire le résumé des mouvements littéraires qui auront considérablement influencé le style, en poussant à des nouvelles considérations, de nouvelles manières de l’aborder :
- Le classicisme : Ce mouvement, qui s’est développé à partir de la Renaissance, privilégie la clarté, l’équilibre et la mesure dans la littérature. Les œuvres classiques s’inspirent souvent de la littérature gréco-romaine.
- Le romantisme : C’est un vaste mouvement culturel qu’on retrouvera dans la peinture, la musique, la sculpture, la littérature… C’est en réaction au classicisme et de ses normes qu’il éclot, il met l’accent sur les émotions, l’imagination, l’individu et la nature. Les œuvres romantiques sont souvent marquées par un lyrisme passionné et une exploration de l’amour et de la subjectivité. Victor Hugo, Johann Wolfgang von Goethe, Lord Byron sont autant de noms de ce mouvement.
- Le réalisme : Ce style cherche à représenter fidèlement la réalité. Il rentre en opposition au sentimentalisme romantique. Les auteurs réalistes se concentrent sur les détails et la description précise des événements, des personnages et des décors pour se rapprocher le plus fidèlement de la réalité. Balzac et Flaubert sont désignés comme réalistes même si ce dernier se refusait à être identifié au mouvement.
- Le naturalisme : Né en France au XIXe siècle est un mouvement qui cherche à peindre la réalité avec le plus de minutie possible. Avec des recherches et des observations scientifiques, le naturalisme questionne le déterminisme social comme l’hérédité et l’environnement et traite la pauvreté, la violence, la sexualité… Émile Zola est le principal représentant.
- Le symbolisme : Autre mouvement artistique de la fin du XIXe siècle, il se caractérise par une utilisation importante de symboles pour représenter des idées, des émotions et des concepts abstraits, s’évader de la réalité et créer un monde onirique. Stéphane Mallarmé est un poète symboliste notoire mais il y a aussi Verlaine, Charles Baudelaire, Odilon Redon… qui y sont associés.
- Le modernisme : Difficile de le définir tant ça englobe de choses et d’auteurs. La littérature moderne a émergé au début du 20e siècle, elle est souvent caractérisée par un sentiment de désenchantement, d’aliénation et d’expérimentation. Les écrivains modernistes remettent en question les normes traditionnelles (encore une fois). On pourrait passer pas James Joyce, Virginia Woolf, Albert Camus, Franz Kafka, William Faulkner…
- Le Surréalisme : Mouvement artistique et littéraire fondé par André Breton qui a émergé au début des années 1920 en réaction à la Première guerre mondiale. Il cherche à explorer le domaine de l’inconscient par l’écriture automatique, l’automatisme psychique et la dislocation narrative. C’est en puisant dans le rêve et l’irrationnel que ce mouvement a créés des oeuvres singulières. Paul Éluard, Louis Aragon, René Magritte, Salvador Dalí, Max Ernst pour ne citer qu’eux.
- Le postmodernisme (expérimental) : En réaction au modernisme (oh c’est étonnant), remets en question la notion de vérité objective. Elle va plus loin dans la narration en l’éclatant et créant la métanarration, utilise l’ironie et la métafiction, hybride les genres, ouvre le jeu avec le lecteur… Encore une multitude de noms comme Jorge Luis Borges, Italo Calvino, Roberto Bolaño, Umberto Eco…
- Le minimalisme : C’est dans la recherche d’une certaine économie des mots que se développe le minimalisme, débarrasser des ornements pour privilégier la clarté et la brièveté. Le but est de se concentrer sur l’essentiel et de traiter la condition humaine dans sa simplicité. Raymond Carver, Ernest Hemingway, Amy Hempel…
- L’absurde : Principalement incarné par Camus, Ionesco et Beckett, c’est une exploration philosophique de l’absurdité dans la futilité inhérente à la condition humaine. On retrouve des dialogues dépourvus de logique, un humour noir pour marquer l’ironie des situations, des personnages qui se sentent aliénés par la société et par eux-mêmes…
- Le nouveau roman : Mouvement littéraire qui a émergé en France dans les années 1950 en opposition au réalisme et naturalisme. Encore un mouvement qui remet en question les conventions « traditionnelles ». Marqués par un désintérêt pour l’intrigue, les auteurs multiplient les points de vue et se détachent de la structure narrative le tout dans un style épuré et en cherchant à impliquer le lecteur. Michel Butor, Alain Robbe-Grillet et Nathalie Sarraute sont les éminents représentants.
- La Littérature postcoloniale : Cette littérature présente souvent une critique des structures coloniales, des inégalités sociales et des discriminations raciales. Elle explore les aspects de la marginalisation, de la diaspora, de l’hybridité culturelle et de l’identité postcoloniale. Elle aborde également des thèmes tels que la quête d’identité, le déplacement, l’exil et la réconciliation avec le passé colonial. Chinua Achebe, Chimamanda Ngozi Adichie, Assia Djebar, Fatou Diome, Aimé Césaire, Arundhati Roy…
- La Littérature féministe : Elle met l’accent sur les inégalités et les privilèges de genre et décrit les conséquences qui en découlent. Les écrivaines féministes s’efforcent souvent de promouvoir l’autonomisation des femmes. Quelle longue liste nous pourrions faire… Maya Angelou, Simone de Beauvoir, Doris Lessing, Germaine Greer, Mary Wollstonecraft…
Les mouvements littéraires ne se distinguent pas toujours de manière nette et précise. Pourtant ils se regroupent sur des aspects stylistiques bien reconnaissables.

STYLE D’AUT.RICE.EUR
Maintenant que nous avons évoqué les mouvements littéraires, nous allons approfondir la question du style à travers des auteurs où celui-ci est bien identifiable et même palpable.
Style Bukowski : Ah ce cher Charles, connu pour son style cru et réaliste, brut et sans fioritures, provocateur et ironique, percutant et poignant. Il écrit dans une prose sensible et authentique et dépeint le réalisme d’une vie d’alcoolisme, de misère, de marginalité…
Style Maya Angelou : Maya Angelou est connue pour son style emprunt de lyrisme et de poésie. Elle utilise des métaphores puissantes pour aborder des émotions complexes ou des idées profondes. Dans une prose rythmée elle décrit de manière vivante.
Style Faulkner : William Faulkner a eu une écriture complexe et parfois même qualifiée d’expérimentale. Dans une écriture polyphonique, Faulkner utilise une narration non linéaire et retranscrit dans ses personnages le parler du sud américain. Son style peut être dense, complexe et parfois difficile à suivre.
Style Kafka : Franz Kafka a été de ceux qui ont incarné la modernité dans le style au début du XXe siècle. Dans une écriture à la fois simple et sobre son style est épuré et concis ce qui a amené certains critiques a qualifié son style de pauvre. Mais c’est aussi son univers qui marque son style, dans des atmosphères surnaturelles et absurdes il s’en dégage une anxiété latente et oppressive.
Style Proust : Marcel Proust est connu pour ses phrases longues, complexes et souvent subordonnées (c’est un peu caricatural). Les phrases sont rallongées par effet de juxtaposition avec beaucoup de virgules, de parenthèses, de phrases à l’intérieur de la phrase qui suivent des élans de pensées. Walter Benjamin associe le style à son asthme. Mais n’oublions jamais LA première phrase (incipit) : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Une phrase qui contredit immédiatement le cliché de la longueur. Eh oui, l’oeuvre de Marcel Proust est vaste et pleine de surprises aussi, c’est la promesse de sa première phrase.
Style Joyce : James Joyce est une autre figure de l’exploration et l’expérimentation de la langue et de la narration. Qui n’a pas entendu parler d’Ulysse ?, l’oeuvre qui divise autant qu’elle émeut. Joyce écrit dans un style complexe fait de néologismes, de jeux de syntaxe et de mots d’argot. C’est aussi quelqu’un qui a repoussé les limites de la narration classique en la rendant non linéaire, polyphonique avec de nombreux flux de conscience.
Style Murakami : Haruki Murakami a une écriture et une narration fluide et son langage est limpide. À travers des personnages ordinaires, Murakami fait naître la magie dans le surréalisme. Ces textes sont traversés de références culturelles et littéraires mais aussi d’humour avec un effet contemplatif et apaisant.

Conclusion ? J’ai beaucoup parlé mais je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir avancé sur notre question. Comment trouver son style ? Est-ce que pour répondre à cette question il y a besoin de connaître chaque mouvement et style littéraire ? Bien sûr que non. Ça en devient même inhibant. Je dirais que la question du style est totalement subjective, alors pour y répondre de manière subjective, je vous conseille d’aller puiser dans la musique et la poésie. Déconstruire les mots, jouer avec, jouer avec les phonèmes et puiser dans la rythmique de la langue. Écrire c’est insuffler son souffle, alors trouvez le vôtre !
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